Avant la NEOGEO AES+ de 2026, il y eut la Neo Geo X. Lancée en 2012 par l’américain Tommo Inc sous licence SNK Playmore, cette console hybride portable/docking était la première tentative de raviver la marque Neo Geo à l’heure du rétrogaming. Avec 20 jeux préinstallés, un dock pour la télévision et une ergonomie inspirée de l’AES originale, la Neo Geo X avait tout pour séduire les nostalgiques. L’accueil critique fut pourtant glacial et la console sombra dans l’oubli dès 2014. Analyse d’un échec instructif qui a pavé la voie au grand retour officiel de SNK.
2012 : Tommo obtient la licence SNK
Au début des années 2010, l’engouement rétrogaming bat son plein. Les consoles virtuelles Nintendo, les émulateurs maison et les collections rétro sur Steam génèrent un marché lucratif. SNK Playmore, alors en reconstruction après la faillite de 2001, cherche à exploiter ses licences mythiques sans engager de nouveaux développements coûteux.
C’est dans ce contexte que Tommo Inc, un petit éditeur américain spécialisé dans le matériel rétro (notamment des reproductions de NES), obtient la licence d’exploitation de la marque Neo Geo pour lancer une nouvelle console. Le projet est annoncé au printemps 2012, pour une sortie fin 2012 en édition limitée, puis en 2013 en distribution large.
Le concept repose sur une console portable ressemblant à un petit Game Gear, avec un écran LCD 4,3 pouces, vendue dans un "bundle" incluant un dock télévision (pour jouer en sortie HDMI) et un joystick inspiré du joystick AES original. L’ensemble est présenté comme un hommage à la Rolls-Royce des consoles.
Le matériel : émulation logicielle sur ARM
Contrairement à ce que les amateurs espéraient, la Neo Geo X n’est pas une machine avec du hardware SNK original. Elle tourne sur un processeur ARM Cortex-A9 à 1 GHz, avec 512 Mo de RAM, et émule logiciellement les jeux Neo Geo d’origine. C’est donc une machine d’émulation packagée dans un boîtier rétro, pas une reproduction fidèle du hardware 68000.
L’écran LCD de 4,3 pouces affiche le signal émulé avec une résolution de 480x272 pixels. La qualité est correcte mais pas exceptionnelle : les pixels sont étirés, les couleurs un peu délavées par rapport à un affichage CRT d’origine (voir Neo Geo sur CRT vs écran moderne : meilleur affichage). Le son est restitué par deux petits haut-parleurs ou via une prise jack.
La console dispose d’une batterie lithium offrant 3 à 4 heures d’autonomie, d’un port SD pour charger des données supplémentaires, et de boutons façon Game Boy Advance. Le joystick fourni dans le bundle est correct, bien que bon marché par rapport au joystick AES mythique.
Le catalogue : 20 jeux préinstallés
La Neo Geo X est livrée avec 20 jeux préinstallés en mémoire interne. Le choix est stratégique : les grands classiques SNK, pour parler à l’émotion des fans nostalgiques.
On y trouve notamment Metal Slug, The King of Fighters ’95 (hélas pas le ’98 ou le ’94 plus iconiques), Samurai Shodown II, Fatal Fury Special, Art of Fighting, Baseball Stars II, Cyber-Lip, League Bowling, Magician Lord, Mutation Nation, Last Resort, Puzzled, Real Bout Fatal Fury Special, Super Sidekicks, World Heroes Perfect, Top Player’s Golf, Ninja Commando, Alpha Mission II, King of the Monsters et Crossed Swords.
Le catalogue est honorable mais étrangement incomplet. Plusieurs titres majeurs manquent : Metal Slug 2 et 3, KOF ’98, Garou: Mark of the Wolves, Pulstar, Blazing Star. Ces absences déçoivent les fans. Pour replacer ces chefs-d’œuvre dans leur contexte, voir notre top 20 des meilleurs jeux Neo Geo de tous les temps.
Tommo a ensuite publié des packs additionnels sur cartouches SD, appelés "Classics Vol.1" et "Classics Vol.2", ajoutant 5 à 10 jeux supplémentaires chacun. Mais la politique de diffusion de ces packs fut confuse, avec des ruptures de stock fréquentes.
Une qualité contestée : les critiques fusent
Dès sa sortie en fin 2012, la Neo Geo X essuie une volée de critiques négatives. Les principales reproches :
Émulation imparfaite : les fans avertis détectent immédiatement des ralentissements légers, des problèmes de synchronisation audio et vidéo, des temps de chargement anormaux. L’émulateur utilisé par Tommo (une version modifiée de FBA, selon certaines sources) ne rend pas justice à la précision frame-perfect de la machine originale. Les compétiteurs de KOF refusent d’utiliser la Neo Geo X pour la pratique.
Ergonomie discutable : les boutons de la console portable sont critiqués pour leur qualité médiocre, avec une réactivité inégale. Le D-Pad n’est pas à la hauteur d’un stick arcade authentique.
Prix élevé : le bundle complet (console + dock + joystick) est vendu 199 dollars américains aux États-Unis, et près de 250 euros en Europe. À ce prix, les puristes préfèrent acquérir une vraie AES d’occasion avec quelques cartouches, ou monter une borne MVS (voir Neo Geo AES vs MVS).
Conflit SNK / Tommo : en 2013, SNK Playmore annonce publiquement qu’il met fin à sa licence avec Tommo, invoquant des violations contractuelles et des problèmes de qualité. Cette sortie de route entame sérieusement la crédibilité du produit.
Fin 2014 : l’abandon définitif
Après le retrait officiel du soutien de SNK Playmore en 2013, la Neo Geo X entre dans une phase de lente agonie. Tommo continue à écouler les stocks et à sortir discrètement quelques accessoires, mais les ventes s’effondrent. Fin 2014, la production cesse officiellement, sans annonce médiatique.
Un recours collectif est même intenté par des acheteurs mécontents aux États-Unis, reprochant à Tommo des défauts matériels et des fonctionnalités promises mais jamais livrées. L’affaire se solde par un accord à l’amiable en 2015.
Sur le marché de l’occasion, les Neo Geo X restent aujourd’hui peu recherchées. Une console complète se négocie entre 80 et 150 euros, ce qui reflète son statut de produit raté. Un comble pour une machine qui voulait capitaliser sur la mythologie d’une des consoles les plus chères de l’histoire.
L’héritage : un précurseur malgré tout
Si la Neo Geo X a été un échec commercial et critique, il serait injuste d’en minimiser l’influence. Cette console a précédé et préparé l’arrivée des mini-consoles rétro qui ont explosé à partir de 2016 avec la NES Classic Mini de Nintendo, puis la SNES Classic, la Mega Drive Mini, la PC Engine Mini, la PlayStation Classic, etc.
Tommo a anticipé plusieurs idées qui deviendront standards : console compacte, catalogue préinstallé de classiques, connexion HDMI pour jouer sur TV moderne, design rétro hommage à la console d’origine. Les défauts de la Neo Geo X (émulation médiocre, ergonomie bancale) ont servi de leçon pour les fabricants suivants, qui ont bénéficié de ces enseignements.
En 2026, la NEOGEO AES+ reprend la philosophie de la Neo Geo X en corrigeant tous ses défauts : hardware sous licence officielle SNK, émulation précise validée par les développeurs originaux, ergonomie premium avec un joystick hommage, catalogue soigneusement sélectionné. Toutes les informations sont dans NEOGEO AES+ 2026 : le retour officiel de SNK et dans notre comparatif NEOGEO AES+ vs autres mini-consoles rétro.
Conclusion : un échec instructif
La Neo Geo X a été un pari raté, mais riche d’enseignements. Elle a démontré l’appétit du public pour une renaissance de la marque Neo Geo, tout en rappelant qu’une mini-console ne peut pas simplement s’appuyer sur une nostalgie marketing : elle doit livrer une expérience technique irréprochable. Pour approfondir le sujet des alternatives modernes aux consoles d’origine, consultez émulation Neo Geo sur PC et smartphone et notre guide complet Neo Geo AES 2026. La Neo Geo X restera dans l’histoire comme le maillon manquant entre l’époque dorée des années 90 et le retour triomphal annoncé pour 2026.




