Ce que change le décret publié au Journal officiel
Le nouveau texte, publié au Journal officiel, élargit la liste des professionnels de santé autorisés à réaliser un « Mon Bilan Prévention ». Aux médecins, sages-femmes, infirmières et pharmaciens s’ajoutent désormais les masseurs-kinésithérapeutes, qui pourront proposer ces rendez-vous à leur patientèle dès octobre 2026. L’objectif affiché par l’Assurance maladie et les pouvoirs publics est de « renforcer l’accessibilité du dispositif », en s’appuyant sur un maillage territorial dense et sur la relation de proximité que les kinés entretiennent avec de nombreux patients, notamment âgés ou en rééducation.
Le cadre du bilan reste identique. Il ne s’agit pas d’une consultation de soins classique, mais d’un temps dédié, plus long qu’un rendez-vous standard, centré sur la prévention et le repérage précoce des fragilités.
Un rendez-vous long, entre 30 et 45 minutes
Le bilan prévention est un rendez-vous long, d’une durée comprise entre 30 et 45 minutes. Ce format permet au professionnel de santé d’aborder des sujets qui ne trouvent pas toujours leur place dans une consultation classique, souvent contrainte par le temps. Il s’agit d’un échange structuré autour de plusieurs thématiques clés :
- Les habitudes alimentaires : qualité, régularité et équilibre des repas.
- L’activité physique et la sédentarité du quotidien.
- Les conduites addictives : consommation de tabac, d’alcool, exposition aux écrans.
- Le sommeil et la récupération.
- La santé mentale : repérage des signes de mal-être, de stress ou d’isolement.
- Les vaccinations, les dépistages recommandés et le suivi médical général.
À l’issue de l’échange, le professionnel propose des orientations concrètes, personnalisées, adaptées à l’âge et à la situation du patient.
Un dispositif gratuit pour le patient
« Mon Bilan Prévention » est gratuit pour la personne qui en bénéficie. Le coût est intégralement pris en charge par l’Assurance maladie, sans avance de frais ni ticket modérateur. Cette gratuité totale est un élément central du dispositif : elle vise à lever les freins financiers susceptibles de dissuader certains publics, notamment ceux qui renoncent le plus souvent à consulter en dehors d’un motif de soin précis.
Le professionnel de santé est de son côté rémunéré à hauteur de 30 euros par bilan réalisé, porté à 31,50 euros en outre-mer. Cette tarification s’applique de manière homogène à tous les professionnels habilités, kinésithérapeutes compris.
Quatre « âges clés de la vie » ciblés
Le bilan n’est pas ouvert à toute la population de manière continue. Il est proposé à des « âges clés de la vie », correspondant à des tranches d’âge où les enjeux de prévention sont particulièrement structurants :
- 18-25 ans : entrée dans l’âge adulte, autonomie, orientation professionnelle, prise en charge personnelle de sa santé.
- 45-50 ans : mi-vie, apparition de facteurs de risque cardio-vasculaires ou métaboliques, questions sur l’équilibre travail/famille.
- 60-65 ans : approche ou début de la retraite, moment clé pour maintenir l’activité physique, entretenir le lien social et anticiper les fragilités.
- 70-75 ans : repérage de la perte d’autonomie, prévention des chutes, adaptation du logement, suivi cognitif.
Cette segmentation permet un ciblage plus efficace, en concentrant l’offre sur des périodes où un échange approfondi avec un professionnel de santé peut avoir le plus grand impact.
Pourquoi ajouter les kinésithérapeutes ?
L’ajout des masseurs-kinésithérapeutes à la liste des professionnels habilités répond à une logique d’accessibilité. Les kinés constituent un maillage dense sur l’ensemble du territoire, y compris dans des zones où l’offre de médecine générale est plus tendue. Ils voient régulièrement leurs patients sur plusieurs séances, notamment dans le cadre de la rééducation ou du suivi d’affections chroniques, ce qui crée un climat de confiance propice à ce type d’entretien.
Leur expertise en matière d’activité physique, de prévention des chutes et d’adaptation à l’âge les positionne comme un relève pertinent pour les tranches 60-65 ans et 70-75 ans notamment, où les enjeux de maintien de la mobilité et d’autonomie sont centraux. Ils peuvent aussi jouer un rôle utile pour les 18-25 ans autour des questions de posture, d’usage des écrans et de pratique sportive.
Plus de 612 000 bilans réalisés au 30 juin 2026
Le dispositif « Mon Bilan Prévention », lancé depuis plusieurs mois, monte progressivement en régime. Au 30 juin 2026, plus de 612 000 bilans avaient été réalisés. Ce chiffre traduit une adoption déjà significative, même si le potentiel théorique — l’ensemble des personnes situées dans les quatre tranches d’âge concernées — demeure très supérieur.
L’enjeu, pour les mois à venir, est de continuer à élargir la base de bénéficiaires, en s’appuyant à la fois sur la communication grand public et sur la multiplication des points d’entrée possibles pour prendre rendez-vous. L’arrivée des kinésithérapeutes en octobre 2026 s’inscrit dans cette dynamique.
La montée en puissance des pharmaciens depuis 2025
La dernière évolution majeure du dispositif remonte à l’automne 2025, avec l’entrée des pharmaciens parmi les professionnels habilités. Depuis, leur poids dans le total des bilans réalisés est devenu très significatif : ils représentent désormais plus de la moitié des « Mon Bilan Prévention » effectués.
Ce basculement s’explique par plusieurs facteurs : la densité du réseau officinal, sa proximité géographique avec la population, la simplicité de la prise de rendez-vous à l’officine, et l’habitude prise par les Français, depuis la crise sanitaire, d’y réaliser vaccinations, tests et actes de prévention. Il fournit un point de comparaison utile pour anticiper l’impact potentiel de l’arrivée des kinés.
Comment prendre rendez-vous ?
Dans la pratique, le patient intéressé par un bilan prévention peut :
- En parler à son médecin traitant, qui reste un interlocuteur privilégié sur les questions de santé.
- Solliciter directement l’un des professionnels habilités — médecin, sage-femme, infirmière, pharmacien et, dès octobre 2026, kinésithérapeute.
- Utiliser les canaux numériques mis en place par l’Assurance maladie et le ministère de la Santé pour identifier les professionnels proposant le bilan à proximité.
Le rendez-vous est planifié comme une consultation classique, avec un créneau spécifiquement dédié à ce format long. Il ne se substitue pas au suivi médical courant : c’est un complément, placé sous le signe de la prévention.
Une pierre de plus dans la politique de prévention
L’extension aux kinésithérapeutes traduit une orientation déjà largement affichée par les pouvoirs publics : renforcer le recours à la prévention pour désengorger, à terme, le curatif. Face au vieillissement de la population, à la montée des maladies chroniques et à la tension sur les ressources hospitalières, les rendez-vous prévention constituent un levier structurant.
Les prochains mois permettront de mesurer l’effet réel de l’arrivée des kinés sur le volume total de bilans réalisés, mais aussi sur la répartition des publics touchés selon les âges clés. L’objectif politique reste clair : faire de « Mon Bilan Prévention » un rendez-vous familier de la vie de santé des Français, aussi banal qu’un rappel vaccinal ou un contrôle dentaire.




