Depuis la première cartouche glissée dans une borne Neo Geo MVS en 1996, Metal Slug n’a cessé de fasciner par son animation 2D d’une précision insensée et son gameplay run and gun nerveux. Trente ans plus tard, en 2026, la saga culte de SNK revient sur le devant de la scène avec un nouvel épisode annoncé, l’occasion de revenir sur l’histoire d’une série qui a redéfini les codes du jeu d’action à défilement horizontal et marqué à jamais la mémoire des amateurs de Neo Geo.
Les origines : Nazca et la naissance d’un mythe en 1996
Metal Slug voit le jour en avril 1996, développé par une petite équipe nommée Nazca Corporation et édité par SNK sur le système Neo Geo MVS en salle d’arcade puis sur la console AES. Nazca n’est pas n’importe quel studio : il rassemble d’anciens employés d’Irem, le studio derrière In the Hunt et GunForce, deux jeux dont l’ADN transparaît clairement dans Metal Slug. La touche graphique cartoonesque, l’humour militaire absurde et la minutie des animations sont des signatures directes de cette équipe.
Le premier épisode impose immédiatement ses codes : deux mercenaires, Marco Rossi et Tarma Roving, affrontent l’armée rebelle du Général Morden dans un déluge de balles, de grenades et de véhicules pilotables. Le Metal Slug lui-même, petit tank jaune au design iconique, devient instantanément le symbole de la série. Sa présence optionnelle sur les niveaux offre une protection blindée et une puissance de feu dévastatrice, tout en restant vulnérable aux gros boss, créant une tension permanente entre agressivité et survie.
L’âge d’or : Metal Slug 2, X et 3
Après le succès surprise du premier volet, SNK rachète Nazca et capitalise sur la licence. Metal Slug 2 sort en 1998 et introduit deux personnages féminins, Fio Germi et Eri Kasamoto, faisant passer le casting à quatre héros jouables. Le jeu intègre aussi les transformations (momie, obèse, zombie) et de nouveaux véhicules, mais souffre de ralentissements notables dus à la profusion de sprites à l’écran.
Pour corriger ces défauts, SNK publie la même année Metal Slug X, version rééquilibrée et optimisée du deuxième opus. Ce remaniement est aujourd’hui considéré comme la meilleure version du deuxième épisode, avec une fluidité retrouvée et un level design réajusté. Les puristes l’élèvent souvent au rang des incontournables de la série.
Puis vient le sommet absolu : Metal Slug 3, sorti en 2000. Cet épisode est unanimement salué comme le pinacle de la saga. Niveaux colossaux avec embranchements multiples, boss démesurés, mise en scène spectaculaire (la bataille finale contre les Martiens dans l’espace est légendaire), bestiaire ahurissant : Metal Slug 3 condense tout ce que la série a de meilleur. C’est aussi dans cet épisode que l’invasion extraterrestre prend véritablement son ampleur narrative, les Martiens devenant un ennemi récurrent au même titre que les troupes de Morden.
Metal Slug 4 et 5 : l’ombre du déclin
Metal Slug 4 sort en 2002 dans un contexte difficile : SNK a fait faillite en 2001 et la licence est confiée à Mega Enterprises et Noise Factory, deux studios coréens. Le résultat divise : l’animation perd en finesse, les niveaux réutilisent beaucoup d’assets des épisodes précédents et deux nouveaux personnages (Trevor Spacey et Nadia Cassel) remplacent temporairement Tarma et Eri sans véritablement convaincre. Le fan-service est présent mais l’âme Nazca manque.
Metal Slug 5, publié en 2003, tente de redresser la barre avec un développement plus ambitieux. Le jeu introduit une mécanique de glissade et renouvelle le bestiaire avec une organisation terroriste mystérieuse, le Ptolémaïs. Malgré des qualités certaines, l’épisode souffre d’une histoire écourtée : le jeu semble inachevé, plusieurs niveaux étant manifestement coupés en fin de production. Pour beaucoup de fans, Metal Slug 5 marque le véritable début du déclin de la série.
Metal Slug 6 et 7 : un souffle retrouvé sur nouvelle architecture
Metal Slug 6 arrive en 2006, cette fois développé par SNK Playmore sur le hardware Atomiswave de Sammy. Le jeu abandonne donc techniquement la Neo Geo mais conserve l’esprit 2D. Il introduit Ralf et Clark de la série Ikari Warriors comme personnages jouables, enrichissant le casting à six héros aux capacités différenciées. Le système de weapon stock fait son apparition : on peut conserver ses armes même en changeant d’arsenal.
Metal Slug 7 sort en 2008 exclusivement sur Nintendo DS, rompant avec la tradition arcade. Cet épisode revient aux fondamentaux : graphismes 2D pixel art, gameplay classique, sept missions centrées sur l’armée de Morden. L’accueil est tiède car la petite taille d’écran de la DS ne rend pas justice à la série. Une version remasterisée, Metal Slug XX, sortira par la suite sur PSP et consoles HD.
Spin-offs et expérimentations
En parallèle des épisodes principaux, SNK a multiplié les spin-offs. Metal Slug 1st Mission et 2nd Mission sur Neo Geo Pocket Color ont proposé une version portable aux graphismes simplifiés mais au gameplay fidèle. Metal Slug Advance sur Game Boy Advance en 2004 a introduit de nouveaux personnages (Walter et Tyra). Du côté des tentatives ratées, Metal Slug 3D sur PlayStation 2 en 2006 a voulu porter la série en 3D avec un résultat catastrophique, vite oublié.
Plus récemment, Metal Slug Attack sur mobile a proposé une formule tower defense réussie entre 2016 et 2024, tandis que Metal Slug Tactics, développé par le studio français Leikir Studio et sorti en 2024, a offert une relecture en jeu tactique au tour par tour, saluée par la critique pour sa direction artistique fidèle à l’original.
L’animation Metal Slug : une école à part entière
L’une des marques de fabrique inégalées de Metal Slug reste son animation 2D. Chaque soldat ennemi dispose de dizaines de sprites différents selon la situation : dormir, manger, fuir paniqué, supplier à genoux, se faire dévorer par un chien. Chaque véhicule a ses propres animations d’impact selon l’angle et l’arme utilisée. Les boss s’animent avec une fluidité qui nécessitait des centaines de frames dessinées à la main par les animateurs de Nazca puis de SNK.
Cette obsession du détail a fait de Metal Slug une référence pour les studios indépendants qui tentent aujourd’hui de recréer l’esthétique pixel art haut de gamme. L’école Metal Slug inspire des jeux comme Blazing Chrome, Mercenary Kings ou plus récemment Cuphead dans sa philosophie artisanale de l’animation frame par frame.
Les personnages et l’univers
Le quatuor principal se compose de quatre caractères bien définis : Marco Rossi, le leader stoïque de la Peregrine Falcon Strike Force, Tarma Roving, mécano passionné de véhicules, Fio Germi, tireuse d’élite héritière d’une famille militaire, et Eri Kasamoto, experte en explosifs au passé d’orpheline. Cette diversité fonctionnelle, même si elle n’a jamais été traduite en différences de gameplay majeures, donne à chaque run son identité.
Face à eux, le Général Donald Morden campe un antagoniste iconique, putschiste moustachu inspiré des dictateurs latino-américains et arabes des années 80. Son armée rebelle, les Martiens de Rootmars, le Ptolémaïs et divers groupes paramilitaires élargissent le bestiaire au fil des épisodes. L’univers de Metal Slug mélange satire militaire, science-fiction pulp et humour absurde dans un équilibre rarement égalé.
Le nouveau Metal Slug annoncé pour 2026
Après des années de jachère côté épisode principal, SNK a officialisé fin 2025 un nouveau Metal Slug pour les trente ans de la licence. Le jeu promet un retour à la 2D pixel art haute définition, un casting élargi et une campagne solo conséquente. Les quelques images teasées lors de la SNK World Tour 2025 ont rassuré les fans : l’animation artisanale est de retour, avec une finesse qui rappelle Metal Slug 3.
Ce retour s’inscrit dans la stratégie plus large de SNK sous l’impulsion de ses nouveaux actionnaires saoudiens, qui ont massivement réinvesti dans les licences historiques. Après la relance de Fatal Fury avec City of the Wolves en 2025, Metal Slug est la deuxième pierre angulaire de cette renaissance. Si le jeu tient ses promesses, il pourrait redonner ses lettres de noblesse à la saga auprès d’une nouvelle génération de joueurs.
Metal Slug dans la culture collection Neo Geo
Les cartouches Metal Slug figurent parmi les plus recherchées de la ludothèque AES. Metal Slug 1 en version japonaise atteint régulièrement 800 à 1500 euros selon l’état. Metal Slug X monte encore plus haut, souvent autour de 1800 à 2500 euros pour une boîte complète. Mais le graal absolu reste Metal Slug 3 en version AES : extrêmement rare car produit en très petites quantités à une époque où la Neo Geo AES était déjà en déclin commercial, il s’échange entre 5000 et 8000 euros, parfois davantage pour des exemplaires impeccables.
Ces tarifs élevés s’inscrivent dans une tendance plus large du marché Neo Geo AES, où les grands noms atteignent des sommets. Pour comprendre ce phénomène, consultez notre guide complet sur la Neo Geo AES et les jeux cultes, qui décrypte pourquoi ces cartouches sont devenues des objets d’investissement autant que de collection.
L’héritage et l’influence
Metal Slug a durablement influencé le genre run and gun et, plus largement, la culture du jeu vidéo 2D. Sans Metal Slug, pas de Broforce, pas de Blazing Chrome, pas de Huntdown. La saga a prouvé qu’on pouvait combiner action arcade pure, humour caricatural et rigueur de level design dans un format intemporel. Son ADN imprègne encore aujourd’hui de nombreux jeux indépendants qui cherchent à capturer cette alchimie si particulière entre chaos contrôlé et maîtrise technique.
Dans l’écosystème SNK, Metal Slug représente le pendant action de l’univers de combat dominé par The King of Fighters. Les deux sagas ont suivi des trajectoires parallèles : naissance Neo Geo, âge d’or 1996-2002, traversée du désert post-faillite SNK, renaissance contemporaine. Elles incarnent à elles deux l’âme de SNK et justifient à elles seules l’intérêt pour la console la plus prestigieuse de l’histoire des systèmes 2D.
Conclusion
Trente ans après sa naissance, Metal Slug reste un pilier du patrimoine vidéoludique mondial. De Nazca à la renaissance annoncée pour 2026, la saga a traversé les époques sans perdre son âme artisanale. Entre nostalgie assumée et exigence technique inchangée, Metal Slug continue de fasciner joueurs et collectionneurs. Pour explorer d’autres piliers de la ludothèque Neo Geo, plongez dans l’univers de Samurai Shodown et de ses duels à l’épée, deux sagas qui incarnent chacune à leur manière l’excellence SNK de la grande époque.




