30 000 hectares brûlés : le chiffre choc
Le bilan matériel définitif de l’été noir de 2022 en Gironde s’établit à environ 30 000 hectares partis en fumée en cumulant les deux foyers principaux de Landiras et de La Teste-de-Buch. Un chiffre officiellement consolidé par la préfecture de Gironde et par l’Office national des forêts (ONF) à l’automne suivant, après des semaines de cartographie précise réalisée par satellite et par les équipes de terrain.
À lui seul, le foyer de Landiras a détruit près de 23 000 hectares entre le déclenchement du 12 juillet et la reprise du 9 août, tandis que celui de La Teste-de-Buch a ravagé 6 800 hectares supplémentaires dans le secteur de la dune du Pilat. Cette surface est équivalente à trois fois la superficie de la ville de Paris intra-muros. Pour resituer ce sinistre dans l’ensemble des feux qui frappent la France, on peut consulter le dossier complet sur les incendies en France en 2026.
Zéro victime humaine : le succès humain des évacuations
Malgré l’ampleur de la catastrophe, le bilan humain reste, quatre ans après, celui d’un immense soulagement : aucune victime à déplorer parmi la population, ni parmi les pompiers pourtant fortement mobilisés jour et nuit. Un résultat exceptionnel au regard des méga-feux comparables observés en Grèce, en Californie ou au Portugal, où les décès se comptent souvent par dizaines.
Ce succès humain repose principalement sur l’ordre d’évacuation particulièrement précoce donné par le préfet de Gironde. Au total, plus de 50 000 personnes ont été évacuées de manière préventive tout au long du sinistre, dont près de 44 000 pour le seul foyer de La Teste-de-Buch, où la présence de très grands campings du littoral obligeait à agir vite. Habitants, vacanciers, résidents secondaires et personnels des campings ont été redirigés vers des centres d’hébergement d’urgence installés à Bordeaux, Bazas ou Langon. Le détail heure par heure est retracé dans la chronologie complète de Landiras 2022.
30 bâtiments et 5 campings détruits
Sur le plan des constructions, le bilan officiel fait état d’une trentaine de bâtiments totalement détruits, principalement des maisons individuelles, des dépendances agricoles et quelques bâtiments techniques. Un chiffre relativement faible au regard de la surface parcourue, qui témoigne de la ruralité du territoire et de la protection efficace assurée par les pompiers autour des zones habitées.
Ce sont surtout les cinq campings intégralement rayés de la carte à La Teste-de-Buch qui ont marqué les esprits : Le Panorama, Les Flots Bleus, La Forêt du Pilat, Le Petit Nice et Pyla-Camping. Ces établissements très fréquentés, situés dans la forêt de pins entre la dune du Pilat et l’océan, ont perdu mobil-homes, blocs sanitaires, piscines, accueils et restaurants. L’essentiel des équipements a fondu sous l’effet de la chaleur, avec des pertes chiffrées à plusieurs dizaines de millions d’euros par site. Le récit complet du sinistre voisin est disponible dans l’autre méga-feu girondin de 2022 : La Teste-de-Buch.
Les forêts sylvicoles décimées
Le principal poste de pertes concerne le patrimoine forestier. Sur les 30 000 hectares brûlés, environ 90 % correspondaient à des peuplements de pins maritimes exploités en sylviculture par plusieurs milliers de propriétaires privés. Le massif landais représente la plus vaste forêt cultivée d’Europe occidentale, et le secteur de Landiras concentrait des parcelles souvent adultes, prêtes pour la coupe.
Les estimations consolidées font état de plus de 3 millions de mètres cubes de bois sur pied partis en fumée. Une partie a pu être valorisée en « bois brûlé » dans les semaines qui ont suivi, mais à un prix décoté de 30 à 50 % par rapport au marché. Les propriétaires forestiers, réunis au sein du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, ont dû faire face à la fois à la perte de leur récolte future et à la nécessité de replanter des massifs entiers, un cycle qui demande une quarantaine d’années avant maturité complète.
Les infrastructures DFCI endommagées
Au-delà de la forêt elle-même, ce sont les infrastructures de défense contre les incendies qui ont particulièrement souffert. Le massif est traditionnellement quadrillé par un réseau dense de pistes DFCI (Défense de la forêt contre les incendies), de pare-feux entretenus et de points d’eau destinés à alimenter les camions-citernes feux de forêt.
Plusieurs centaines de kilomètres de pistes ont été rendues impraticables : chaussées affaissées, ponts fragilisés, panneaux de signalisation carbonisés, arbres tombés en travers. Les routes départementales traversant la zone, notamment la D125 et la D5, ont été fermées plusieurs semaines pour permettre l’abattage sécurisé des arbres calcinés. Le réseau électrique moyenne et basse tension a également été touché sur des secteurs entiers : plusieurs centaines de poteaux ont brûlé, privant certains hameaux d’électricité pendant plus d’une semaine. Enfin, plusieurs aires de loisirs, chemins de randonnée et cabanes forestières emblématiques ont été détruits.
Le coût économique estimé
Le coût total du sinistre a été évalué à environ 500 millions d’euros par les compagnies d’assurance et par les organisations professionnelles forestières, en cumulant les dommages assurés, les pertes forestières nettes, la reconstruction des infrastructures publiques et l’indemnisation des activités économiques interrompues.
Les seules pertes sylvicoles représentent entre 200 et 250 millions d’euros, une fois pris en compte le manque à gagner sur plusieurs décennies. Les campings détruits totalisent environ 50 millions d’euros de sinistres assurés, sans compter la perte d’exploitation pendant les deux saisons touristiques suivantes. La remise en état des pistes DFCI et du réseau électrique a mobilisé une trentaine de millions supplémentaires, largement financés par l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine et le Département de la Gironde.
Un bilan qui aurait pu être bien pire
Malgré des chiffres impressionnants, les spécialistes s’accordent aujourd’hui à considérer que le bilan matériel de Landiras 2022 est resté bien en deçà de ce qu’il aurait pu être, compte tenu du contexte : sécheresse historique, canicules successives, vents tournants, forte fréquentation touristique en plein cœur de l’été.
La réactivité des évacuations préventives, la mobilisation massive de moyens nationaux avec près de 3 000 pompiers venus de toute la France, et la protection prioritaire des zones habitées ont permis de contenir un désastre humain. Les leçons tirées quatre ans plus tard nourrissent aujourd’hui les nouveaux plans départementaux de prévention et l’anticipation des grands feux de 2026, dont l’épisode récent du Médoc rappelle l’actualité brûlante.




