SDIS 33 Gironde : le service départemental d'incendie et de secours de Landiras 2022 au Médoc 2026

SDIS 33 Gironde : le service départemental d'incendie et de secours de Landiras 2022 au Médoc 2026

Il est le premier maillon de la sécurité civile en Gironde et l’un des plus gros SDIS de France. Le mercredi 22 juillet 2026, c’est sur ses épaules qu’a reposé la lutte contre l’incendie du Médoc, décrit en détail dans le dossier complet consacré à la saison des feux 2026. Portrait d’une organisation opérationnelle taillée pour le massif landais-girondin et le littoral atlantique, reforgée en profondeur depuis l’été noir de 2022.

SDIS 33 : le service pompier de Gironde

Le Service départemental d’incendie et de secours de la Gironde (SDIS 33) est l’établissement public chargé de la prévention et de la lutte contre les incendies, mais aussi du secours aux personnes, sur l’ensemble du département — 10 725 km², le plus grand département de France métropolitaine. Il est placé sous l’autorité opérationnelle du préfet de la Gironde et sous la présidence administrative d’un conseil d’administration dirigé par un élu local. Ses missions dépassent largement l’incendie : secours d’urgence aux personnes, accidents de la route, désincarcérations, interventions en milieu périlleux, protection des biens et de l’environnement.

4 500 sapeurs-pompiers et 100+ centres

Le SDIS 33 mobilise environ 4 500 sapeurs-pompiers, répartis en deux composantes essentielles. Près de 1 000 professionnels — sapeurs-pompiers professionnels (SPP) — assurent une présence continue dans les centres à forte activité opérationnelle : métropole bordelaise, Arcachon, Libourne, Blaye. À leurs côtés, quelque 3 500 sapeurs-pompiers volontaires (SPV) constituent le tissu de proximité, à l’image du modèle français décrit dans notre article sur les SPV en France. Ce sont eux qui garantissent la couverture des zones rurales et forestières, où l’engagement bénévole reste la clef de la réactivité.

L’organisation s’appuie sur plus de 100 centres d’incendie et de secours (CIS) répartis sur l’ensemble du territoire girondin, du littoral médocain aux confins de l’Entre-deux-Mers, en passant par le Bassin d’Arcachon, le Sauternais et le Blayais. Un maillage dense, hérité d’une longue tradition communale, indispensable pour tenir des délais d’intervention acceptables sur un département aussi étendu.

135 M€ de budget, 100 000 interventions/an

Avec un budget annuel avoisinant les 135 millions d’euros, le SDIS 33 figure parmi les services d’incendie et de secours les mieux dotés de France, à la mesure de son territoire et de sa charge opérationnelle. Ce financement est mutualisé entre le conseil départemental et les communes ou intercommunalités. Il couvre les rémunérations, les vacations des volontaires, les équipements, l’entretien du parc roulant, les infrastructures et les formations.

En face, environ 100 000 interventions sont menées chaque année, soit une sortie toutes les cinq minutes. Le secours à personnes représente près de 80 % des sollicitations, le reste se partageant entre incendies, accidents de circulation, opérations diverses et interventions saisonnières — dont les feux de forêt, qui concentrent l’attention médiatique mais restent minoritaires en volume.

Doctrine feux de forêt : expertise unique

Sur le terrain des feux de végétation, le SDIS 33 dispose d’une expertise reconnue, forgée sur des décennies d’affrontement avec le massif forestier landais-girondin. La doctrine française feux de forêt, adaptée localement, articule attaque massive dès le départ de feu, décrochage précoce des zones défendables et anticipation par la surveillance aérienne. Les colonnes de camions-citernes feux de forêt (CCF) — véhicules tout-terrain de 3 000 à 4 000 litres capables de progresser sur les layons — forment la colonne vertébrale du dispositif.

La coordination avec la Sécurité civile et ses moyens aériens — Canadair, Dash, Air Tractor — obéit à un maillage précis, dont les grands feux de 2022 ont affiné les codes. Le SDIS 33 entretient également des liens opérationnels étroits avec le SDIS 40 voisin, tant les massifs landais et girondin ne connaissent aucune frontière administrative.

Secours nautique : Bassin d’Arcachon et côte médocaine

Le SDIS 33 est aussi, par géographie, un service tourné vers l’eau. Le Bassin d’Arcachon, ses passes tumultueuses et son littoral atlantique — 126 km de côte médocaine parmi les plus dangereuses de France, avec des baïnes redoutables — imposent une capacité de secours nautique permanente. Les sapeurs-pompiers girondins comptent parmi eux des nageurs sauveteurs aquatiques, des scaphandriers autonomes légers (SAL) et des équipes spécialisées en secours en surface.

Des bateaux-pompes et des embarcations rapides sont pré-positionnés à Arcachon, La Teste-de-Buch et Le Verdon-sur-Mer. En période estivale, la charge grimpe fortement : baigneurs en difficulté, retournements de bateaux de plaisance, personnes surprises par la marée à la pointe du Cap Ferret ou happées par les courants au large de Soulac. Une composante peu médiatisée, mais qui pèse lourd dans les statistiques d’intervention.

Équipes spécialisées : DFCI, cynophile, drones

Au-delà des unités classiques, plusieurs composantes spécialisées démultiplient l’action du SDIS 33. La coordination avec les ASA de DFCI (Défense des forêts contre l’incendie) — associations de propriétaires forestiers en charge des pistes, des tours de guet et des débroussaillages préventifs — structure la prévention forestière girondine. Sans ce maillage privé de débroussaillement et d’entretien des layons, aucune doctrine feux de forêt ne tiendrait le choc en été.

L’équipe cynophile, avec ses chiens de recherche formés à la détection de personnes ensevelies ou disparues, intervient sur les effondrements, les accidents en zone difficile et les recherches en milieu rural. Enfin, la flotte de drones thermiques permet de cartographier en temps réel les points chauds d’un incendie, y compris de nuit ou sous couvert de fumée, orientant les équipes au sol avec une précision inédite. Un outil devenu incontournable depuis 2023.

Retex Landiras 2022 : modernisation depuis

Le double incendie de Landiras et de La Teste-de-Buch, à l’été 2022, a marqué un tournant. Près de 30 000 hectares partis en fumée, des milliers d’habitants évacués, une flotte mobilisée à ses limites, une visibilité nationale inédite pour le service girondin : le retour d’expérience Landiras 2022, riche d’enseignements douloureux, a nourri un plan de modernisation d’ampleur.

Renouvellement accéléré des CCF, acquisition de drones thermiques, montée en puissance de la formation feux de forêt tactique (FDF), renforcement des liens interSDIS avec les Landes voisines, révision des schémas d’évacuation des populations et déploiement massif de moyens de communication tactique chiffrés : le SDIS 33 est sorti de 2022 avec une doctrine actualisée et un matériel largement renouvelé. La commission d’enquête parlementaire et les audits internes ont également conduit à revoir la chaîne de commandement lors des grands feux, avec une meilleure articulation entre COS, CODIS et préfecture.

Face au Médoc 22/07 : l’engagement 2026

Le mercredi 22 juillet 2026, l’incendie du Médoc 22/07 a mis à l’épreuve cette organisation reforgée. Dès les premières fumées repérées entre Saumos et Le Porge, le CTA-CODIS (centre de traitement de l’alerte et centre opérationnel départemental) de Bordeaux a engagé colonnes CCF, moyens aériens, unités de commandement et équipes DFCI en un tempo appris de Landiras — celui de l’attaque massive et de la circonscription précoce.

Plusieurs centaines de sapeurs-pompiers girondins, épaulés par des colonnes de renfort venues d’Aquitaine et de la zone de défense Sud-Ouest, ont ceinturé le sinistre. Les drones thermiques ont travaillé sans relâche pour cartographier les fronts sous les fumées, les CCF ont tenu les pistes, les hélicoptères et Canadair ont pilonné les têtes de feu. À la nuit tombée, la stratégie de circonscription mise en place témoignait de l’efficacité d’un système auquel Landiras avait, quatre ans plus tôt, offert son plus dur des retours d’expérience. Le SDIS 33, silencieux sous les regards, tenait son rang.

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