Une cadence infernale à Starbase
Elon Musk l’avait promis : 2026 serait l’année du rythme soutenu à Starbase, au Texas. Les 14 et 15 avril 2026 viennent de confirmer cette ambition. En moins de 48 heures, les équipes de SpaceX ont enchaîné deux tests critiques pour la prochaine génération de la fusée géante : le Starship V3.
Ces tests, menés avec une fluidité impressionnante, préparent le terrain pour un lancement attendu : le Flight 12. Ce vol inaugurera officiellement la génération V3 du Starship, la plus ambitieuse jamais construite.
14 avril : static fire complet de l’étage supérieur
Le premier test s’est déroulé le 14 avril 2026. SpaceX a procédé à un static fire de durée complète de l’étage supérieur du Starship V3, autrement dit la « fusée » elle-même, qui se détache du booster pour atteindre l’orbite.
Un static fire consiste à allumer les moteurs du véhicule sans qu’il ne décolle, le véhicule étant solidement fixé à son pas de tir. Cela permet de tester la poussée, la séquence d’allumage, la régulation du flux de propergols et l’ensemble des systèmes avioniques en conditions réelles.
La nouveauté ici : il s’agissait d’un test de durée pleine, c’est-à-dire simulant la totalité du temps de fonctionnement prévu en vol. Historiquement, SpaceX privilégiait des tests de plus courte durée pour Starship. Ce passage à la durée complète témoigne d’une maturité croissante de la plateforme V3.
Selon les premiers retours, tous les paramètres mesurés ont été conformes aux attentes. Les moteurs Raptor de dernière génération, installés sur le V3, ont fonctionné sans anomalie majeure.
15 avril : les 33 Raptor du Super Heavy allumés simultanément
Le lendemain, le 15 avril 2026, place au booster Super Heavy, le premier étage de la fusée. Le Booster 19, destiné à équiper le Flight 12, a été soumis à un allumage de ses 33 moteurs Raptor en simultané.
Allumer 33 moteurs à la fois constitue une prouesse technique hors norme. Chaque moteur délivre environ 230 tonnes de poussée, soit un total supérieur à 7500 tonnes au décollage. C’est plus que n’importe quelle fusée jamais construite, y compris la légendaire Saturn V du programme Apollo.
Selon SpaceX, les 33 moteurs se sont allumés avec succès, validant la séquence d’allumage, la stabilité de la combustion, et le comportement du booster sous sa pleine poussée. Pas d’anomalie critique rapportée.
Ce résultat est particulièrement significatif car le Super Heavy V3 est équipé d’une nouvelle génération de moteurs Raptor, plus puissants et plus fiables que les versions précédentes.
Le Pad 2 déclaré prêt pour le Flight 12
Autre nouvelle majeure issue de ces tests : le Pad 2, la seconde rampe de lancement de Starbase, a été officiellement déclaré opérationnel pour le Flight 12. C’est la première fois que Starship utilisera ce nouveau pas de tir, construit pour soulager le Pad 1 historique et permettre une cadence de lancement plus élevée.
Disposer de deux pas de tir fonctionnels à Starbase est un jalon stratégique : SpaceX pourra alterner les lancements, préparer un booster pendant qu’un autre part en mission, et à terme, envisager des cadences de plusieurs vols par mois.
Starship V3 : une bête de course
Le Starship V3 n’est pas une simple évolution. C’est une refonte majeure du véhicule, avec des dimensions, des performances et des capacités revues à la hausse.
Caractéristiques techniques
- Hauteur totale : plus de 124 mètres (408 pieds), battant largement la V2
- Capacité utile en orbite basse (LEO) : plus de 100 tonnes
- Motorisation : moteurs Raptor de nouvelle génération sur les deux étages
- Réservoirs : allongés pour augmenter la capacité de propergols
- Bouclier thermique : tuiles améliorées pour résister à des rentrées multiples
Avec une capacité utile supérieure à 100 tonnes en orbite basse, Starship V3 serait le lanceur le plus puissant de l’histoire, laissant loin derrière le Space Launch System de la NASA et même la Saturn V de légende. Ce seront aussi des performances inédites pour un véhicule entièrement réutilisable.
Flight 12 : le grand test attendu
Le Flight 12 est bien plus qu’un vol de plus dans la série Starship. Il cumule plusieurs premières :
- Premier vol du Starship V3
- Premier lancement depuis le Pad 2
- Premier vol des Raptor de nouvelle génération en conditions opérationnelles
L’enjeu est donc colossal. Tout succès validerait plusieurs années de développement et ouvrirait la porte à des missions commerciales, scientifiques et même habitées à moyen terme.
Selon Elon Musk, le lancement est désormais à 4 à 6 semaines de distance. Le NET (No Earlier Than) visé serait mai 2026, potentiellement fin mai si les derniers tests de revue se passent sans accroc.
Quel profil de vol pour le Flight 12 ?
Les détails complets du plan de vol ne sont pas encore publics, mais plusieurs éléments ont filtré. SpaceX devrait tester :
- Un profil orbital complet (orbite basse puis rentrée contrôlée)
- Une récupération du Super Heavy via les bras « Mechazilla » de la tour de lancement
- Un test de transfert de propergol en orbite, étape cruciale pour les futures missions lunaires et martiennes
- Une amerrissage contrôlé de l’étage supérieur dans l’océan Indien
Le transfert de propergol en orbite est particulièrement stratégique. C’est une étape indispensable pour la mission Artemis III de la NASA, qui prévoit de ramener des humains sur la Lune grâce à une version modifiée du Starship comme atterrisseur lunaire.
Une course contre la montre
Au-delà de la prouesse technique, SpaceX joue gros. La NASA attend le Starship pour Artemis III, dont le calendrier a déjà pris du retard. La constellation Starlink V3, qui nécessite Starship pour déployer massivement des satellites de nouvelle génération, piétine elle aussi.
Enfin, Elon Musk maintient son objectif martien : envoyer les premières missions non habitées vers Mars à la fenêtre de lancement de 2026-2027. Pour tenir ce rythme, chaque mois compte, et chaque test réussi rapproche l’entreprise de son calendrier ambitieux.
Avec ces deux tests bouclés en 48 heures, SpaceX envoie un signal fort : le Starship V3 n’est plus une promesse lointaine, mais une réalité industrielle sur le point de voler.




