C’est une étape que beaucoup jugeaient encore lointaine. Fin juillet 2026, l’agence fédérale américaine chargée de la sécurité routière, la NHTSA, a accordé à Zoox le droit de faire payer des passagers pour des trajets en véhicule autonome. La particularité ? Ces robotaxis n’ont ni volant, ni pédales, ni même de siège conducteur. Il s’agit de la première autorisation de ce type aux États-Unis pour un véhicule pensé dès l’origine sans conducteur humain.
Zoox, c’est quoi exactement ?
Zoox est une entreprise californienne rachetée par Amazon en 2020. Contrairement à la plupart de ses concurrents, elle n’a pas cherché à équiper des voitures existantes de capteurs et de logiciels : elle a conçu un véhicule entièrement nouveau. Le résultat ressemble à une petite navette carrée, symétrique, capable de rouler dans les deux sens sans avoir à faire demi-tour. À l’intérieur, quatre passagers se font face, un peu comme dans une rame de métro miniature.
Cette approche radicale explique pourquoi l’autorisation obtenue est si importante. Un véhicule classique doit respecter des dizaines de normes de sécurité écrites à une époque où l’on partait du principe qu’un humain tenait le volant. Or ces règles imposent la présence d’un volant, d’un rétroviseur, de pédales… autant d’éléments que Zoox a délibérément supprimés. L’entreprise avait donc besoin d’une dérogation officielle pour circuler légalement en transportant des clients payants.
Ce que dit précisément l’autorisation
La NHTSA a accordé à Zoox une exemption commerciale la dispensant de huit normes fédérales de sécurité automobile, précisément celles qui présupposent un conducteur derrière un volant. Cette dérogation n’est pas illimitée : elle encadre strictement le déploiement.
- Zoox peut mettre en circulation jusqu’à 2 500 véhicules par an ;
- Cette limite s’applique sur une période de deux ans ;
- L’exploitation concerne des trajets payants, ouverts au grand public ;
- Les véhicules restent soumis à une surveillance et à des remontées d’incidents auprès du régulateur.
Autrement dit, il ne s’agit pas d’un blanc-seing pour inonder les routes américaines, mais d’un cadre expérimental de grande ampleur qui permet enfin de facturer le service.
Où circulent ces robotaxis ?
Le premier terrain de jeu de Zoox est Las Vegas, où les trajets payants doivent démarrer dès le mois d’août 2026. La ville du Nevada présente plusieurs atouts : un climat sec, un réseau routier régulier et une forte affluence touristique, idéale pour tester un service de mobilité à la demande.
San Francisco figure aussi parmi les zones où l’entreprise a mené des essais. En revanche, en Californie, l’exploitation commerciale reste suspendue à des feux verts supplémentaires accordés par les autorités locales, distinctes du régulateur fédéral. Aux États-Unis, la conduite autonome dépend en effet d’un double niveau d’autorisation : l’État fédéral pour le véhicule, chaque État pour le service.
Zoox face à Waymo : deux visions différentes
Impossible de parler de robotaxis sans évoquer Waymo, la filiale d’Alphabet (maison mère de Google), qui fait aujourd’hui figure de pionnière. Waymo exploite déjà des milliers de trajets payants chaque semaine dans plusieurs villes américaines. Mais son approche diffère nettement de celle de Zoox.
Waymo équipe des voitures produites par des constructeurs classiques : elles conservent un volant et des pédales, même si personne ne s’en sert pendant le trajet. Cette stratégie a permis à l’entreprise de déployer son service plus vite, en s’appuyant sur des modèles homologués de façon traditionnelle. Zoox, à l’inverse, a fait le pari d’un véhicule sur mesure, plus long à faire accepter mais pensé de A à Z pour le transport autonome.
Chacune de ces voies présente des avantages. Le véhicule dédié de Zoox optimise l’espace intérieur et l’expérience passager. La solution de Waymo mise sur la rapidité de déploiement et une base industrielle éprouvée. La récente autorisation vient toutefois valider la démarche audacieuse d’Amazon : le véhicule sans volant n’est plus un simple prototype de salon, il peut désormais gagner de l’argent.
Ce que cela change pour la mobilité autonome
Sur le plan symbolique, cette décision marque un tournant. Jusqu’ici, l’absence de cadre réglementaire adapté freinait les véhicules réellement conçus sans conducteur. En acceptant de déroger à ses propres normes, le régulateur américain reconnaît qu’un véhicule peut être sûr autrement qu’en gardant un volant de secours.
Sur le plan économique, l’enjeu est colossal. Amazon voit dans le robotaxi un service de transport à la demande capable de rivaliser avec les VTC classiques, mais sans le coût du chauffeur. Si le modèle se révèle rentable et fiable, il pourrait accélérer l’essor d’une mobilité partagée et automatisée dans les grandes villes américaines.
Il faut néanmoins garder la tête froide. Le plafond de 2 500 véhicules par an reste modeste à l’échelle d’un pays. Les questions de sécurité, notamment la gestion des situations imprévues comme une intervention des secours sur la chaussée, continuent de faire l’objet d’un suivi attentif. La confiance du public se construira trajet après trajet.
Et en Europe ou en France ?
Pour les lecteurs français, une précision s’impose : cette autorisation ne concerne que les États-Unis. En Europe, et en France en particulier, le cadre réglementaire est différent et globalement plus prudent. L’homologation d’un véhicule dépourvu de volant y suppose des démarches spécifiques, encore largement à construire.
Des expérimentations de navettes autonomes existent bien sur le sol français, mais elles se déroulent le plus souvent à basse vitesse, sur des parcours dédiés et sous supervision. Un déploiement de robotaxis payants sans volant, comparable à celui de Zoox à Las Vegas, n’est pas à l’ordre du jour à court terme de ce côté-ci de l’Atlantique. Il serait donc prématuré d’annoncer une arrivée imminente en France.
Ce qu’il faut retenir
- Zoox, filiale d’Amazon, a obtenu fin juillet 2026 la première autorisation fédérale américaine pour des robotaxis payants sans volant ni pédales ;
- La dérogation autorise jusqu’à 2 500 véhicules par an sur deux ans, dans un cadre encore expérimental ;
- Les premiers trajets payants démarrent à Las Vegas, la Californie attendant des feux verts locaux supplémentaires ;
- Contrairement à Waymo, qui adapte des voitures classiques, Zoox a conçu un véhicule dédié sans poste de conduite ;
- En Europe et en France, le cadre reste plus prudent : aucune arrivée imminente de ce type de service n’est prévue.



