En bref : lancé le 30 août 2026 depuis le Centre spatial Kennedy à bord d’une fusée Falcon Heavy de SpaceX, le télescope Nancy Grace Roman entame un voyage de trois mois vers le point de Lagrange L2. Sa mission : sonder l’énergie noire, la matière noire et les exoplanètes avec un champ de vision des centaines de fois plus large que celui de Hubble.
Un décollage réussi vers un point d’observation privilégié
Le télescope s’est élancé le dimanche 30 août 2026 au petit matin depuis le pas de tir historique 39A du Centre spatial Kennedy, en Floride, propulsé par une fusée Falcon Heavy. L’observatoire vise désormais une orbite autour du point de Lagrange L2 du système Soleil-Terre, situé à environ 1,5 million de kilomètres de notre planète, dans la direction opposée au Soleil.
Ce point de l’espace est particulièrement recherché par les astronomes : c’est là que se trouvent déjà le télescope James Webb et l’observatoire européen Gaia. L’endroit offre une position stable, un environnement thermique froid et une vue dégagée sur le ciel profond, à l’abri des perturbations lumineuses de la Terre. Le trajet doit durer près de trois mois avant que Roman ne rejoigne son orbite définitive et n’entame ses observations scientifiques.
Percer les secrets de l’univers sombre
La grande ambition de Roman est de s’attaquer à deux des plus profondes énigmes de la cosmologie : la matière noire et l’énergie noire. La première, invisible, ne se manifeste que par son attraction gravitationnelle sur les galaxies. La seconde, encore plus mystérieuse, semble accélérer l’expansion de l’univers. Ensemble, ces deux composantes représenteraient l’essentiel du contenu du cosmos, tout en échappant à l’observation directe.
Pour les étudier, Roman va mesurer avec une extrême précision la position et la forme de centaines de millions de galaxies, ainsi que la façon dont leur lumière est déformée par la gravité. En dressant une carte à très grande échelle de la structure de l’univers à différentes époques, les scientifiques espèrent mieux comprendre comment l’énergie noire a modelé son évolution au fil des milliards d’années.
Un champ de vision hors norme
L’atout majeur de Roman réside dans son instrument principal, le Wide Field Instrument. Sa résolution et sa sensibilité sont comparables à celles de Hubble, mais son champ de vision est environ 100 fois plus large que celui de la caméra grand champ de Hubble. Là où Hubble et Webb réalisent des clichés très détaillés de petites portions de ciel, Roman photographie d’immenses zones en une seule prise.
Cette capacité change la nature même du travail astronomique. Plutôt que d’examiner un objet à la fois, Roman réalisera de vastes relevés statistiques, révélant des structures et des phénomènes rares que l’on ne peut détecter qu’en balayant de très grandes surfaces. Les astronomes parlent d’un véritable changement d’échelle pour l’observation du ciel infrarouge.
À la chasse aux exoplanètes
Au-delà de la cosmologie, Roman promet une moisson exceptionnelle de mondes situés hors de notre système solaire. Grâce à la technique dite de microlentille gravitationnelle, il devrait recenser un grand nombre de planètes, y compris de petites planètes rocheuses éloignées de leur étoile, difficiles à repérer par d’autres méthodes. L’objectif est de dresser un recensement statistique des systèmes planétaires de notre galaxie.
Le télescope embarque également un coronographe, un instrument de démonstration technologique conçu pour occulter la lumière d’une étoile afin d’observer directement les planètes et les disques qui l’entourent. Selon la NASA, cet appareil vise des performances nettement supérieures aux coronographes spatiaux précédents, une étape jugée essentielle pour, un jour, imager des mondes potentiellement habitables.
Complémentaire de Hubble et Webb
Roman ne remplace ni Hubble ni le télescope James Webb : il les complète. Webb excelle dans l’observation très fine et sensible d’objets ciblés, tandis que Hubble reste une référence pour l’étude détaillée du ciel depuis plus de trois décennies. Roman, lui, apporte la vision panoramique qui manquait à cette flotte d’observatoires.
Les données de Roman pourront servir à identifier des cibles intéressantes que Webb examinera ensuite en détail, dans une logique de coopération entre instruments. Baptisé en l’honneur de Nancy Grace Roman, considérée comme la « mère de Hubble » pour son rôle pionnier à la NASA, ce télescope symbolise une nouvelle génération d’exploration du ciel profond.
Ce qu’il faut retenir
- Le télescope Nancy Grace Roman a été lancé le 30 août 2026 par une fusée Falcon Heavy de SpaceX.
- Il rejoint le point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres, au terme d’un voyage d’environ trois mois.
- Sa mission porte sur l’énergie noire, la matière noire et le recensement des exoplanètes.
- Son champ de vision très large le rend complémentaire de Hubble et du télescope James Webb.
- Un coronographe embarqué doit démontrer la possibilité d’imager directement des planètes lointaines.




