Sur les terrasses de l’été 2026, un nouveau rituel s’installe à côté du sacro-saint Aperol Spritz : le Spritz français, plus léger, plus fruité, résolument tricolore. À la place de la liqueur orangée italienne et du prosecco, place à la Suze, au Salers, au vermouth de Chambéry, aux sirops artisanaux de fruits rouges ou de pêche, allongés de Blanc de blancs, de Vouvray brut ou de Crémant. Un cocktail à 7-9°, floral, végétal, avec ce petit côté amer très français qui séduit les bars à cocktails de Paris, Lyon et Marseille.
L’Aperol Spritz italien conquiert, la France répond avec le sien
Difficile d’échapper à la couleur orange fluo de l’Aperol Spritz depuis dix ans. Né dans la Vénétie, ce cocktail italien composé d’Aperol, de prosecco et d’un trait d’eau gazeuse a colonisé les cartes d’apéritif du monde entier. Sa recette est immuable : 3 volumes de prosecco, 2 volumes d’Aperol, 1 volume d’eau pétillante, une rondelle d’orange et beaucoup de glace. Résultat : environ 11° d’alcool, une amertume douce, une couleur solaire et un succès qui ne se dément pas, y compris en 2026.
Sauf que sur les terrasses françaises, une contre-proposition s’impose. Les bartenders hexagonaux, épaulés par une nouvelle génération de distillateurs et de vignerons en bulles, ont décidé de décliner le spritz à la sauce locale. Plus léger, plus fruité, moins sucré, il joue la carte du terroir. Les liqueurs d’Auvergne et des Alpes, les crémants de Loire, de Bourgogne ou d’Alsace, les sirops artisanaux fruit rouge et pêche de vigne remplacent les icônes italiennes. Un pied de nez amical à la Vénétie, mais surtout une envie de proposer autre chose que la sempiternelle bouteille orange.
Le spritz à la française : composition et recette
Le principe reste celui du spritz : une base légèrement amère ou florale, un vin effervescent pour la vivacité, un trait d’eau gazeuse pour l’allonge, du fruit frais et de la glace en pagaille. La proportion classique française tient sur trois chiffres : 3 - 2 - 1. Soit 3 cl de liqueur ou de sirop, 9 cl de vin effervescent, 3 cl d’eau gazeuse. On ajoute une rondelle d’orange, éventuellement un zeste, quelques baies rouges ou une lamelle de pêche, et le tour est joué.
Le tout se sert dans un grand verre à vin ballon ou un tumbler généreux, rempli aux trois quarts de glaçons bien nets, jamais pilés. La glace pilée dilue trop vite et gâche l’équilibre. On prépare directement dans le verre, sans shaker : le spritz est un cocktail de build, pas de secousses. On verse la liqueur ou le sirop, on ajoute le vin doucement pour préserver les bulles, on complète avec l’eau gazeuse et on remue une seule fois avec une longue cuillère.
Suze, Salers, Meurgey : les liqueurs françaises stars
Le choix de la base fait toute la personnalité du Spritz français. Trois liqueurs se détachent nettement en 2026. La Suze, avec sa gentiane jaune, offre une amertume franche et végétale, à mi-chemin entre l’Aperol et le Campari, mais avec ce côté racine typiquement français. C’est la version la plus proche du modèle italien, en plus sec et moins sucré. Le Salers, autre gentiane emblématique d’Auvergne, apporte des notes plus rustiques, presque herbacées, très appréciées des amateurs de bitters.
Le Vermouth de Chambéry, à base de vin blanc alpin et de plantes de montagne, joue une partition plus florale et discrète, idéale pour un apéritif tout en finesse. Enfin, la Meurgey, jeune liqueur bourguignonne à base de cassis et d’épices douces, s’impose comme la révélation de l’été : elle donne un spritz gourmand, fruité, parfait avec un crémant de Bourgogne. Les bars les plus créatifs remplacent aussi la liqueur par un sirop artisanal fruit rouge, pêche de vigne ou fleur de sureau, pour une version encore plus légère et sans amertume.
Le vin effervescent français idéal : Blanc de blancs, Vouvray, Crémant
Côté bulles, la France ne manque pas d’arguments. Le Blanc de blancs, 100 % chardonnay, apporte finesse et minéralité, un allié parfait de la Suze. Le Vouvray brut, sur le chenin, offre des notes de coing, de miel et de fleur blanche qui subliment un spritz au sirop de pêche ou à la Meurgey. Le Crémant d’Alsace, plus vif, convient aux versions fruit rouge, tandis que le Crémant de Bourgogne ou de Loire s’accorde avec toutes les liqueurs végétales.
Un conseil : évitez les bulles trop dosées en sucre (extra-dry, demi-sec) qui étouffent la fraîcheur du cocktail. Visez un brut nature ou un brut, autour de 6 à 8 g de sucre par litre. La bouteille doit sortir du frigo à 6-8°C, jamais tiède. Un bon spritz, c’est d’abord une question de température.
Recette étape par étape du Spritz français
Pour un verre, prévoyez : 3 cl de Suze (ou Salers, Meurgey, sirop artisanal), 9 cl de Vouvray brut ou de Crémant de Loire bien frais, 3 cl d’eau gazeuse, 1 belle rondelle d’orange fraîche, éventuellement quelques framboises ou une lamelle de pêche, et des glaçons entiers.
Remplissez un grand verre à vin ballon aux trois quarts de glace. Versez la Suze directement sur les glaçons. Ajoutez le vin effervescent en le faisant couler doucement le long de la paroi du verre pour préserver les bulles. Complétez avec l’eau gazeuse. Remuez une seule fois, délicatement, avec une longue cuillère à mélange. Ajoutez la rondelle d’orange, les fruits frais si vous le souhaitez, et servez immédiatement. Le cocktail doit être bu dans les cinq minutes, avant que la glace ne dilue tout.
Variantes : pêche, fruits rouges, fleur de sureau
La version pêche de vigne remplace la liqueur par 2 cl de sirop artisanal de pêche, avec un Vouvray brut et une lamelle de pêche jaune : très estival, très gourmand. La version fruits rouges mise sur un sirop framboise-cassis ou directement sur la Meurgey, avec un Crémant d’Alsace et quelques baies fraîches en garniture. La version fleur de sureau, plus délicate, associe un sirop de sureau à un Blanc de blancs et à un zeste de citron jaune : une merveille pour un apéritif de fin d’après-midi.
Pour les amateurs d’amers, on peut aussi tenter un spritz au Byrrh ou au Lillet blanc, plus doux et vineux, très à la mode dans les bars du Sud-Ouest. Chaque région pousse son ingrédient : le calvados en Normandie, le chartreuse verte en Isère, le pastis (avec parcimonie) en Provence.
Comparatif avec l’Aperol : degré, prix, goût
Sur le degré d’alcool, le Spritz français l’emporte clairement pour un apéritif d’été : 7 à 9° contre 11° pour l’Aperol Spritz. On peut donc en boire deux sans culpabiliser. Sur le prix, l’équation est plus équilibrée : une bouteille de Suze ou de Salers coûte 18 à 22 euros, comparable à l’Aperol (15 à 18 euros), mais le Vouvray brut ou le Crémant sont souvent moins chers qu’un prosecco haut de gamme.
Sur le goût, la différence est nette. L’Aperol Spritz est doux, orangé, avec une amertume légère et une sucrosité assumée. Le Spritz français est plus sec, plus vif, avec des notes végétales ou fruitées selon la base choisie, et une acidité tonique apportée par le chenin ou le chardonnay. Deux profils complémentaires plus qu’opposés.
Servir en apéritif : les astuces
Le Spritz français se marie avec des tapenades, des rillettes de poisson, des gougères au comté, des tuiles au parmesan ou une planche de charcuteries fines. Servez-le entre 17 h et 20 h, jamais après le dîner : c’est un cocktail d’attente, pas de digestif. Prévoyez une bouteille de crémant pour six spritz environ, et gardez toujours de l’eau gazeuse bien fraîche au frigo pour rectifier la dilution si besoin.
Petit conseil de bartender : pré-refroidissez les verres au congélateur pendant dix minutes avant service. Cela évite que la glace ne fonde trop vite au premier contact. Et proposez toujours une version sans alcool pour les invités qui préfèrent : sirop de sureau, jus de raisin blanc pétillant et eau gazeuse font un excellent spritz zéro degré, tout aussi élégant.




