Incendies été 2026 : France, Espagne, Portugal, Grèce, Italie, le comparatif européen

Incendies été 2026 : France, Espagne, Portugal, Grèce, Italie, le comparatif européen

Été 2026 : l’Europe du Sud sous les flammes

Le bassin méditerranéen vit un été 2026 hors normes. De la péninsule Ibérique aux îles grecques, en passant par l’Italie du Sud et la moitié sud de la France, plus de 300 000 hectares de forêts ont déjà brûlé entre le 1er juin et le 22 juillet selon les premiers cumuls compilés par le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS). Ce chiffre place la saison en cours dans le top 5 des plus destructrices depuis le début des relevés satellitaires en 2000.

L’originalité de 2026 tient à la simultanéité des sinistres. Là où les précédents grands épisodes (2003, 2017, 2022) frappaient un ou deux pays à la fois, cette année cinq États voient leurs moyens de lutte saturés en même temps. Un phénomène directement corrélé au dôme de chaleur persistant qui recouvre l’Europe du Sud depuis fin juin, avec des températures dépassant 42 °C jusque dans l’arrière-pays. Pour comprendre le cas français en détail, consultez le dossier complet.

France : 44 000 hectares brûlés au 22 juillet

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a confirmé mardi 22 juillet 2026 un cumul de 44 000 hectares brûlés depuis le début de l’année sur le territoire français, soit près du triple de la moyenne décennale (16 200 ha). Les foyers majeurs se concentrent dans l’Aude, l’Hérault, les Bouches-du-Rhône et le Var, avec un épisode marquant dans le massif des Corbières début juillet (17 000 ha en 72 heures).

La France reste le pays européen le plus équipé en flotte aérienne dédiée : 12 Canadair CL-415, 8 Dash-8 et une quarantaine d’hélicoptères bombardiers d’eau opérationnels au pic de saison. Le pays a néanmoins sollicité pour la première fois depuis 2022 trois Canadair grecs via le mécanisme européen. Le détail chiffré et les moyens engagés sont récapitulés dans le bilan France 44 000 ha.

Espagne : 80 000 hectares en 2026, un record menacé

De l’autre côté des Pyrénées, la situation est encore plus tendue. L’Espagne a franchi la barre des 80 000 hectares brûlés au 20 juillet selon le ministère de la Transition écologique, un rythme qui pourrait battre le record européen de 2022 (près de 150 000 hectares sur l’ensemble de l’année). Les régions les plus touchées sont la Galice, l’Estrémadure, la Castille-et-León et l’Andalousie orientale.

Un mégafeu dans la province de Zamora a détruit à lui seul 25 000 hectares mi-juillet, forçant l’évacuation de onze villages. L’Espagne mobilise 68 aéronefs (avions et hélicoptères) et près de 10 000 pompiers forestiers, mais la fatigue des équipes après six semaines de rotations quasi continues commence à peser. Madrid a activé rescEU pour obtenir des renforts italiens et portugais.

Portugal : traditionnellement le plus touché

Le Portugal reste, à surface équivalente, le pays européen le plus régulièrement dévasté par les feux. Avec 90 000 hectares brûlés au 22 juillet 2026, il se retrouve en tête du classement en valeur absolue cette année. Le traumatisme de 2017, quand deux méga-incendies avaient fait 116 morts à Pedrógão Grande et Leiria, reste dans toutes les mémoires.

Les régions du centre (Beira Interior, Trás-os-Montes) concentrent l’essentiel des sinistres. La monoculture d’eucalyptus, plantée massivement pour l’industrie papetière depuis les années 1970, est directement pointée du doigt : cette essence importée d’Australie brûle avec une intensité extrême et régénère mal après incendie. Lisbonne a débloqué 200 millions d’euros en urgence pour relancer un plan de conversion vers des essences feuillues plus résistantes.

Grèce : Attique, Corinthe, Rhodes en récurrence

La Grèce vit sa quatrième saison feux consécutive de très forte intensité. Au 22 juillet 2026, 60 000 hectares ont déjà brûlé, principalement autour d’Athènes (Attique et périphérie), dans le Péloponnèse (Corinthe, Arcadie) et sur les îles de Rhodes et Eubée. Le feu de Rhodes de 2023, qui avait forcé l’évacuation de 19 000 touristes, sert désormais de référence dans la planification des secours.

Athènes a été particulièrement exposée en juillet, avec un incendie remontant jusqu’au mont Parnitha (banlieue nord), à moins de 20 km du centre-ville. La qualité de l’air y a atteint des niveaux dangereux pendant trois jours. La Grèce, qui possède une flotte importante de Canadair (24 appareils), en a néanmoins prêté trois à la France et deux à l’Espagne dans le cadre du mécanisme européen.

Italie : Sicile, Sardaigne, Calabre

L’Italie affiche un bilan intermédiaire avec 40 000 hectares brûlés au 22 juillet, mais la saison n’y démarre historiquement qu’en août. La Sicile (Palerme, Enna, Catane), la Sardaigne (Nuoro, Ogliastra) et la Calabre concentrent 80 % des surfaces touchées. Un feu près de Palerme a provoqué la fermeture temporaire de l’aéroport de Punta Raisi mi-juillet.

La Protection civile italienne (Vigili del Fuoco) a mobilisé 18 Canadair et une trentaine d’hélicoptères Erickson S-64. Rome a envoyé quatre Canadair en Espagne et deux au Portugal via UCPM. La particularité italienne : environ 60 % des feux sont d’origine criminelle ou intentionnelle, souvent liés à des conflits agraires ou immobiliers, une problématique bien identifiée par les enquêteurs de la DIA.

Les facteurs communs : canicule, sécheresse, WUI

Cinq pays, cinq contextes différents, mais les mêmes causes profondes. La canicule européenne de juin-juillet 2026 a dépassé de 3 à 5 °C les normales saisonnières sur l’ensemble du bassin méditerranéen. La sécheresse structurelle, entamée dès l’automne 2024, a asséché les sols en profondeur : les nappes phréatiques du Sud espagnol et du Portugal sont à des niveaux historiquement bas.

Deux autres facteurs, plus discrets, jouent un rôle majeur. D’abord la monoculture de pin méditerranéen et d’eucalyptus, plantée en rangs serrés pour la sylviculture, qui offre un combustible homogène et hautement inflammable. Ensuite l’urbanisation forêt-cité (Wildland-Urban Interface ou WUI) : des lotissements de plus en plus nombreux poussent en pleine forêt, multipliant les points de départ (mégots, barbecues, débroussailleuses) et compliquant les évacuations. Pour approfondir le lien avec le climat, lisez le changement climatique et les forêts.

La coopération européenne rescEU et UCPM

Face à cette simultanéité inédite, la coopération européenne monte en puissance. Le mécanisme de protection civile de l’Union (UCPM, Union Civil Protection Mechanism) permet à un État débordé de solliciter les moyens des autres. En 2026, le déclencheur a été activé onze fois depuis le 1er juin, un record depuis sa création en 2001.

Au-dessus de l’UCPM, rescEU est la réserve stratégique européenne financée directement par Bruxelles : 24 Canadair et Dash pré-positionnés dans six pays (France, Espagne, Italie, Grèce, Croatie, Suède). En juillet 2026, la totalité de la flotte rescEU est engagée. La Commission a annoncé le 18 juillet une extension budgétaire de 600 millions d’euros pour porter la flotte à 36 aéronefs d’ici 2028.

Copernicus : le satellite qui surveille l’Europe

Toutes ces décisions s’appuient sur un outil européen central : Copernicus Emergency Management Service (CEMS). Les satellites Sentinel-2 et Sentinel-3 de l’Agence spatiale européenne cartographient en quasi temps réel les foyers actifs, les zones brûlées et les fumées. La précision atteint 10 mètres au sol, avec des passages toutes les 2 à 5 heures selon les latitudes.

Ces données alimentent directement l’EFFIS (European Forest Fire Information System), qui publie chaque matin un bulletin européen consulté par les préfectures, les SDIS et leurs équivalents étrangers. En 2026, Copernicus a détecté en moyenne un nouveau foyer significatif toutes les 12 minutes en Europe du Sud, permettant une réactivité inégalée. Ce triptyque satellite + coopération + flotte partagée constitue désormais l’épine dorsale de la lutte européenne contre les mégafeux, un enjeu climatique désormais partagé.

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