Sortie en 1999, la Neo Geo Pocket Color a tenté l’impossible : détrôner la Game Boy Color de Nintendo sur son propre terrain. Portée par une ergonomie léchée (stick analogique unique sur portable), un écran couleur net et des ports remarquables de ses licences phares (King of Fighters, Samurai Shodown), la NGPC avait tout pour convaincre. Elle s’est pourtant éteinte deux ans plus tard, victime de la faillite de SNK. Retour sur cette console mésestimée devenue cult classic chez les collectionneurs.
Genèse : de la Neo Geo Pocket N&B à la version couleur
En 1998, SNK lance la Neo Geo Pocket, première incursion de l’éditeur dans le monde des portables. La console est en noir et blanc, équipée d’un petit écran monochrome, et propose un catalogue limité axé sur les portages de jeux SNK. Elle arrive sur un marché déjà dominé par la Game Boy Nintendo, qui lance la même année la Game Boy Color.
SNK comprend rapidement qu’une version couleur est indispensable pour survivre face à la concurrence. En mars 1999 au Japon, puis en août 1999 aux États-Unis et en Europe, SNK lance la Neo Geo Pocket Color (NGPC). La machine reprend l’ergonomie de la Pocket originale en ajoutant un écran 160x152 capable d’afficher 146 couleurs simultanément sur une palette de 4 096.
Les spécifications techniques sont solides pour 1999 : CPU Toshiba TLCS-900H à 6,144 MHz, coprocesseur Z80 pour le son, 12 Ko de RAM. Les cartouches vont jusqu’à 16 Mbits (2 Mo). Une pile lithium assure la sauvegarde. Deux piles AA alimentent la console pour environ 40 heures de jeu, un résultat remarquable à l’époque.
L’innovation ergonomique : le stick analogique
La Neo Geo Pocket Color introduit une innovation majeure jusque-là absente des portables : un stick analogique cliquable en huit directions, façon mini-joystick arcade. Cette petite boule cliquable est une révolution pour le genre : elle offre une précision inégalée dans les jeux de combat et permet aux joueurs habitués aux bornes d’arcade de retrouver leurs sensations en mobilité.
Beaucoup de joueurs de compétition KOF de l’époque considèrent encore aujourd’hui le stick NGPC comme le meilleur contrôleur portable jamais conçu pour un jeu de combat. Des hommages sont d’ailleurs rendus à cette ergonomie dans la manette de la NEOGEO AES+ : la manette hommage au joystick original, à paraître en 2026.
Le boîtier lui-même est compact, coloré (plusieurs coloris existent : bleu Platinum, noir Stone, jaune Camo, rouge Crystal, etc.), avec une finition "gomme" agréable. La machine tient parfaitement dans une main et pèse à peine 170 grammes.
Un catalogue court mais remarquable
Seuls une cinquantaine de jeux sont sortis officiellement sur Neo Geo Pocket Color, contre plus de 500 sur Game Boy Color. Mais la qualité du catalogue compense largement cette quantité limitée.
SNK vs Capcom: Match of the Millennium est considéré comme le meilleur titre de la machine. Ce versus fighting réunit pour la première fois les rosters SNK et Capcom avec des sprites adaptés en "chibi" mais des mécaniques de combat profondes. Un incontournable pour tout fan de jeu de combat 2D.
King of Fighters R-2 et Samurai Shodown! 2 offrent des portages étonnamment fidèles des grandes franchises SNK. Les animations sont étonnamment fluides, les personnages reconnaissables, et le gameplay préserve l’essentiel de ce qui fait la qualité des versions arcade. Pour replacer ces jeux dans l’univers SNK, voyez nos articles The King of Fighters : la saga KOF et Samurai Shodown : le jeu de combat à l’arme blanche de SNK.
Metal Slug 1st Mission et Metal Slug 2nd Mission sont deux adaptations brillantes du run and gun SNK, avec un gameplay repensé pour la portable. Ces jeux justifient à eux seuls l’acquisition de la machine pour un fan de la saga : voir Metal Slug : la saga complète du run and gun SNK.
D’autres titres remarquables : Sonic the Hedgehog Pocket Adventure, Card Fighters Clash (SNK vs Capcom), Pac-Man, Puyo Pop, Bust-a-Move Pocket, Neo Turf Masters.
Un positionnement marketing raté
Malgré ses qualités évidentes, la Neo Geo Pocket Color se heurte à plusieurs obstacles majeurs. D’abord, le marketing occidental est quasi inexistant : SNK dispose d’un budget communication dérisoire comparé à Nintendo, et les publicités américaines/européennes peinent à exister dans la presse et à la télévision.
Ensuite, le catalogue court décourage les parents qui achètent une console portable à leurs enfants : pour le même prix, la Game Boy Color propose Pokémon, Zelda, Super Mario Land 2, et des centaines d’autres titres familiaux. La NGPC cible surtout les fans de jeux de combat SNK, un public de niche.
Enfin, le positionnement prix est trop élevé pour concurrencer Nintendo. La console coûte 90 à 100 euros à sa sortie en Europe, soit quasiment le double d’une Game Boy Color (50 euros). Les cartouches elles-mêmes sont plus chères que leurs équivalents Nintendo.
2001 : l’abandon précipité
Quand SNK fait faillite en 2001 (voir histoire complète de SNK de 1990 à 2004), la Neo Geo Pocket Color est immédiatement abandonnée. Les derniers jeux en développement sont annulés, les stocks liquidés à prix cassés, le support technique arrêté. La machine disparaît des rayons en quelques mois.
Paradoxalement, ce retrait précipité crée la rareté qui fera monter les prix de la collection par la suite. Les cartouches non vendues sont devenues aujourd’hui des pièces recherchées, notamment les exclusivités japonaises et les derniers jeux sortis en fin de vie comme SNK Gals’ Fighters ou Sonic the Hedgehog Pocket Adventure en version européenne.
La Neo Geo Pocket Color en 2026 : un cult classic
Vingt-sept ans après sa sortie, la NGPC est devenue un objet de culte pour les collectionneurs avertis. Une console en boîte se négocie entre 150 et 300 euros selon le coloris et l’état. Les cartouches les plus rares, comme Faselei! ou SNK Gals’ Fighters version européenne, peuvent atteindre 200 à 400 euros.
La console bénéficie aussi d’une solide scène homebrew : des développeurs indépendants continuent de produire de nouveaux jeux (via des cartouches flashables ou émulateurs). Des projets comme la cartouche multi-jeux NGPC Flash Masta permettent de jouer à l’ensemble du catalogue sur hardware original.
Depuis 2020, SNK a même réédité certains classiques NGPC sur Nintendo Switch et PC via les "Neo Geo Pocket Color Selection" vendues sur Steam et l’eShop. Les jeux y sont reproduits avec une fidélité exemplaire, ce qui permet à une nouvelle génération de les redécouvrir.
L’héritage : un précurseur méconnu
Rétrospectivement, la Neo Geo Pocket Color a démontré plusieurs idées qui se sont avérées prémonitoires. Le stick analogique cliquable, inédit en 1999, anticipait les sticks 3DS et Switch. La formule portable-arcade (avoir chez soi une console spécialisée pour les jeux de combat 2D) préfigurait l’offre actuelle de mini-consoles dédiées.
Pour bien comprendre l’héritage de la NGPC dans l’univers SNK, replacez-la dans le contexte global avec notre guide complet Neo Geo AES 2026. Et pour les alternatives modernes, lisez Neo Geo X : la mini console rétrogaming qui a précédé la NEOGEO AES+ et NEOGEO AES+ 2026 : le retour officiel de SNK.
Conclusion : une pépite à redécouvrir
La Neo Geo Pocket Color mérite amplement son statut de cult classic. Machine courageuse, audacieuse, dotée d’innovations restées marquantes, elle a été injustement balayée par les forces combinées du marketing Nintendo et de la faillite SNK. En 2026, à l’heure du grand retour de la marque avec la NEOGEO AES+, il ne serait pas surprenant que la NGPC connaisse à son tour un renouveau : les rumeurs d’une Neo Geo Pocket+ circulent dans la presse spécialisée. Pour les amateurs d’histoire du jeu vidéo, cette petite console reste une pépite à redécouvrir sans tarder.




