Delphinarium à 35 M€ au ZooParc de Beauval : projet contesté, manifestation le 1er août 2026

Delphinarium à 35 M€ au ZooParc de Beauval : projet contesté, manifestation le 1er août 2026

Un centre à 35 millions d’euros

Porté par Rodolphe Delord, dirigeant du ZooParc de Beauval, le projet représente un investissement de 35 millions d’euros, entièrement financé sur fonds privés. Cette ampleur en fait l’un des chantiers les plus importants jamais engagés autour de la question des cétacés captifs en France. Le montage financier permet au parc de conserver la maîtrise complète du projet, sans dépendance à des subventions publiques directes.

La localisation retenue est le site historique du parc à Saint-Aignan-sur-Cher, dans le Loir-et-Cher. Le nom retenu, « Centre d’études, de recherche scientifique et de sauvegarde des dauphins », souligne la dimension scientifique revendiquée par les porteurs du projet, au-delà de la simple présentation au public traditionnel des delphinariums de l’ancienne génération.

Sept bassins, trois lagons, 30 000 m³ d’eau

Sur le plan technique, l’infrastructure prévoit sept bassins ainsi que trois lagons paysagers géants. L’ensemble représente un volume d’eau de 30 000 m³, soit l’un des complexes aquatiques les plus importants d’Europe pour cette catégorie d’installations. La conception mise sur des espaces différenciés selon les usages : soins, observation, activités quotidiennes des animaux.

Les lagons paysagers doivent offrir un environnement plus proche des conditions naturelles, avec des espaces ouverts et une intégration végétale. Cette approche se démarque des delphinariums de génération précédente, souvent centrés sur des bassins de spectacle. Elle vise à répondre en partie aux critiques portant sur l’enfermement des cétacés dans des volumes trop réduits pour leur bien-être.

Accueillir les dauphins de Marineland et Planète sauvage

La vocation principale du projet est d’accueillir les dauphins actuellement présents à Planète sauvage, près de Nantes, et au Marineland d’Antibes. Ces deux structures, historiques dans le paysage français, ferment leurs delphinariums, dans un contexte réglementaire de plus en plus contraint et de pression sociétale croissante contre la captivité des cétacés en Europe.

Sans solution d’accueil, ces animaux se retrouveraient dans une situation particulièrement délicate. Les partisans du projet mettent en avant l’urgence sanitaire et logistique : réhabituer ces individus au milieu naturel demanderait des années et des infrastructures qui n’existent pas encore, tandis qu’un transfert vers un site européen mieux équipé apparaît comme une solution plus rapide.

L’autorisation préfectorale du 1er juin 2026

Sur le plan administratif, le projet a franchi une étape décisive le 1er juin 2026 avec l’autorisation délivrée par le préfet de Loir-et-Cher. Cet arrêté préfectoral valide la conformité du dossier au regard des règles d’urbanisme, d’environnement et de bien-être animal applicables au moment de la décision.

Cette autorisation ne clôt pas pour autant le débat. Elle constitue une base juridique nécessaire à l’engagement des travaux, mais reste attaquable devant la justice administrative. C’est précisément cette voie qui a été empruntée par les opposants, avec l’introduction d’un recours en suspension déposé quelques semaines seulement après la décision préfectorale.

Le rejet du recours devant le tribunal d’Orléans

Le tribunal administratif d’Orléans a rejeté le 17 juillet 2026 le recours en suspension déposé par l’association C’est Assez !, au nom d’une coalition de 16 associations défendant les cétacés. La juridiction a estimé que les conditions d’urgence et de doute sérieux, requises pour prononcer une suspension, n’étaient pas réunies dans ce dossier précis.

Ce rejet ne met pas fin à la procédure sur le fond, qui pourra se poursuivre devant les juridictions administratives. Il autorise en revanche la poursuite du projet sur le terrain, dans l’attente d’éventuels développements ultérieurs. Pour les opposants, il s’agit d’un revers judiciaire qui les incite à intensifier la mobilisation sur le terrain médiatique et citoyen.

La manifestation One Voice du 1er août

Face à ces autorisations, l’ONG One Voice appelle à une manifestation le samedi 1er août 2026 devant le zoo. L’objectif : peser dans le débat public, alerter les touristes présents en pleine saison estivale et exprimer une opposition frontale à la construction du delphinarium, dans une forme visible et directe.

Ce type de mobilisation prend une résonance particulière au cœur de l’été, période de forte fréquentation touristique. Les organisateurs misent sur la visibilité offerte par cette période : pancartes, prises de parole et rassemblements sont censés maximiser l’écho médiatique de leur message, à un moment où de nombreuses familles arpentent les parcs animaliers en France.

La position atypique de Sea Shepherd France

Fait notable, l’ONG Sea Shepherd France se démarque des autres associations en soutenant le projet, présenté comme une « solution transitoire » pour éviter ce qu’elle décrit comme une catastrophe en Europe pour les cétacés captifs. Cette position atypique s’écarte du front commun formé par la plupart des grandes associations animalistes engagées sur le dossier.

Sea Shepherd France justifie ce positionnement par une lecture pragmatique : en l’absence d’alternative crédible, le refus d’un tel projet risquerait de laisser sans solution un nombre significatif d’animaux, avec des conséquences sanitaires potentiellement graves. Ce raisonnement n’est pas partagé par les autres ONG, qui estiment que la solution transitoire risque de devenir permanente.

Un débat éthique au cœur de l’été

Le dossier cristallise, au cœur de l’été 2026, un débat éthique majeur autour de la captivité des cétacés en Europe. D’un côté, les défenseurs du projet mettent en avant l’urgence sanitaire, la dimension scientifique et l’emploi local. De l’autre, les opposants dénoncent une captivité de long terme incompatible avec les besoins fondamentaux des dauphins et de leur mode de vie naturel.

Au-delà du cas de Beauval, ce débat interroge plus largement la place des grands mammifères marins dans les infrastructures européennes. Il pose la question, encore ouverte, de l’équilibre entre protection des animaux déjà présents en captivité et refus de nouvelles installations. Une équation politique et éthique dont les prochains mois devraient préciser les contours.

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