Amazon rachète Globalstar pour 11,6 milliards : un coup de tonnerre dans l'internet spatial

Amazon rachète Globalstar pour 11,6 milliards : un coup de tonnerre dans l'internet spatial

Les détails d’une acquisition hors norme

Amazon a officialisé ce 14 avril 2026 le rachat de Globalstar, opérateur de satellites de télécommunications, pour un montant pouvant atteindre 90 dollars par action, soit 11,6 milliards de dollars au total. L’opération, soumise à l’approbation des régulateurs, devrait être finalisée d’ici la fin de l’année.

Ce montant, considérable pour une entreprise dont le chiffre d’affaires reste modeste comparé aux géants des télécoms, s’explique principalement par la valeur stratégique des actifs spectraux de Globalstar. L’entreprise détient des licences sur des bandes de fréquences rares, particulièrement adaptées à la connectivité directe entre satellites et smartphones.

Pourquoi Globalstar vaut-elle autant ?

Fondée dans les années 1990, Globalstar opère une constellation de satellites en orbite basse et, surtout, possède des droits d’utilisation sur des fréquences en bande S et bande L à l’échelle mondiale. Ces fréquences présentent un avantage technique majeur : elles peuvent pénétrer les bâtiments et fonctionner avec des antennes miniatures, ce qui les rend idéales pour la communication directe avec les téléphones portables.

Le partenariat historique avec Apple

Depuis 2022, Globalstar est le partenaire satellite d’Apple pour la fonctionnalité SOS d’urgence par satellite, intégrée à l’iPhone 14 et aux modèles suivants. Ce service permet aux utilisateurs d’envoyer des messages d’urgence même en l’absence de toute couverture cellulaire, en se connectant directement aux satellites Globalstar.

Apple avait investi des centaines de millions de dollars dans Globalstar pour financer la modernisation de sa flotte satellitaire et développer cette fonctionnalité. Le rachat par Amazon soulève donc une question immédiate : qu’advient-il du service SOS par satellite de l’iPhone ?

Amazon et Apple : un partenariat inattendu

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’acquisition ne signe pas la fin de la collaboration entre Globalstar et Apple. Bien au contraire : Amazon a annoncé un partenariat élargi avec Apple pour développer de nouveaux services de connectivité satellite destinés aux appareils grand public.

Ce partenariat prévoit notamment :

  • Le maintien et l’amélioration du service SOS d’urgence sur les iPhone
  • Le développement de services de messagerie satellite étendus au-delà des seules urgences
  • L’intégration de la connectivité satellite dans l’écosystème Amazon Leo, la constellation d’Amazon
  • Des travaux communs sur la connectivité directe vers les appareils (direct-to-device) utilisant les fréquences de Globalstar

Pour Amazon, l’alliance avec Apple représente un accélérateur formidable : des centaines de millions d’iPhone déjà équipés de puces compatibles avec les fréquences Globalstar constituent une base installée colossale.

Amazon Leo face à Starlink : état des lieux

Amazon développe depuis plusieurs années sa propre constellation de satellites internet sous le nom de Project Kuiper, désormais rebaptisé Amazon Leo. Le point sur les forces en présence :

Amazon Leo

  • Environ 200 satellites déployés sur un objectif de 3 200
  • Premiers lancements de test en octobre 2023
  • Bêta limitée ouverte en novembre 2025
  • Investissement total prévu de plus de 10 milliards de dollars
  • Contrats de lancement avec ULA (Vulcan Centaur), Arianespace et Blue Origin

Starlink (SpaceX)

  • Plus de 10 000 satellites actifs en orbite
  • Plus de 9 millions de clients dans plus de 70 pays
  • Rachat d’EchoStar pour 17 milliards de dollars en septembre 2025
  • Capacité de lancement intégrée via Falcon 9 et Starship
  • Avance estimée de 3 à 5 ans sur tous les concurrents

L’écart reste immense, mais le rachat de Globalstar change fondamentalement l’équation. Amazon ne comble pas son retard en nombre de satellites, mais acquiert ce qui manquait à sa constellation : des fréquences critiques pour la connectivité directe vers les smartphones.

La bataille des fréquences : le vrai nerf de la guerre

L’acquisition de Globalstar par Amazon s’inscrit dans une tendance plus large de course aux fréquences spatiales. En septembre 2025, SpaceX avait ouvert le bal en rachetant EchoStar pour 17 milliards de dollars, principalement pour ses droits spectraux.

Ces rachats en cascade révèlent une réalité que le grand public ignore : dans l’industrie spatiale, les fréquences valent plus cher que les satellites eux-mêmes. Un satellite se construit en deux ans et se lance pour quelques dizaines de millions de dollars. Une licence de fréquence, elle, représente un droit d’accès exclusif à une portion du spectre électromagnétique — une ressource physiquement limitée et irremplaçable.

Avec Globalstar dans son portefeuille, Amazon détient désormais :

  • Des fréquences en bande S idéales pour le direct-to-device
  • Des fréquences en bande L pour les communications de sécurité
  • Des droits d’exploitation dans plus de 100 pays
  • Une infrastructure au sol déjà opérationnelle avec des stations passerelles réparties dans le monde entier

Les implications pour le marché mondial

Le rachat de Globalstar par Amazon entraîne plusieurs conséquences majeures pour l’ensemble du secteur :

Une consolidation accélérée

Après EchoStar-SpaceX et Globalstar-Amazon, les opérateurs de satellites indépendants détenant des fréquences attractives deviennent des cibles d’acquisition prioritaires. Les valorisations de SES, Iridium ou Inmarsat pourraient être réévaluées à la hausse.

Une pression accrue sur l’Europe

Le programme européen IRIS², encore en développement, se retrouve dans une position délicate. Les deux géants américains verrouillent progressivement l’accès aux fréquences, ce qui pourrait compliquer le déploiement futur de la constellation européenne.

Le direct-to-device comme prochain champ de bataille

La capacité de se connecter directement à un smartphone sans antenne spéciale est le Saint Graal de l’internet spatial. Apple l’a démontré avec le SOS d’urgence, mais l’objectif final est d’offrir une connectivité complète — voix, données, vidéo — partout sur la planète. Avec les fréquences de Globalstar et l’infrastructure d’Amazon Leo, cette vision se rapproche de la réalité.

Ce qu’il faut retenir

Le rachat de Globalstar par Amazon pour 11,6 milliards de dollars n’est pas un simple fait divers financier. C’est un mouvement stratégique de premier ordre qui redessine l’échiquier de l’internet spatial mondial. En combinant les fréquences de Globalstar, la puissance financière d’Amazon, l’infrastructure d’Amazon Leo et un partenariat avec Apple, Jeff Bezos dispose désormais de toutes les pièces du puzzle pour défier sérieusement la suprématie de Starlink.

La prochaine étape sera décisive : Amazon devra accélérer massivement le déploiement de sa constellation pour transformer ces actifs spectraux en services concrets. Le calendrier est serré, car SpaceX ne compte pas ralentir. Mais pour la première fois depuis le lancement de Starlink, Elon Musk a en face de lui un concurrent crédible disposant des ressources et de la détermination nécessaires pour disputer sa domination.