Franck Zal (Hemarina) finaliste du Prix de l'inventeur européen 2026 pour ses vers marins qui sauvent des vies

Franck Zal (Hemarina) finaliste du Prix de l'inventeur européen 2026 pour ses vers marins qui sauvent des vies

Un chercheur breton en lice pour la plus prestigieuse distinction européenne

Le nom de Franck Zal résonne fort dans le petit monde de la biologie marine et de la médecine régénérative. Ce chercheur breton, ancien du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a fondé en 2007 la société Hemarina, installée à Morlaix, dans le Finistère. Près de vingt ans plus tard, il figure parmi les finalistes de la catégorie Recherche du Prix de l’inventeur européen 2026, une distinction annuelle décernée par l’Office européen des brevets (OEB) pour saluer les innovations qui changent la vie.

La cérémonie de remise du prix se tient à Vienne, en Autriche, à la fin du mois de juillet 2026. Elle réunira chercheurs, industriels, décideurs politiques et journalistes venus du monde entier. Pour Franck Zal, la nomination est déjà une consécration : elle place au premier rang international une découverte issue des estrans bretons et développée à contre-courant du modèle biotech classique, souvent centralisé dans les grands pôles urbains.

Le ver marin, source insoupçonnée d’une prouesse médicale

Tout commence dans les années 1990. Le jeune chercheur s’intéresse à un animal familier des pêcheurs à pied bretons : l’arénicole (Arenicola marina), un ver marin discret qui vit enfoui dans le sable des vasières. Sa particularité : ce ver est capable de rester enfoui plusieurs heures dans un environnement sans oxygène, avant de reprendre sa respiration à marée haute. Comment fait-il ? La réponse tient dans son hémoglobine extracellulaire, une molécule aux propriétés exceptionnelles.

Cette hémoglobine, cinquante fois plus grosse que celle des mammifères, présente deux atouts majeurs. Elle est capable de transporter quarante fois plus d’oxygène qu’une hémoglobine humaine, et surtout, elle est universellement compatible : elle ne provoque pas de réaction immunitaire lorsqu’elle est injectée à un être humain, quel que soit son groupe sanguin. Une découverte majeure qui a immédiatement séduit les médecins spécialisés dans les greffes et les grands brûlés.

Trois applications qui bouleversent la médecine

L’entreprise Hemarina a développé plusieurs produits fondés sur cette molécule miracle. Le premier, baptisé HEMO2life, est aujourd’hui utilisé dans plusieurs hôpitaux français et européens pour la préservation des organes destinés à la transplantation. Ajouté au liquide de conservation dans lequel baigne l’organe pendant son transport entre le donneur et le receveur, il oxygène les tissus et prolonge considérablement leur durée de viabilité.

Concrètement, un cœur transplanté voyait jusqu’alors sa durée de conservation limitée à quatre heures, ce qui contraignait fortement la géographie des greffes. Avec HEMO2life, cette durée peut être portée à douze heures, voire davantage selon les protocoles. Résultat : les équipes médicales disposent d’un temps précieux pour organiser le transport, préparer le receveur et améliorer la qualité de la greffe. Les premiers essais cliniques ont montré une réduction significative des rejets et une meilleure fonction post-opératoire des organes greffés.

Les grands brûlés et les plaies chroniques

Deuxième application : les pansements pour grands brûlés et plaies chroniques. La molécule d’Hemarina, incorporée dans un dispositif médical spécifique, oxygène les tissus lésés et accélère la cicatrisation. Les résultats obtenus sur les brûlures profondes du troisième degré et sur les ulcères diabétiques, notoirement difficiles à guérir, sont jugés spectaculaires par plusieurs centres hospitaliers européens.

Sport de haute altitude et plongée

Plus récemment, Franck Zal a ouvert un troisième champ d’application : le sport de haute altitude et la plongée profonde. En augmentant transitoirement la capacité de transport de l’oxygène du sang, l’hémoglobine de ver marin pourrait aider les alpinistes évoluant au-delà de 7 000 mètres, les pompiers combattant des incendies dans des atmosphères pauvres en oxygène, ou encore les plongeurs professionnels lors de longues immersions. Des études sont en cours, avec un cadre éthique et sportif strictement encadré.

Une entreprise ancrée en Bretagne, exportatrice à l’international

L’histoire d’Hemarina incarne un modèle rare de biotech décentralisée, ancrée dans son territoire d’origine. Basée à Morlaix, en plein cœur du Finistère nord, l’entreprise emploie une soixantaine de personnes et exploite sa propre ferme d’élevage d’arénicoles sur la côte bretonne. Cet enracinement local permet non seulement de sécuriser la matière première, mais aussi de développer une filière économique originale mêlant pêche à pied traditionnelle et biotechnologie de pointe.

Les produits d’Hemarina sont aujourd’hui utilisés dans plusieurs pays européens : France, Belgique, Allemagne, Suisse, Espagne, Italie. L’autorisation de mise sur le marché aux États-Unis et au Japon est en cours d’instruction, avec des perspectives de croissance très importantes. L’entreprise a bénéficié du soutien de Bpifrance, de l’Agence de l’innovation en santé et de plusieurs fonds d’investissement européens spécialisés en sciences du vivant.

Le Prix de l’inventeur européen : une reconnaissance et un tremplin

Le Prix de l’inventeur européen, décerné chaque année depuis 2006 par l’OEB, récompense des chercheurs et ingénieurs dont les inventions brevetées ont un impact significatif sur la société, l’économie ou l’environnement. Cinq catégories sont proposées, dont Industrie, PME, Recherche, et Lifetime achievement. Franck Zal concourt dans la catégorie Recherche, dédiée aux inventions issues du monde académique.

Au-delà de la reconnaissance symbolique, la nomination — et a fortiori le prix — représente un formidable coup de projecteur international pour Hemarina. Les précédentes lauréates françaises, comme Emmanuelle Charpentier (CRISPR), ont vu leur visibilité et leurs partenariats industriels décupler après cette distinction. Pour Franck Zal, l’objectif est de lever de nouveaux financements pour accélérer le déploiement de ses solutions et pousser plus loin la recherche.

L’ambition : plus de greffes réussies, moins de rejets

Interrogé récemment par plusieurs médias scientifiques, Franck Zal a résumé sa vision en une phrase : « permettre à davantage de patients d’accéder à la greffe et diminuer le taux de rejet, c’est le sens de nos travaux depuis vingt-cinq ans ». Aujourd’hui, on estime que près de 26 000 patients français sont en attente d’une greffe d’organe, alors que seulement 5 000 à 6 000 transplantations sont réalisées chaque année. Chaque organe préservé plus longtemps, mieux oxygéné, mieux transporté, est un patient de plus qui peut espérer une seconde vie.

Le chercheur breton, discret et méthodique, incarne un certain art français de l’innovation : une base scientifique rigoureuse, une inspiration venue de la nature, un ancrage territorial fort, et une application médicale concrète au service de patients. Que le Prix de l’inventeur européen 2026 récompense ou non son parcours, sa contribution est déjà entrée dans les manuels de biologie marine et de médecine translationnelle. Et derrière chaque arénicole enfouie dans le sable des baies bretonnes se cache désormais, symboliquement, une petite part d’espoir pour les malades du monde entier.

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