Le top 10 des départements les plus touchés en 2026
Le classement présenté ici s’appuie sur les bilans provisoires communiqués par les préfectures, les SDIS et les services de l’ONF au 22 juillet 2026. Les chiffres sont, à ce stade, des estimations : ils intègrent les grands feux médiatisés mais aussi la somme des dizaines de départs plus modestes qui, cumulés, pèsent lourd dans la statistique départementale. Le total national atteint 44 000 hectares selon le bilan national 44 000 ha annoncé par le ministre de l’Intérieur.
Sans surprise, la façade atlantique et l’arc méditerranéen occupent les premières places. Mais la saison 2026 confirme un phénomène apparu ces dernières années : la remontée du risque incendie vers des départements historiquement plus épargnés, à l’image de la Seine-et-Marne. Pour une vue d’ensemble des causes, moyens et enseignements, on peut consulter le dossier complet.
1er : la Gironde, meurtrie par le Médoc et l’héritage Landiras
La Gironde (33) occupe la première marche du podium avec une estimation comprise entre 5 000 et 8 000 hectares brûlés depuis le début de l’année 2026. Le département paie un lourd tribut à travers l’incendie du Médoc 22/07, qui a détruit à lui seul environ 1 400 hectares entre Saumos et Le Porge, mais aussi à travers plusieurs départs plus modestes survenus au printemps et au début de l’été dans le sud du département, autour de Hostens et Landiras.
Ce cumul rappelle douloureusement l’héritage des méga-feux de Landiras en 2022, qui avaient marqué le territoire de plus de 30 000 hectares partis en fumée. Le massif landais girondin, dominé par le pin maritime, offre un combustible particulièrement inflammable en période de sécheresse : sous-bois secs, litière de résine et corridors ventés depuis l’océan constituent un cocktail à haut risque pour tout l’été.
2e : les Landes, cœur du massif landais
Le département voisin des Landes (40) se hisse à la deuxième place avec une estimation comprise entre 3 000 et 5 000 hectares. Contrairement à la Gironde, il n’a pas été touché par un unique méga-feu médiatisé mais par une accumulation de foyers plus modestes : plusieurs feux de plusieurs centaines d’hectares dans le nord du département, autour de Mimizan et Sabres, ainsi que des reprises régulières dans le triangle Morcenx – Sore – Labouheyre.
Le massif landais, plus vaste forêt cultivée d’Europe occidentale, y déploie sur des centaines de milliers d’hectares un modèle sylvicole homogène qui, en cas de vent d’est, transforme chaque étincelle en menace majeure. Le souvenir du terrible grand feu de 1949, qui avait ravagé plus de 130 000 hectares et fait 82 morts, reste très présent dans la mémoire collective locale et pèse sur la perception du risque cet été.
3e : le Var, méditerranée en feu
Le Var (83) décroche la troisième place avec une estimation comprise entre 5 000 et 6 000 hectares. La saison y a démarré fort, avec plusieurs feux importants au mois de juin dans le Massif des Maures, dans l’arrière-pays entre Vidauban et Le Luc, ainsi qu’autour de la Sainte-Baume. Un feu spectaculaire début juillet a également mobilisé plus d’un millier de pompiers dans le secteur de Bormes-les-Mimosas.
La spécificité varoise tient à la combinaison mistral–garrigue–chênes-liège. Sur les massifs des Maures et de l’Estérel, la végétation méditerranéenne dense et riche en essences volatiles s’enflamme rapidement, tandis que le mistral peut projeter des flammèches à plusieurs centaines de mètres, franchissant les coupures les mieux entretenues. L’urbanisation diffuse en interface forêt–habitat multiplie par ailleurs les points de vulnérabilité.
4e-5e : Bouches-du-Rhône et Corse
Les Bouches-du-Rhône (13) occupent la quatrième place, avec une estimation de 3 000 à 4 000 hectares. Le département a été particulièrement affecté par plusieurs feux de garrigue et de pinèdes autour de la chaîne de la Nerthe, dans le massif de la Sainte-Victoire et dans le secteur de Marseille – La Ciotat. La proximité de zones urbanisées denses complique systématiquement les interventions et impose des évacuations massives à la moindre alerte.
La Corse-du-Sud (2A) et la Haute-Corse (2B), regroupées ici en cinquième position, totalisent environ 4 000 hectares combinés. L’île de Beauté a été frappée par plusieurs feux importants, notamment dans la plaine orientale et le nord du Cap Corse. Le maquis y présente une biomasse particulièrement inflammable, et l’insularité complique le renfort en moyens aériens depuis le continent.
6e-7e : Aude et Hérault
L’Aude (11) arrive en sixième position avec plusieurs feux d’ampleur dans les massifs des Corbières et de la Clape. La combinaison de garrigues sèches, de vents forts (tramontane, cers) et d’un relief accidenté rend la lutte particulièrement difficile. Certains départs de feu, allumés par la foudre lors d’orages secs, ont progressé plusieurs jours durant, mobilisant des colonnes de renfort venues du sud-ouest et de la région Rhône-Alpes.
L’Hérault (34) complète le duo languedocien à la septième place. Le département a connu plusieurs feux notables dans le Larzac, l’arrière-pays de Béziers et les contreforts du Caroux. La progression rapide de l’urbanisation en zone périurbaine, dans les communes autour de Montpellier, augmente la pression sur des espaces naturels déjà fragilisés par la sécheresse chronique et l’augmentation des températures moyennes.
8e-10e : Alpes-Maritimes, Pyrénées-Orientales, Seine-et-Marne
Les Alpes-Maritimes (06) occupent la huitième place, avec plusieurs feux dans l’arrière-pays niçois et grassois. Le département compose avec un relief très marqué qui complique l’accès des moyens terrestres et impose un recours massif aux Canadair et Dash. Les massifs du Mercantour et de l’Estérel côté ouest offrent des couloirs de propagation redoutables lorsque le vent d’est se lève.
Les Pyrénées-Orientales (66) se placent en neuvième position. Département historiquement sec, il a connu au printemps et en début d’été plusieurs feux dans les Aspres et les Fenouillèdes, sur des espaces déjà éprouvés par la sécheresse structurelle des dernières années. La combinaison tramontane–garrigue y produit régulièrement des feux à cinétique rapide qui menacent aussi bien les vignobles que les zones habitées de l’arrière-pays.
La grande surprise du classement 2026 est la Seine-et-Marne (77), propulsée en dixième position par l’incendie de Fontainebleau, qui a détruit à lui seul près de 2 000 hectares mi-juillet. Ce feu massif dans une forêt francilienne emblématique symbolise à lui seul la remontée du risque incendie vers le nord du pays, dans des territoires jusqu’ici peu préparés à des sinistres d’une telle ampleur.
Les facteurs de vulnérabilité par département
Chaque département de ce classement combine des facteurs de vulnérabilité qui lui sont propres. En Gironde et dans les Landes, c’est l’homogénéité du massif landais et la nature très inflammable du pin maritime qui dominent, dans un contexte de sécheresse marquée du sous-sol atlantique. La densité des campings et villages de vacances en lisière de forêt multiplie les enjeux de sécurité civile.
Sur l’arc méditerranéen (Var, Bouches-du-Rhône, Corse, Aude, Hérault, Alpes-Maritimes, Pyrénées-Orientales), le triptyque climat sec, végétation riche en huiles essentielles, vents violents constitue la matrice commune. À cela s’ajoute une urbanisation diffuse qui a longtemps sous-estimé le risque, avec des lotissements en interface forêt–habitat où l’évacuation en urgence est complexe. En Corse, l’insularité impose un délai supplémentaire pour les renforts métropolitains.
En Seine-et-Marne, la vulnérabilité tient à la conjonction de facteurs plus récents : sécheresse répétée du bassin parisien, dépérissement des chênes et des pins sylvestres, forte fréquentation touristique du massif de Fontainebleau et moindre habitude opérationnelle des SDIS locaux face à des feux de grande ampleur. Le sinistre de juillet 2026 sonne comme un signal d’alarme pour toute la moitié nord de la France.
Une géographie qui s’étend vers le nord
Le palmarès 2026, dominé sans surprise par les départements du Sud-Ouest et de la Méditerranée, confirme surtout une tendance de fond : le risque incendie ne se cantonne plus aux territoires historiquement exposés. La présence de la Seine-et-Marne dans le top 10, aux côtés de la Gironde et du Var, illustre l’extension vers le nord d’une géographie qui, il y a vingt ans encore, semblait bornée à l’arc méditerranéen et au massif landais.
Ce constat interroge directement les politiques d’équipement des SDIS, de sylviculture et d’urbanisme dans des régions jusque-là peu concernées. La saison n’est de surcroît pas terminée : les mois d’août et de septembre s’annoncent difficiles sur l’ensemble de la moitié sud, et une actualisation du classement sera indispensable à l’automne, une fois consolidés les bilans définitifs des différents SDIS et de la Sécurité civile.




