Acheter un ordinateur ou un smartphone coûte plus cher en 2026, et ce n’est pas une impression. Les prix des composants mémoire s’envolent, et cette hausse se répercute sur tous les appareils qui en contiennent, c’est-à-dire à peu près tout ce qui est électronique. Derrière ce phénomène, une cause principale : la ruée mondiale sur l’intelligence artificielle. On vous explique la chaîne, avec des ordres de grandeur, et surtout quelques conseils pour limiter la casse.
Le point de départ : la faim de mémoire des data centers
Entraîner et faire tourner des modèles d’IA réclame des quantités astronomiques de puissance de calcul, et donc de mémoire ultra-rapide. Cette mémoire spécialisée, appelée HBM (pour High Bandwidth Memory, mémoire à haute bande passante), équipe les cartes graphiques et accélérateurs installés par millions dans les data centers du monde entier.
Or il n’existe qu’une poignée de fabricants de mémoire au monde : principalement Samsung, SK Hynix et Micron. Ces trois géants ont massivement réorienté leurs usines vers la HBM, bien plus rentable, pour répondre à la demande des acteurs de l’IA. Résultat : la production de mémoire classique, celle de nos téléphones et ordinateurs, se retrouve rationnée.
Pourquoi la HBM assèche le reste du marché
Le point clé à comprendre, c’est que fabriquer de la HBM est extrêmement gourmand en capacité de production. Produire un seul bit de HBM revient à renoncer à plusieurs bits de mémoire conventionnelle, celle que l’on trouve dans les PC et smartphones. Autrement dit, chaque puce dédiée à l’IA se fait au détriment de plusieurs puces destinées au grand public.
Les chiffres donnent le vertige. Selon les analystes, les trois grands fabricants auraient consacré la très large majorité de leur production à la HBM pour l’IA, ne laissant qu’une fraction pour la RAM classique. Micron a même indiqué être quasiment en rupture pour toute l’année 2026 : sa production est déjà vendue. Quand l’offre se raréfie et que la demande reste forte, le prix grimpe mécaniquement.
Des hausses spectaculaires sur la RAM et le stockage
Les répercussions sont déjà bien visibles :
- Les prix de la DRAM, la mémoire vive, ont bondi d’environ 90 % au premier trimestre 2026 par rapport à la fin 2025 ;
- La RAM DDR5, la plus récente, a vu ses tarifs grimper jusqu’à 110 % sur la même période ;
- Le stockage n’est pas épargné : les prix de la mémoire flash NAND, celle des SSD et du stockage des téléphones, ont augmenté de plus de la moitié d’un trimestre à l’autre.
Selon le cabinet Gartner, en cumulant DRAM et stockage, la facture pourrait grimper d’environ 130 % d’ici la fin 2026. De quoi renchérir le prix des PC d’à peu près 17 % et celui des smartphones d’environ 13 % par rapport à 2025.
Comment la hausse arrive jusqu’à vous
La chaîne est simple à suivre. Les fabricants de mémoire augmentent leurs tarifs ; les assembleurs de PC et de smartphones voient donc le coût de leurs composants exploser ; ils répercutent tout ou partie de cette hausse sur le prix de vente final. C’est particulièrement sensible sur les configurations généreuses en RAM et en stockage, très prisées pour le jeu vidéo, la création de contenu ou, ironie du sort, l’IA installée en local.
Cette dynamique explique d’ailleurs en partie la hausse annoncée sur les smartphones de 2026, comme le Google Pixel 11. Les constructeurs n’ont guère le choix : soit ils rognent leurs marges, soit ils augmentent leurs prix, soit ils réduisent la quantité de mémoire embarquée.
Faut-il acheter maintenant ou attendre ?
La question mérite d’être posée, car cette pénurie n’est pas près de se résorber : certains dirigeants du secteur estiment que la tension pourrait durer plusieurs années, le temps de construire de nouvelles usines. Voici quelques repères :
- Si vous avez un besoin réel maintenant (ordinateur en panne, téléphone à bout de souffle), mieux vaut ne pas trop temporiser : les prix ont plus de chances de monter que de baisser à court terme.
- Si votre matériel actuel tient la route, patienter n’est pas absurde, mais sans espérer un retour rapide aux tarifs de 2024.
- Pour la RAM et les SSD à ajouter soi-même, acheter tôt peut être judicieux si vous prévoyez une mise à niveau, car ces composants sont les plus directement touchés.
- Le reconditionné devient une piste sérieuse : un appareil de génération précédente, remis à neuf, permet d’échapper en partie à la flambée sur le neuf, tout en offrant des performances suffisantes pour la plupart des usages.
Un dernier conseil : à l’achat d’un neuf, évaluez honnêtement vos besoins réels en mémoire et en stockage. Payer le surcoût d’une configuration surdimensionnée a moins de sens en période de flambée des prix. Le stockage dans le cloud ou un disque externe peuvent parfois éviter de sur-payer une grosse capacité interne.
Ce qu’il faut retenir
- La demande de l’IA pour les data centers fait exploser le prix de la mémoire, répercuté sur toute l’électronique grand public.
- Les fabricants privilégient la mémoire HBM pour l’IA, ce qui raréfie la RAM et le stockage classiques.
- Les prix de la DRAM ont bondi d’environ 90 % début 2026 ; PC et smartphones pourraient grimper de 10 à 20 % sur l’année.
- La pénurie pourrait durer plusieurs années, faute de capacités de production suffisantes.
- En cas de besoin réel, mieux vaut acheter tôt ; le reconditionné et une configuration ajustée à vos usages limitent la facture.




