Lors des grandes évacuations liées aux feux de forêt, entre 40 et 50 % des personnes déplacées ont plus de 65 ans. Mobilité réduite, comorbidités, sensibilité accrue aux fumées : les seniors cumulent les vulnérabilités et doivent être évacués en priorité. Registre communal, sac d’urgence adapté, plans EHPAD, rôle de l’entourage : voici comment anticiper concrètement, avant que la gendarmerie ne frappe à la porte.
Seniors face aux incendies : une vulnérabilité accrue
Dans les zones frappées par les feux de forêt, les personnes âgées paient un tribut disproportionné. Non pas parce qu’elles seraient plus nombreuses face aux flammes, mais parce qu’elles cumulent, souvent sans en avoir conscience, plusieurs facteurs de fragilité qui compliquent radicalement l’évacuation. Les préfectures et les services de la Sécurité civile en ont fait un axe prioritaire de leurs plans communaux de sauvegarde, notamment sur le littoral atlantique et en Provence.
Depuis le début de l’été 2026, la question se pose à chaque nouveau départ de feu. Pour prendre la mesure du contexte général, consultez le dossier complet sur la saison en cours, ainsi que le récit de l’évacuation du camping du Porge, où plusieurs pensionnaires d’une résidence services voisine ont été pris en charge en urgence par les pompiers du SDIS 33.
Mobilité réduite et comorbidités : le double défi
Le premier obstacle, c’est la mobilité. Après 75 ans, une personne sur trois se déplace avec une aide (canne, déambulateur, fauteuil) et une sur cinq peine à monter dans un véhicule sans assistance. Descendre un escalier, marcher 200 mètres jusqu’au bus d’évacuation, porter un sac : autant d’actes qui peuvent prendre trente minutes là où un adulte jeune en met trois.
Le second obstacle, ce sont les comorbidités. La BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) rend le patient particulièrement sensible aux fumées : une exposition même brève peut déclencher une décompensation respiratoire. L’insuffisance cardiaque, très fréquente après 70 ans, s’aggrave sous l’effet du stress, de la chaleur et de la déshydratation. Le diabète, présent chez près d’un senior sur cinq, complique la gestion des repas et du traitement lorsque les horaires volent en éclats.
À cela s’ajoute une sensibilité accrue aux fumées : les capacités respiratoires diminuent naturellement avec l’âge, et les particules fines pénètrent plus profondément dans des poumons déjà fragilisés. Un feu à plusieurs kilomètres peut suffire à provoquer une hospitalisation.
40 à 50 % des évacués Landiras étaient des seniors
Les chiffres remontés par les cellules d’accueil sont éloquents. Lors des feux de Landiras en 2022, puis lors de l’évacuation du Porge en juillet 2026, entre 40 et 50 % des personnes déplacées avaient plus de 65 ans. Cette surreprésentation s’explique en partie par la démographie du littoral (résidences secondaires, retraités installés à l’année), mais surtout par le fait que les seniors sont moins mobiles et donc plus difficiles à mettre à l’abri dans l’urgence.
Dans les gymnases d’accueil, les équipes du Samu et de la Croix-Rouge ont dû gérer en parallèle des malaises hypertensifs, des décompensations cardiaques, des ruptures de traitement chez des patients sous anticoagulants, et plusieurs déshydratations sévères liées à la canicule concomitante.
Transport adapté et continuité des soins
Évacuer un senior, ce n’est pas simplement le monter dans un bus. Il faut du transport adapté : ambulances pour les personnes alitées, VSL (véhicules sanitaires légers) pour ceux qui peuvent s’asseoir, minibus équipés de rampes et d’emplacements fauteuil. Les préfectures activent en général une convention avec les transporteurs sanitaires locaux et les taxis conventionnés, mais les capacités sont rapidement saturées quand une commune entière est évacuée.
L’autre enjeu majeur, c’est la continuité des soins. Une personne dialysée trois fois par semaine ne peut pas manquer une séance sans risque vital. Un patient sous oxygénothérapie à domicile doit voir son concentrateur remplacé ou ses bouteilles réapprovisionnées dans les heures qui suivent l’évacuation. Les insulines, les anticoagulants, les antiparkinsoniens exigent des horaires stricts. À cela s’ajoute le risque de déshydratation, majeur quand une évacuation d’été s’accompagne d’une canicule : la sensation de soif diminue avec l’âge, et les seniors oublient de boire.
Registre communal des personnes vulnérables
C’est un outil méconnu et pourtant essentiel. Depuis la loi du 30 juin 2004 instaurée après la canicule de 2003, chaque commune tient un registre nominatif des personnes âgées, handicapées ou isolées qui souhaitent être signalées aux services d’urgence en cas de plan d’alerte (canicule, grand froid, mais aussi incendie et inondation).
L’inscription est volontaire et gratuite. Elle se fait auprès du CCAS (Centre communal d’action sociale) de la mairie, en quelques minutes, sur formulaire papier ou en ligne selon les communes. La personne peut s’inscrire elle-même, ou être inscrite par un proche, un médecin, un travailleur social. En cas de déclenchement du plan communal, les équipes municipales contactent en priorité ces habitants pour vérifier leur situation et organiser leur mise à l’abri.
Si un parent âgé vit dans une zone à risque, l’inscription au registre est probablement le geste le plus utile à accomplir aujourd’hui, avant même de préparer un sac.
Le sac d’urgence adapté au senior
Le kit d’évacuation classique doit être enrichi de plusieurs éléments spécifiques :
- Médicaments pour au moins une semaine, dans leur emballage d’origine, avec les ordonnances récentes photocopiées
- Liste des traitements écrite en gros caractères, avec posologies et horaires
- Coordonnées du médecin traitant, du cardiologue, du néphrologue, de la pharmacie habituelle
- Carte Vitale, mutuelle, carte de groupe sanguin, éventuel pacemaker ou prothèse
- Lunettes de rechange, appareils auditifs et piles, dentier dans sa boîte
- Chaussures fermées confortables, vêtements de rechange chauds même en été (climatisation des gymnases)
- Eau et biscuits pour maintenir hydratation et glycémie
Ce sac doit être stocké à un endroit connu et accessible, idéalement près de l’entrée, et vérifié tous les six mois pour les dates de péremption des médicaments.
Le rôle des voisins et de l’entourage
Aucun plan communal ne remplacera jamais le voisin qui frappe à la porte pour vérifier que tout va bien. Les retours d’expérience de Landiras, de La Teste-de-Buch et du Porge le confirment : les seniors qui ont été évacués le plus vite sont ceux dont un voisin ou un enfant est venu les chercher personnellement.
Concrètement, cela suppose d’identifier deux ou trois personnes ressources dans le quartier (voisin de palier, commerçant, ami proche) capables de venir en cas d’alerte. Les enfants et petits-enfants, souvent éloignés géographiquement, doivent avoir leurs coordonnées, mais aussi celles d’un contact local. Un simple échange de numéros suffit : en cas d’alerte SMS préfectorale, un appel de trois minutes peut sauver la mise.
Les EHPAD et leur plan d’évacuation
Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes sont soumis à une obligation renforcée : chaque EHPAD doit disposer d’un plan bleu et, en zone à risque incendie, d’un plan particulier d’évacuation validé par la préfecture. Ces documents précisent les circuits, les points de rassemblement, les conventions avec les transporteurs et les établissements de repli.
Le personnel bénéficie d’une formation régulière aux gestes d’évacuation, avec exercices annuels grandeur nature. Reste que le déplacement de résidents grabataires, souvent équipés de matériel médical lourd, suppose une anticipation très en amont : dès l’alerte orange feux de forêt, les directions activent leur cellule de crise et préparent le pré-positionnement des transports sanitaires. Un temps précieux qui, pour les familles restées à domicile, doit servir à décrocher le téléphone et à préparer, elles aussi, leur propre départ.




