Intentions de recrutement : chute de 6,5 % en 2026, les CDD courts privilégiés

Intentions de recrutement : chute de 6,5 % en 2026, les CDD courts privilégiés

Une enquête annuelle qui fait autorité

Chaque année depuis 2005, France Travail (ex-Pôle emploi) mène son enquête dite « Besoins en main-d’œuvre » (BMO), qui interroge plusieurs centaines de milliers d’entreprises sur leurs projets d’embauche pour l’année à venir. Cette enquête constitue l’un des thermomètres les plus fiables de la santé du marché du travail français, car elle capte les intentions d’embauche avant qu’elles ne se traduisent dans les statistiques officielles.

L’édition 2026, dévoilée le 21 avril, porte sur environ 2,3 millions de projets de recrutement déclarés par les employeurs publics et privés. Si le volume reste important en valeur absolue, il recule de 160 000 postes par rapport à 2025. Ce tassement marque une nette rupture avec la dynamique post-Covid, qui avait vu les intentions d’embauche grimper jusqu’à des records historiques en 2023 et 2024.

Un niveau au plus bas depuis 2018

Les 6,5 % de recul enregistrés cette année placent la France au plus bas depuis 2018, soit juste avant la dynamique de créations d’emplois amorcée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron. Le gouvernement, qui avait bâti une partie de sa crédibilité économique sur la baisse du chômage, voit ainsi s’installer un signal contradictoire.

Les économistes pointent plusieurs explications convergentes. D’abord, un ralentissement de la croissance mondiale marqué depuis fin 2025, avec une zone euro en quasi-stagnation. Ensuite, les incertitudes géopolitiques (guerre commerciale intensifiée par Donald Trump, tensions au Moyen-Orient, instabilité politique en France) qui rendent les entreprises particulièrement prudentes. Enfin, le poids cumulé des coûts de l’énergie et des prélèvements obligatoires, souvent cité comme frein par les dirigeants de PME.

Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les services aux entreprises, l’hôtellerie-restauration et la construction encaissent les reculs les plus marqués, avec des baisses à deux chiffres dans certaines régions. À l’inverse, les secteurs du médico-social, du numérique et de la transition énergétique résistent mieux, portés par des besoins structurels pérennes.

La précarisation des contrats s’accentue

Au-delà du volume, c’est la nature des contrats envisagés qui inquiète les observateurs. L’enquête BMO 2026 révèle une progression significative des CDD de moins d’un mois, qui représenteraient désormais près de 22 % des intentions d’embauche, contre 18 % l’an dernier. Ces contrats extrêmement courts, souvent utilisés dans la logistique, l’événementiel ou la restauration rapide, traduisent une flexibilité accrue mais aussi une précarité renforcée pour les salariés concernés.

Les CDI, de leur côté, reculent de 3 points dans la part des projets déclarés. Une tendance qui inquiète les syndicats et les économistes du travail, qui y voient le symptôme d’une dualisation accrue du marché de l’emploi : d’un côté, des emplois stables et protégés, de plus en plus rares ; de l’autre, une masse grandissante de contrats courts, enchaînés au fil des semaines par des salariés contraints.

Des difficultés de recrutement qui persistent

Paradoxalement, malgré le recul global des intentions d’embauche, les employeurs continuent de se plaindre des difficultés à recruter. Selon l’enquête, 58 % des projets sont jugés difficiles à pourvoir par les entreprises, un chiffre en légère hausse par rapport à 2025. Les métiers les plus concernés restent les aides-soignants, les serveurs de restaurant, les chauffeurs-livreurs, les ouvriers du bâtiment et les développeurs informatiques.

Cette persistance des tensions sur certains métiers, alors même que les intentions globales reculent, témoigne d’un désajustement structurel entre l’offre et la demande de travail. Conditions de travail jugées difficiles, rémunérations peu attractives, formations insuffisantes, localisation géographique des emplois : les causes sont multiples et connues, sans qu’aucune réponse publique ou privée ne parvienne à les résoudre durablement.

Les régions inégalement touchées

Le recul des intentions d’embauche n’épargne quasiment aucune région, mais avec des intensités variables. L’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France enregistrent les plus fortes baisses en volume. À l’inverse, la Corse, l’Occitanie et les Pays de la Loire limitent la casse grâce à la dynamique touristique et au tertiaire local.

Les zones rurales et les petites villes résistent globalement mieux que les grandes métropoles, où la concentration sectorielle amplifie les chocs conjoncturels. Un résultat qui pourrait renforcer les réflexions sur la réindustrialisation territoriale, déjà soutenue par France 2030 et les plans régionaux.

Un test pour les politiques publiques de l’emploi

Face à ce signal négatif, le gouvernement Bayrou se retrouve sous pression. La ministre du Travail, Catherine Vautrin, a reconnu publiquement la « préoccupation légitime » suscitée par ces chiffres, tout en appelant à les relativiser au regard du volume global de projets qui reste historiquement élevé. Le premier ministre, lui, mise sur les effets à moyen terme de la réforme de l’apprentissage, du plan France Travail et des baisses ciblées de charges pour les PME.

Les partenaires sociaux ne cachent pas leur inquiétude. Du côté patronal, le Medef et la CPME pointent la fiscalité et les coûts du travail comme responsables du refroidissement. Les syndicats (CGT, CFDT, FO) dénoncent de leur côté l’accélération de la précarité et appellent à un encadrement plus strict des contrats courts, au moment où la réforme de l’assurance chômage fait encore débat.

Les prochaines publications statistiques - taux de chômage trimestriel, créations nettes d’emplois, évolution des inscriptions à France Travail - confirmeront ou non la tendance. Mais le baromètre BMO 2026 envoie d’ores et déjà un signal clair : après plusieurs années d’embellie, le marché du travail français amorce une phase de prudence qui pourrait peser durablement sur les parcours professionnels des Français.