Le mal des transports porte un nom médical : la cinétose ou naupathie. Il survient quand le cerveau reçoit des informations contradictoires : l’oreille interne (vestibule) détecte les mouvements, mais la vue, fixée sur un objet immobile (intérieur cabine), perçoit l’immobilité. Ce conflit déclenche la nausée, comme si le corps réagissait à un empoisonnement (mécanisme évolutif protecteur).
Comprendre les causes du mal de l’air
Plusieurs facteurs aggravent les symptômes :
- Turbulences : variations rapides de pression et d’altitude, particulièrement dans les couloirs aériens turbulents (Atlantique Nord en hiver, zones tropicales).
- Atterrissage et décollage : changements d’altitude rapides, accélérations.
- Fatigue et stress : un voyageur reposé tolère mieux qu’un voyageur épuisé.
- Repas lourds avant le vol : digestion difficile + cinétose = combinaison perdante.
- Alcool : aggrave les vertiges et la déshydratation.
- Privation de sommeil : abaisse le seuil de tolérance au mouvement.
- Lecture ou écran en avion turbulent : le regard fixe accentue le conflit visuel.
- Anxiété aérienne : la peur déclenche des symptômes similaires (palpitations, nausée).
Les femmes y sont 2 fois plus sensibles que les hommes, et les enfants entre 3 et 12 ans sont les plus touchés (l’oreille interne est en plein développement). Après 50 ans, la sensibilité diminue généralement.
Position dans la cabine : un facteur clé
Le choix du siège fait une vraie différence :
- Sièges au-dessus des ailes (rangs 14-25 selon avion) : centre de gravité de l’avion, mouvements minimaux. C’est la meilleure position contre le mal de l’air.
- Sièges à l’avant : turbulences modérées, accès rapide aux toilettes.
- Sièges à l’arrière : amplitude des mouvements maximale, à éviter.
- Côté hublot : permet de fixer l’horizon (utile contre la nausée), mais difficulté pour aller aux toilettes.
- Côté couloir : facilité d’accès, mais mouvements ressentis plus fortement.
Réservez votre siège dès l’achat du billet : 25-50€ sur la plupart des compagnies, mais investissement rentable si vous êtes sensible. Sites comme SeatGuru.com cartographient les meilleurs sièges par modèle d’avion.
Médicaments : les solutions pharmaceutiques
Plusieurs molécules existent. Demandez toujours conseil à votre pharmacien :
Diménhydrinate (Mercalm, Nausicalm) : antihistaminique, le plus connu. À prendre 30-60 min avant le vol. Effet 4-6h. Comprimé adulte 50 mg, à renouveler toutes les 4h. Effet secondaire principal : somnolence (en réalité bienvenue en avion). Sans ordonnance, environ 5-7€ les 10 comprimés. Déconseillé chez les enfants -6 ans, asthmatiques, glaucome.
Diphénhydramine (Nautamine) : autre antihistaminique, action similaire. Comprimés à mâcher pratiques. Goût mentholé. Efficace mais somnolence prononcée.
Scopolamine (Scopoderm TTS) : patch transdermique sur ordonnance, dose à libération continue sur 72h. À coller derrière l’oreille 5-6h avant le vol. Très efficace pour les longs trajets, traversées en bateau, croisières. Effets secondaires : bouche sèche, vision floue, somnolence légère. Prix : 8-12€ les 2 patchs sur ordonnance.
Métopimazine (Vogalène, Vogalib) : neuroleptique antiémétique. Moins de somnolence que les antihistaminiques. Existe en lyophilisat oral fondant (pratique en avion). Vogalib sans ordonnance, environ 4€.
Antiémétiques homéopathiques : Cocculine (granules ou comprimés à fondre, 5-7€) - efficacité non prouvée scientifiquement mais effet placebo non négligeable, sans effets secondaires.
Bracelets d’acupression P6
Les bracelets Sea-Band exercent une pression sur le point d’acupression P6 (Neiguan), situé à 3 doigts du poignet, sur la face interne de l’avant-bras. Méthode issue de la médecine traditionnelle chinoise, validée par plusieurs études cliniques (nausées de chimio, grossesse).
Avantages :
- Sans médicament, sans somnolence.
- Réutilisable, lavable.
- Adaptés aux enfants à partir de 3 ans (modèles spécifiques).
- Compatibles avec grossesse, allaitement, conducteurs.
- Prix : 10-15€ la paire.
À porter aux deux poignets 5-10 minutes avant le départ. Pression du bouton pendant les phases délicates (turbulences). Efficacité variable selon individus : 50-70 % de réduction des symptômes selon les utilisateurs réguliers.
Remèdes naturels efficaces
Plusieurs alternatives douces :
Gingembre : la solution naturelle la plus documentée. 1g à 2g de gingembre frais ou en gélule 30 min avant le vol. Plusieurs études confirment son efficacité comparable au diménhydrinate sans effets secondaires. Sous forme de :
- Gélules ou comprimés (Arkogélules, Naturactive, 6-10€).
- Tisane infusée (1 cuillère café gingembre frais râpé).
- Bonbons au gingembre (Ginger Chews, à mâcher en cas de nausée).
- Boisson gazeuse au gingembre (Canada Dry, ginger ale).
- Huile essentielle de gingembre (1 goutte sur poignet).
Menthe poivrée : huile essentielle inhalée (1 goutte sur mouchoir) ou bonbons. Effet rafraîchissant et anti-nauséeux.
Citron : sucer un quartier ou diluer le jus. Efficace pour certaines personnes, action rapide.
Tisanes : verveine, camomille, mélisse - apaisantes mais effet préventif léger.
Astuces comportementales
En complément des traitements, adoptez les bons gestes :
- Regardez l’horizon : si possible par un hublot, fixez un point lointain. Fermez les yeux si pas de vue dégagée.
- Respiration lente et profonde : 4 secondes inspiration, 6 secondes expiration. Active le système parasympathique (anti-stress).
- Position semi-allongée : siège incliné, tête bien calée sur appuie-tête (un cervical en U est utile).
- Évitez la lecture et les écrans pendant les turbulences.
- Repas léger 1-2h avant le vol : pâtes, riz, banane. Évitez gras, épices, alcool.
- Hydratez-vous régulièrement (eau, pas alcool ni sodas).
- Air frais : ouvrez la buse de ventilation au-dessus de votre siège.
- Mâchez un chewing-gum ou suce un bonbon : déglutition régulière soulage les oreilles et la nausée.
- En cas de crise : sac en papier sur le visage (respiration ralentie) ou couchez-vous si possible.
Cas particuliers : enfants et femmes enceintes
Enfants : Mercalm Enfant (6-12 ans, comprimés 25 mg), Cocculine sans danger dès 1 an. Évitez Scopoderm (à partir de 12 ans seulement). Gingembre en sirop spécial enfant. Bracelets Sea-Band Junior (3 ans+). Distrayez avec dessins animés, livres tactiles, sucettes.
Femmes enceintes : nausées de grossesse aggravent souvent le mal de l’air. Médicaments à éviter ou demander avis médical. Bracelets P6 autorisés (utilisés contre nausées matinales), gingembre autorisé (-1g/jour), vitamine B6 sur conseil médical. Repos, hydratation, repas fractionnés.
Mal de l’air ou peur de l’avion ?
Distinguez bien les deux. Le mal de l’air est physiologique (cinétose), le stress aérien est psychologique (aviophobie). Symptômes communs (nausées, sueurs) mais traitements différents :
- Mal de l’air : antiémétiques, bracelets P6, gingembre.
- Stress aérien : anxiolytique léger sur ordonnance (Lexomil, Atarax), techniques de respiration, applications dédiées (SkyGuru, Soar), stages anti-peur de l’avion proposés par Air France et Aviophobie.
Les deux peuvent coexister et s’auto-entretenir. Une consultation chez le médecin traitant ou le pharmacien permet d’identifier la cause principale.
Prévention sur les vols long-courriers
Pour un vol Paris-Tokyo (12h) ou Paris-Sydney (24h avec escales), anticipation maximale :
- Choix du siège dès la réservation (au-dessus des ailes).
- Médicament + bracelets P6 + gingembre en synergie.
- Repas léger à l’aéroport, pas d’alcool.
- Vêtements amples et confortables, chaussettes de contention pour la circulation.
- Sommeil : masque, bouchons d’oreilles, coussin cervical, somnifère léger si insomnie connue.
- Hydratation toutes les 30 min (pression cabine assèche fortement).
- Marche dans l’allée toutes les 2h (évite phlébite et active la digestion).
Découvrez également : Décalage horaire et jet lag, Préparer sa valise de voyage et Voyager avec un bébé.




