Forêt des Landes 2026 : la nouvelle cartographie du risque incendie zone par zone

Forêt des Landes 2026 : la nouvelle cartographie du risque incendie zone par zone

1 million d'hectares sous surveillance : la cartographie DGSCGC

Avec ses un million d’hectares répartis sur la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne, le massif landais constitue le plus vaste ensemble forestier d’Europe occidentale. Un géant sylvicole que la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) a entrepris, depuis 2025, de cartographier finement en matière de risque incendie. La version 2026 de cette carte, transmise aux préfectures de Nouvelle-Aquitaine en avril, découpe le massif en zones de vulnérabilité croissante, du vert pour les secteurs peu exposés au rouge écarlate pour ceux où un mégafeu est jugé possible chaque saison.

La méthode combine plusieurs sources de données : historique des sinistres sur cinquante ans, imagerie satellitaire Copernicus mise à jour toutes les 48 heures, campagnes de survols par drones thermiques, indices de sécheresse hydrique du sol et modélisations climatiques d’Météo-France. Ce dispositif, présenté dans le dossier complet sur les incendies en France, sert désormais de base à l’affectation des moyens aériens et terrestres tout au long de l’été.

Zones rouge écarlate : Médoc, La Teste, Landiras, Cazaux

Six secteurs ont été classés en rouge écarlate, le niveau maximal, dans la cartographie 2026. Sans surprise, ce sont les zones historiquement les plus touchées, celles qui concentrent le triptyque explosif : monoculture jeune de pin maritime, forte densité touristique et enclavement forestier. Le Médoc ouvre la liste, avec l’incendie en cours du 22 juillet 2026 qui vient confirmer ce classement établi avant même le début de la saison. La Teste-de-Buch, marquée par le mégafeu de 2022 sur les zones de reprise, reste sous très haute surveillance.

Sur le versant girondin, Landiras conserve son statut de zone rouge écarlate malgré la reconstitution partielle des parcelles brûlées en 2022. Plus au sud, les massifs de Cazaux, Mimizan et Sanguinet complètent la liste : autant de secteurs où le pin maritime, arbre-carburant, forme des blocs homogènes de plusieurs milliers d’hectares sans coupures suffisantes. Ces six zones concentrent à elles seules près de la moitié des pré-positionnements de Canadair et de colonnes de renfort de la saison estivale.

Zones rouges : Hostens, Belin-Béliet, Saint-Symphorien

Le niveau rouge, immédiatement en dessous, regroupe des secteurs jugés très exposés mais dont l’historique récent est moins spectaculaire. En Gironde, la commune d’Hostens et le secteur des Landes de Gascogne autour de Belin-Béliet concentrent des massifs de production dont le sous-bois s’est densifié après plusieurs années sans éclaircies. Saint-Symphorien, à la charnière entre Gironde et Landes, cumule des risques similaires avec une proximité inquiétante des zones habitées.

Dans le département voisin, Mont-de-Marsan Est figure également en rouge : les massifs communaux du plateau landais, très proches de l’agglomération, présentent un risque d’interface forêt-habitat particulièrement sensible en cas de vent d’est. Sur ces quatre secteurs, la DGSCGC recommande aux préfets de déclencher des fermetures d’accès aux massifs dès l’atteinte d’un indice forêt-météo supérieur à 80, un seuil régulièrement franchi au cœur de l’été 2026.

Zones oranges : Charente-Maritime, Lot-et-Garonne

La cartographie déborde désormais les frontières traditionnelles du massif landais. Le nord de la Charente-Maritime, autour des forêts domaniales de la Coubre et de la Combe, est classé orange : jusqu’alors épargnées par les grands sinistres, ces pinèdes littorales subissent depuis 2023 une sécheresse chronique qui a fait passer plusieurs peuplements en dépérissement. Le sud du Lot-et-Garonne, aux confins du massif landais, hérite du même classement pour des raisons comparables : peuplements vieillissants, coupures DFCI insuffisantes, forte fréquentation touristique estivale.

Cette extension du périmètre cartographié reflète une évolution majeure : le risque incendie ne se limite plus au cœur historique du massif landais, mais gagne progressivement les territoires périphériques. Une tendance confirmée par le palmarès des départements en 2026, où plusieurs zones jusque-là considérées comme tempérées apparaissent désormais dans le peloton de tête.

Les facteurs de vulnérabilité pris en compte

Le classement de chaque zone repose sur une grille d’analyse à six critères. En tête, la monoculture de pin maritime, résineux gorgé d’essence de térébenthine dont la structure homogène favorise la propagation rapide des flammes. Vient ensuite l’indice de sécheresse hydrique mesuré à un mètre de profondeur : au-delà d’un déficit de 40 %, le sol lui-même devient combustible via la tourbe et les racines.

La récurrence des canicules pèse également lourd, tout comme l’accessibilité du réseau DFCI (Défense de la forêt contre les incendies) : plus les pistes sont larges, régulières et entretenues, plus le classement se détend. La densité d’habitat, campings et lotissements diffus compris, alourdit au contraire le score, car elle multiplie les points d’éclosion potentiels et complique les évacuations. Enfin, l’historique cinquantenaire des sinistres, y compris ceux ayant marqué la forêt des Landes, constitue le sixième critère. Ces six éléments sont pondérés puis synthétisés en un indice unique compris entre 0 et 100.

IA, Copernicus, drones : les outils modernes

Ce qui change radicalement en 2026, c’est la fusion en temps réel des sources. Le programme européen Copernicus fournit une imagerie satellite Sentinel-2 remise à jour toutes les 48 heures, complétée par les cartes thermiques Sentinel-3 sensibles à la moindre variation de chaleur. Ces données sont croisées avec les vols de drones à caméra infrarouge déployés par les SDIS 33 et 40 en patrouille estivale, capables de repérer un départ de feu couvant dans la tourbe avant même toute émission visible de fumée.

Une intelligence artificielle développée conjointement par l’ONF, Météo-France et l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) agrège ces flux avec les prévisions météo à 72 heures pour produire un score de risque à l’échelle du canton, mis à jour deux fois par jour. Une alerte anticipée peut déclencher, dans les cas les plus critiques, le pré-positionnement de Canadair sur les bases de Bordeaux-Mérignac ou de Nîmes-Garons.

Mise à jour saisonnière et rôle des préfectures

La cartographie DGSCGC n’est pas figée : elle fait l’objet d’une mise à jour saisonnière en avril, juin et septembre, avec des révisions ponctuelles en cas d’épisode caniculaire prolongé. Les préfets de la Gironde, des Landes, du Lot-et-Garonne et de la Charente-Maritime en sont les destinataires principaux, chargés d’en tirer les conséquences opérationnelles : arrêtés d’interdiction de brûlage, fermetures d’accès aux massifs, pré-positionnement de colonnes mobiles, communication auprès des campings et des offices de tourisme.

Chaque préfecture publie ensuite sur son site un bulletin quotidien de vigilance feux de forêt pendant toute la saison estivale, mentionnant explicitement les communes classées en rouge écarlate ou en rouge. En cas de risque très sévère, ces arrêtés peuvent interdire jusqu’à la circulation piétonne dans les pistes DFCI, comme cela a été le cas dans le Médoc les 20 et 21 juillet 2026, juste avant le déclenchement de l’incendie majeur.

Les applications 'Risque Feu' à télécharger

Pour informer le grand public, chaque préfecture des départements du massif landais propose désormais une application mobile « Risque Feu », gratuite sur iOS et Android. Ces applications, développées par les SDIS avec le concours de la DGSCGC, affichent en temps réel la carte du risque à l’échelle de la commune de l’utilisateur et envoient des notifications push en cas d’évolution du niveau ou d’arrêté préfectoral.

Les applications « Risque Feu 33 » pour la Gironde, « Risque Feu 40 » pour les Landes, « Risque Feu 47 » pour le Lot-et-Garonne et « Risque Feu 17 » pour la Charente-Maritime fonctionnent selon la même logique. Pour les habitants comme pour les vacanciers, elles constituent un outil de prévention indispensable dans un contexte où la carte des dangers évolue non plus d’année en année, mais littéralement de jour en jour.

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