En bref : en 2026, la banquise antarctique a de nouveau atteint des niveaux parmi les plus bas jamais mesurés par satellite. Son étendue maximale d’hiver, relevée mi-septembre, figure selon la NASA et le centre américain de données sur la neige et la glace parmi les trois plus faibles du relevé, sans battre le record de 2023. Les scientifiques avancent plusieurs causes, dont le réchauffement de l’océan, mais soulignent aussi des incertitudes liées à la brièveté des observations.
Ce que montrent les données
La banquise, c’est la glace de mer qui se forme à la surface de l’océan autour du continent antarctique. Son étendue varie fortement au fil des saisons : elle atteint un minimum à la fin de l’été austral, en février, et un maximum à la fin de l’hiver austral, en septembre. Les satellites mesurent cette étendue de façon continue depuis la fin des années 1970, soit un peu moins d’un demi-siècle de données.
En 2026, le maximum d’hiver a été atteint à la mi-septembre, avec une étendue estimée autour de 17,6 millions de kilomètres carrés. Selon les analyses de la NASA et du centre américain de référence, il s’agit de l’un des trois maximums les plus faibles jamais mesurés, environ un million de kilomètres carrés sous la moyenne de long terme. Le record de faiblesse pour un maximum reste détenu par l’année 2023.
Côté été, le minimum relevé fin février 2026 figurait, lui, parmi les plus bas sans constituer un record absolu. Autrement dit, 2026 ne marque pas forcément un nouveau plancher spectaculaire, mais confirme que la banquise antarctique évolue, depuis plusieurs années, dans une zone basse inhabituelle par rapport aux décennies précédentes.
Un changement de comportement depuis le milieu des années 2010
Ce point mérite d’être expliqué, car il surprend souvent. Pendant longtemps, la banquise antarctique avait un comportement différent de celle de l’Arctique. Alors que la glace arctique diminuait nettement, la banquise australe était restée relativement stable, voire en légère progression jusqu’au milieu des années 2010.
Depuis, la tendance s’est inversée. À partir de 2016, puis de façon marquée à partir de 2023, l’étendue de la banquise antarctique a chuté à des niveaux très bas, plusieurs années de suite. C’est cette persistance qui retient l’attention des scientifiques : il ne s’agit plus d’un épisode isolé, mais d’une succession d’années basses.
Les causes avancées par les scientifiques
Les chercheurs n’attribuent pas ce recul à une cause unique. Plusieurs facteurs sont évoqués, souvent combinés. Le premier est le réchauffement de l’océan de surface autour de l’Antarctique : une eau plus chaude freine la formation de la glace et accélère sa fonte. Le deuxième concerne les vents et les configurations atmosphériques, qui peuvent pousser, disperser ou comprimer la banquise.
La variabilité naturelle joue aussi un rôle. Le climat de la région est influencé par des phénomènes à grande échelle, comme les oscillations de température de l’océan Pacifique, qui modifient d’une année à l’autre les conditions locales. Démêler la part de cette variabilité naturelle de celle du réchauffement climatique de long terme reste un travail délicat.
Certains scientifiques évoquent l’hypothèse d’un possible changement de régime : la banquise antarctique serait entrée dans un nouvel état, plus bas et plus sensible. Cette hypothèse est étudiée avec prudence et n’est pas considérée comme définitivement établie.
Les conséquences possibles
Une banquise réduite peut avoir plusieurs effets. Le plus connu concerne la réflexion du rayonnement solaire : la glace, blanche, renvoie une grande partie de la lumière du Soleil vers l’espace. Quand elle recule, l’océan sombre absorbe davantage de chaleur, ce qui peut accentuer le réchauffement local. C’est ce que l’on appelle une rétroaction.
La banquise joue aussi un rôle de protection pour les plateformes de glace flottantes qui bordent le continent, en amortissant l’action des vagues. Elle constitue enfin un habitat essentiel pour une partie de la faune australe, notamment le krill, les manchots et les phoques, dont les cycles de vie dépendent de la présence de glace. Un recul durable pourrait affecter ces écosystèmes, même si l’ampleur et le calendrier de ces effets restent à préciser.
Les incertitudes à garder en tête
Il faut rester mesuré dans l’interprétation. La série de mesures satellitaires est relativement courte à l’échelle climatique : moins de cinquante ans. Cela complique l’identification de tendances très longues et l’attribution précise des causes. L’Antarctique est par ailleurs une région particulièrement variable, où les conditions peuvent changer rapidement d’une année à l’autre.
Enfin, certaines données diffusées rapidement sont préliminaires et peuvent être révisées. La prudence consiste donc à s’appuyer sur les analyses des organismes de référence, qui consolident les mesures. Le constat solide, à ce jour, est double : la banquise antarctique se maintient à des niveaux bas depuis plusieurs années, et les scientifiques suivent cette évolution de près sans conclure hâtivement.
Ce qu’il faut retenir
- En 2026, la banquise antarctique est restée à des niveaux parmi les plus bas jamais mesurés par satellite.
- Le maximum d’hiver de mi-septembre figure parmi les trois plus faibles du relevé, sans battre le record de 2023.
- Depuis le milieu des années 2010, et surtout depuis 2023, la banquise australe enchaîne des années très basses.
- Les causes avancées combinent réchauffement de l’océan, vents et variabilité naturelle ; la part de chacune reste discutée.
- Les observations satellitaires sont courtes à l’échelle climatique : il faut rester prudent sur l’interprétation et s’appuyer sur les organismes de référence.




