12 500 départs de feu en France en 2026
Le chiffre est tombé le 22 juillet 2026, communiqué par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à l’occasion d’un point sur la situation nationale des incendies : 12 500 départs de feu ont été recensés en France depuis le 1er janvier 2026. Un volume significatif qui traduit une pression continue sur les sapeurs-pompiers et sur les moyens de la sécurité civile, alors que le pays entre dans la seconde moitié de la période à haut risque.
Ce compteur agrège l’ensemble des interventions déclenchées pour un feu de forêt, de garrigue, de broussailles ou de récolte sur pied. Tous n’ont pas donné lieu à un incendie majeur, loin de là : la grande majorité des départs sont maîtrisés avant le premier hectare, grâce à l’action rapide des équipes locales. Mais chacun d’eux représente une intervention, une mobilisation, un risque humain.
90 % de causes humaines : le vrai visage des incendies
C’est le constat le plus frappant, régulièrement rappelé par l’Office national des forêts et la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) : environ 90 % des départs de feu sont d’origine humaine. Un chiffre qui heurte l’imaginaire collectif, souvent porté sur l’idée d’une nature qui s’embrase seule sous l’effet de la chaleur.
Dans le détail, cette part humaine se décompose en deux blocs très inégaux : la négligence involontaire, largement dominante, et les actes volontaires, qui restent minoritaires. Le premier bloc pèse pour près de 80 % du total, le second pour environ 10 %. La foudre et les autres causes strictement naturelles ne représentent, selon les années, que 5 à 10 % des départs. Pour approfondir les mécanismes en jeu, on peut consulter les négligences humaines en détail.
Mégots et barbecues : la négligence quotidienne
Deux gestes du quotidien concentrent une part disproportionnée des départs. Les mégots de cigarette seraient à l’origine d’environ 20 % des incendies selon les estimations recoupées par l’ONF : jetés d’une voiture, écrasés dans l’herbe sèche, oubliés en bord de route, ils suffisent à embraser un talus par 35 °C. Un mégot mal éteint peut couver plusieurs minutes avant de générer une flamme.
Les barbecues et feux de camp représentent quant à eux près de 10 % des départs. Braises mal noyées, étincelles projetées par le vent, foyer installé trop près d’une haie sèche : les scénarios sont connus, mais les habitudes prises en hiver ou au bord d’un lac se transposent mal aux massifs méditerranéens en pleine canicule. La plupart des préfectures interdisent purement et simplement ces usages en période de risque très sévère.
Travaux : disqueuse, débroussailleuse, moteur
Autre catégorie souvent sous-estimée : les travaux mécaniques, qui totalisent près de 15 % des départs de feu. La disqueuse utilisée en extérieur pour découper du métal projette des gerbes d’étincelles à plusieurs mètres, particulièrement dangereuses au contact d’herbes sèches. La débroussailleuse, censée protéger, se retourne parfois contre elle-même lorsque sa lame percute une pierre et déclenche une étincelle.
Les moteurs de véhicules jouent également un rôle non négligeable, avec environ 5 % des cas. Un pot d’échappement brûlant garé sur des herbes hautes, un frein qui chauffe dans une descente, un tracteur agricole en pleine moisson : autant de configurations documentées par les enquêtes de gendarmerie. Chaque été, plusieurs incendies majeurs sont directement rattachés à ce type de mécanisme discret mais redoutablement efficace.
Lignes électriques et foudre : les causes naturelles
Les lignes électriques sont impliquées dans environ 5 % des départs de feu. Un câble qui frotte contre une branche, un transformateur qui explose, un arc électrique provoqué par un fort vent : les scénarios sont plus rares mais souvent spectaculaires, avec des feux qui démarrent simultanément sur plusieurs points d’une même ligne.
La foudre, seule vraie cause strictement naturelle, ne représente que 5 à 8 % des départs selon les années. Contrairement à une intuition répandue, la nature seule n’allume donc pratiquement pas les grands incendies français : les orages secs qui frappent les massifs méditerranéens en début d’été peuvent bien déclencher un feu, mais leur contribution reste marginale face à la pression humaine sur les milieux forestiers.
10 % d’actes malveillants : les pyromanes présumés
Environ 10 % des départs de feu seraient le fait d’actes volontaires. Une catégorie hétérogène, qui recouvre des profils très différents : personnes présentant des troubles associés à la fascination du feu, auteurs présumés cherchant à masquer un autre acte, gestes politiques ou revendicatifs marginaux. Les enquêtes conduites par la gendarmerie et la police judiciaire respectent la présomption d’innocence : parler de « pyromane » avant jugement reste un raccourci commode mais juridiquement imprécis.
Au 22 juillet 2026, plus de 120 personnes avaient été interpellées à ce titre depuis le début de l’année, mais les procédures judiciaires ne sont pas encore terminées. Les peines encourues sont lourdes : jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle pour un incendie volontaire, portées à 20 ans en cas de blessés et 30 ans en cas de décès.
Répartition géographique et horaire
La géographie des départs reflète assez fidèlement celle du risque : quart sud-est (PACA, Corse, Occitanie orientale), Sud-Ouest (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne) et, de plus en plus, Bretagne, Pays de la Loire et Île-de-France. L’incendie de Fontainebleau ou celui du Médoc rappellent que la carte s’étend chaque année vers le nord et vers l’ouest, sur des massifs longtemps considérés comme peu exposés.
Le cycle horaire est particulièrement révélateur : la grande majorité des départs se concentrent entre 11 heures et 18 heures, avec un pic marqué en début d’après-midi. C’est le moment où la température au sol atteint son maximum, où l’humidité relative de l’air chute, et où les activités humaines à risque (travaux, promenades, pique-niques, déplacements) sont les plus intenses.
Comparaison avec 2022 : moins nombreux mais plus étendus
La mise en perspective avec l’année 2022 est instructive. Cette année-là, la France avait enregistré près de 65 000 départs de feu, soit un volume plus de quatre fois supérieur à celui constaté en 2026 à date. Un chiffre qui pourrait laisser croire à une accalmie relative, mais qui doit être lu avec prudence.
Car ce qui compte tout autant que le nombre de départs, c’est la surface finalement brûlée. Or, en 2026, 44 000 hectares avaient déjà été parcourus au 22 juillet — le détail est présenté dans le bilan des 44 000 hectares. Autrement dit : les départs sont moins nombreux mais chaque feu est plus étendu, plus rapide, plus difficile à maîtriser. Un basculement qualitatif qui traduit à la fois la sécheresse structurelle des sols et l’intensification des conditions météorologiques extrêmes.
Prévention : les gestes citoyens efficaces
Face à une réalité aussi majoritairement humaine, la prévention citoyenne a un impact direct et mesurable. Quelques gestes simples suffisent à faire chuter le nombre de départs : ne jamais jeter un mégot par la fenêtre, renoncer aux barbecues à proximité des massifs en période de vigilance, décaler les travaux avec disqueuse ou débroussailleuse en dehors des heures les plus chaudes, vérifier l’état d’un pot d’échappement avant de circuler sur un chemin herbu.
Les campagnes de sensibilisation conduites par les préfectures et les SDIS, relayées chaque été via FR-Alert et les réseaux sociaux, portent leurs fruits lorsqu’elles s’accompagnent d’une obligation légale de débroussaillement autour des habitations. Pour une vue d’ensemble du sujet, en incluant le bilan complet, les moyens engagés et l’historique récent, on pourra se reporter à le dossier complet consacré à la saison 2026.




