Le profil des victimes : pourquoi les seniors ?
Les personnes de plus de 70 ans représentent une cible privilégiée des escrocs téléphoniques pour plusieurs raisons :
- Une épargne souvent conséquente accumulée tout au long de la vie.
- Un rapport de confiance envers les institutions (police, banque, services publics) plus marqué qu’avec les jeunes générations.
- Une moindre familiarité avec les technologies récentes (deepfake vocal, IA), facilitant la manipulation.
- Un isolement social qui rend les conversations téléphoniques avec un « interlocuteur officiel » plus crédibles.
- Des difficultés cognitives liées à l’âge ou à la maladie pour certains profils.
Selon les chiffres compilés par les autorités françaises, les fraudes financières envers les seniors ont représenté plus de 215 millions d’euros de préjudice en 2025, avec une moyenne par victime souvent supérieure à 10 000 €. Une situation qui mobilise désormais les forces de l’ordre, les banques et les associations de consommateurs.
Les principales arnaques par téléphone
Le faux livreur de colis
L’arnaque commence par un SMS ou un appel annonçant un colis bloqué aux douanes ou en attente de paiement. La victime est invitée à régler des « frais de douane » de quelques euros via un lien menant à un faux site bancaire. En réalité, le formulaire collecte les coordonnées de la carte bleue et donne accès au compte. Variante : un appel se substitue au SMS et insiste sur l’urgence pour pousser à payer immédiatement.
Le faux conseiller bancaire
Un escroc se présente comme un agent de votre service fraude bancaire et alerte sur une « tentative de paiement suspecte ». Il demande de confirmer un code reçu par SMS « pour bloquer la transaction ». En réalité, ce code valide un virement vers le compte de l’escroc. Les pertes peuvent atteindre 20 000 à 50 000 € en quelques minutes.
La fausse police ou gendarmerie
L’appelant se présente comme un officier de police, gendarme ou agent des impôts. Il prétend que le compte de la victime fait l’objet d’une enquête pour blanchiment, ou que des amendes impayées risquent d’entraîner une saisie. Il demande à la victime de transférer ses économies sur un « compte de sécurité » pour les protéger. Aucune banque, aucune police, aucun service public ne procède de cette manière.
L’arnaque aux faux travaux ou faux dépanneurs
Un démarchage propose une intervention urgente (toiture, plomberie, isolation) pour un montant symbolique. Une fois sur place, le coût explose ou des dégâts sont fabriqués pour justifier des travaux supplémentaires. Les sommes prélevées peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros pour une prestation inutile ou inexistante.
Les signaux d’alerte à reconnaître
Quelle que soit l’arnaque, certains signes doivent immédiatement éveiller la méfiance :
- Une urgence présentée comme absolue : « il faut agir dans les 10 minutes ».
- La demande de coordonnées bancaires complètes : numéro de carte, cryptogramme, code SMS reçu.
- La pression psychologique : menace d’arrestation, de saisie, de blocage du compte.
- L’interdiction de raccrocher ou de consulter ses proches.
- La demande d’un virement instantané vers un compte présenté comme « sécurisé ».
- L’absence d’identifiant vérifiable (refus de fournir un numéro de matricule ou un courrier officiel).
Le bon réflexe est toujours le même : raccrocher immédiatement et rappeler son agence bancaire ou son commissariat avec le numéro officiel, jamais avec celui fourni par l’interlocuteur.
Comment signaler une tentative d’escroquerie ?
Le service 33700 pour les SMS et appels frauduleux
Le 33700 est un service gratuit qui permet de signaler les SMS et appels frauduleux aux opérateurs téléphoniques. Il suffit de :
- Pour un SMS : transférer le message au 33700.
- Pour un appel : envoyer un SMS au 33700 avec le numéro signalé.
Les opérateurs analysent les signalements et peuvent bloquer les numéros frauduleux, ralentissant la propagation des arnaques.
La plateforme cybermalveillance.gouv.fr
Le site cybermalveillance.gouv.fr, lancé par l’ANSSI, propose un parcours guidé pour :
- Comprendre la nature de l’arnaque subie.
- Recevoir des conseils personnalisés selon la situation.
- Être mis en relation avec un prestataire spécialisé si nécessaire.
- Trouver les démarches à suivre auprès des autorités.
Pharos pour les contenus illicites
Pour les contenus en ligne (faux sites bancaires, e-mails de phishing), la plateforme PHAROS permet aux particuliers de signaler ces contenus directement aux services compétents du ministère de l’Intérieur.
La plainte au commissariat : une étape essentielle
Le dépôt de plainte au commissariat de police ou à la gendarmerie est une démarche obligatoire pour :
- Obtenir un récépissé de dépôt de plainte, nécessaire pour les démarches bancaires.
- Permettre l’ouverture d’une enquête.
- Contribuer à la lutte collective contre les réseaux criminels.
Vous pouvez également déposer une pré-plainte en ligne sur le site du ministère de l’Intérieur, pour gagner du temps lors du rendez-vous. Le document à remettre comporte :
- Les dates, heures et numéros de téléphone des appels frauduleux.
- Les SMS, e-mails ou captures d’écran conservés.
- Les références bancaires des virements effectués.
- Tout justificatif de communication avec l’escroc.
Le blocage rapide auprès de votre banque
Dès qu’une arnaque est suspectée, contactez immédiatement votre banque pour :
- Faire opposition sur la carte ou le compte concerné.
- Bloquer les virements en cours, si possible avant exécution définitive.
- Demander une nouvelle carte avec de nouveaux identifiants.
- Activer une alerte renforcée sur les opérations futures.
Les banques disposent généralement d’un numéro d’urgence fraude 24h/24 qui doit être appelé sans délai. Le récépissé de plainte est indispensable pour engager la procédure de remboursement.
Les recours pour obtenir un remboursement
Le Code monétaire et financier (article L.133-18) impose aux banques de rembourser les opérations non autorisées dans un délai d’un jour ouvré après signalement. Toutefois, plusieurs cas de figure existent :
Opération non autorisée par la victime
Si l’escroc a effectué une opération sans aucune participation de la victime (carte clonée par exemple), le remboursement est automatique et intégral.
Opération autorisée sous manipulation
Si la victime a saisi un code ou validé une opération sous influence (faux conseiller bancaire), les banques argumentent souvent une négligence grave pour refuser le remboursement. C’est dans ce cas que des recours doivent être engagés.
Le médiateur bancaire
En cas de refus de remboursement, saisissez le médiateur bancaire de votre établissement. Sa décision n’est pas contraignante mais oriente fortement la résolution. La saisine est gratuite et s’effectue en ligne.
L’assurance moyens de paiement
De nombreuses cartes bancaires (Visa Premier, Mastercard Gold) incluent une assurance moyens de paiement qui peut couvrir jusqu’à 50 000 € par sinistre. Lisez attentivement votre contrat et déclarez le sinistre dans les délais (généralement 5 jours ouvrés).
La protection au quotidien : prévenir les arnaques
Quelques règles simples permettent de réduire les risques d’être victime :
- Ne jamais communiquer son code SMS, son code carte, son mot de passe à un interlocuteur téléphonique.
- Ne jamais cliquer sur un lien reçu par SMS ou e-mail non sollicité.
- Vérifier systématiquement l’identité d’un interlocuteur en rappelant un numéro officiel.
- Installer Bloctel pour réduire le démarchage commercial.
- Sensibiliser ses proches âgés aux arnaques courantes lors des visites familiales.
- Mettre en place une procuration partielle ou une habilitation familiale si la personne âgée présente des troubles cognitifs.
Le rôle des associations et services sociaux
Plusieurs structures accompagnent les victimes seniors :
- France Victimes : réseau associatif national, accueil et accompagnement juridique gratuit (numéro 116 006).
- UFC Que Choisir et 60 Millions de Consommateurs : associations de consommateurs avec services juridiques.
- Les CCAS (Centres communaux d’action sociale) : aide pour les démarches administratives auprès de la mairie.
- Les conférences des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie : ateliers de sensibilisation organisés par les départements.
Face à la sophistication croissante des escroqueries, la vigilance collective reste le meilleur rempart. Parler avec ses parents et grands-parents, leur expliquer les techniques d’arnaque, mettre en place des règles simples (toujours appeler avant un virement important, ne jamais agir dans l’urgence) sauve chaque année des milliers de victimes potentielles. En cas de doute, mieux vaut raccrocher 100 fois trop souvent que de céder une seule fois à la pression d’un escroc.




