L'Europe veut désactiver les compagnons IA pour les enfants

L'Europe veut désactiver les compagnons IA pour les enfants

En bref : le 17 septembre 2026, la Commission européenne a présenté le « Kids Act », un projet de règlement qui encadrerait pour la première fois les compagnons IA affectifs. Ces chatbots devraient être désactivés par défaut pour les mineurs et ne pourraient plus être conçus pour créer une dépendance émotionnelle. Le texte n’est encore qu’une proposition, soumise à la négociation des 27 États membres.

Qu’est-ce qu’un « compagnon IA » ?

Un compagnon IA n’est pas un simple assistant qui répond à des questions pratiques. Il s’agit d’un agent conversationnel conçu pour simuler une relation interpersonnelle : il se souvient des échanges précédents, adopte une personnalité, exprime de l’affection et cherche à maintenir le dialogue dans la durée. Selon les informations disponibles, le projet européen viserait explicitement les fonctionnalités de type « compagnon » que peuvent proposer des services grand public comme ChatGPT, Gemini ou Claude, mais aussi les applications entièrement dédiées à ce format.

La nuance est importante : ce n’est pas l’IA en général qui serait visée, mais bien sa capacité à tisser un lien affectif avec un jeune utilisateur. C’est ce mécanisme d’attachement, et non la technologie elle-même, que le texte cherche à encadrer.

Ce que prévoirait le Kids Act

D’après les éléments communiqués par la Commission, le principe central serait celui d’une désactivation par défaut. Concrètement, pour tout utilisateur identifié comme mineur, les fonctions de compagnon IA ne seraient ni activées automatiquement ni mises en avant. Les plateformes ne pourraient pas non plus inciter les enfants à s’en servir.

Le projet articulerait aussi plusieurs paliers d’âge, qui restent à confirmer dans le texte définitif :

  • Les moins de 13 ans n’auraient pas accès aux chatbots sans l’accord d’un responsable légal.
  • Les 13-14 ans pourraient disposer d’un compte d’initiation aux fonctions réduites, avec limites de temps strictes et consentement parental.
  • À partir de 15 ans, l’usage deviendrait plus autonome, mais certaines règles de sécurité resteraient actives jusqu’à la majorité.

Autre point clé : les fournisseurs ne pourraient plus concevoir des systèmes destinés à créer des dépendances émotionnelles, et devraient limiter la réutilisation des données issues des interactions passées. Des évaluations « à l’état de l’art » des risques pour la santé, la sécurité et le développement des enfants seraient exigées.

Pourquoi une telle mesure ?

Trois grandes catégories de préoccupations reviennent dans les motivations avancées.

Des risques psychologiques

Un compagnon IA disponible en permanence, toujours bienveillant et jamais fatigué, peut occuper une place démesurée dans la vie affective d’un enfant ou d’un adolescent. Le risque redouté est celui d’un repli sur une relation artificielle au détriment des liens réels, à un âge où se construisent les compétences sociales.

Un mécanisme de dépendance

Comme les réseaux sociaux avant eux, ces services peuvent être optimisés pour maximiser le temps passé. Un chatbot qui relance, flatte et entretient le dialogue exploiterait des ressorts psychologiques particulièrement puissants chez un public jeune, encore vulnérable à ce type de sollicitation.

La question des données

Les conversations avec un compagnon IA sont, par nature, intimes. Elles peuvent révéler des émotions, des difficultés familiales ou scolaires, voire des situations de détresse. Encadrer la manière dont ces données sont collectées, conservées et réutilisées apparaît donc comme un enjeu central de protection.

Un texte encore en discussion

Il faut le souligner : à ce jour, le Kids Act demeure une proposition. Le texte publié doit désormais suivre le parcours législatif européen habituel, avec des mois de négociations entre les États membres et les colégislateurs. Son contenu, ses seuils d’âge et son calendrier pourraient donc évoluer avant toute application.

Selon les informations disponibles, les manquements pourraient être sanctionnés par des amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial annuel des fournisseurs concernés, un niveau comparable à celui déjà prévu par d’autres réglementations numériques européennes. Ce chiffre reste toutefois conditionné à la version finale du règlement.

Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large où les agents IA gagnent en autonomie et en présence dans le quotidien. Nous détaillons cette tendance de fond dans notre article sur les agents IA qui prennent du pouvoir en 2026, une évolution qui rend le débat sur l’encadrement d’autant plus concret.

Ce qu’il faut retenir

  • La Commission européenne a présenté le 17 septembre 2026 un projet, le « Kids Act », qui viserait les compagnons IA affectifs.
  • Le principe central serait la désactivation par défaut de ces chatbots pour les mineurs, avec des paliers d’âge à confirmer.
  • Trois risques sont mis en avant : psychologiques, dépendance émotionnelle et exploitation des données intimes.
  • Les fournisseurs ne pourraient plus concevoir des systèmes favorisant la dépendance, sous peine d’amendes potentiellement très élevées.
  • Le texte reste une proposition : ses seuils et son calendrier peuvent encore changer au fil des négociations.
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