En bref : l’essai britannique NHS-Galleri a testé, chez près de 143 000 personnes sans symptômes, un test sanguin censé détecter plus de 50 types de cancers. Les résultats complets, dévoilés en 2026, montrent une réduction des cancers découverts à un stade très avancé, mais l’étude n’a pas atteint son objectif principal. Ce n’est donc pas encore un outil de dépistage recommandé pour tous.
De quoi parle-t-on ?
Le principe est séduisant par sa simplicité : une prise de sang classique, puis une analyse en laboratoire à la recherche de traces laissées par d’éventuelles tumeurs. Ces tests, regroupés sous le sigle anglais MCED (pour Multi-Cancer Early Detection, détection multi-cancers précoce), s’intéressent à l’ADN tumoral circulant : de minuscules fragments d’ADN relâchés dans le sang par les cellules cancéreuses. En repérant certaines signatures chimiques sur cet ADN, le test cherche à la fois à signaler la présence possible d’un cancer et à suggérer dans quel organe il pourrait se situer.
L’intérêt majeur est là : viser des cancers pour lesquels il n’existe aujourd’hui aucun programme de dépistage organisé, comme ceux du pancréas, de l’ovaire ou de l’œsophage, souvent découverts tardivement. En théorie, un même prélèvement pourrait ainsi couvrir des dizaines de localisations en une seule fois.
Une étude d’ampleur inédite
Pour passer de la théorie à la preuve, encore faut-il un essai solide. C’est tout l’enjeu de l’étude NHS-Galleri, menée en Angleterre avec le service public de santé britannique. Elle a recruté près de 143 000 personnes âgées de 50 à 77 ans, sans symptôme de cancer, réparties pour moitié entre celles qui recevaient le test chaque année pendant trois ans et un groupe témoin. Il s’agit du premier essai randomisé et contrôlé de cette ampleur consacré à un test multi-cancers : le format le plus rigoureux pour juger d’un dépistage.
Sur les trois campagnes annuelles, environ 0,9 % des participants ont eu un résultat positif, et près de 0,5 % ont finalement reçu un diagnostic de cancer. Autrement dit, quand le test se déclenchait, il visait juste un peu plus d’une fois sur deux : sa valeur prédictive positive avoisinait 52 %, et grimpait à 58 % lors de la première campagne. Un chiffre qui souligne aussi le revers de la médaille : près d’un résultat positif sur deux n’était pas confirmé.
Des résultats à lire avec nuance
C’est le point le plus important, et le plus délicat. L’essai n’a pas atteint son objectif principal, qui était de réduire le nombre de cancers découverts à un stade tardif. Les promoteurs du test ont toutefois mis en avant un signal jugé encourageant : sur trois ans, le dépistage a été associé à une baisse des cancers diagnostiqués au stade IV, le plus avancé, et à moins de cancers découverts en urgence ou à cause de symptômes déjà présents, situations généralement plus difficiles à traiter.
Comment concilier ces deux constats ? Un objectif principal manqué reste, sur le plan scientifique, un résultat négatif : les données secondaires, même prometteuses, ne suffisent pas à conclure que le test sauve des vies. Elles indiquent une piste, pas une preuve définitive. C’est précisément pourquoi les experts appellent à la prudence et attendent des analyses complémentaires.
Les limites à garder en tête
- Les faux positifs : une alerte non confirmée entraîne des examens supplémentaires, parfois invasifs, et une inquiétude bien réelle.
- Les faux négatifs : un test normal ne garantit pas l’absence de cancer et ne remplace pas les dépistages existants (sein, côlon, col de l’utérus).
- Le surdiagnostic : repérer des anomalies qui n’auraient jamais évolué peut conduire à des traitements inutiles.
- Le coût et l’organisation : généraliser un tel test suppose des filières de confirmation et un financement lourds.
Et maintenant ?
Les données présentées en 2026 lors du grand congrès annuel de cancérologie américain (l’ASCO) vont désormais être examinées par les autorités sanitaires. La suite passera par le suivi à plus long terme des participants, pour vérifier si la détection plus précoce se traduit réellement par une baisse de la mortalité. Ce n’est qu’à cette condition qu’un déploiement à grande échelle pourra être envisagé.
En France comme ailleurs, ces tests ne sont donc pas, à ce stade, un dépistage validé et recommandé pour la population générale. Ils ne dispensent en aucun cas des dépistages organisés existants, dont l’efficacité est établie. Toute question personnelle sur votre risque de cancer ou sur l’opportunité d’un dépistage doit être abordée avec votre médecin, seul à même d’évaluer votre situation.
Ce qu’il faut retenir
- Le test Galleri promet de repérer plus de 50 types de cancers à partir d’une simple prise de sang, via l’ADN tumoral circulant.
- L’essai britannique NHS-Galleri a porté sur près de 143 000 personnes de 50 à 77 ans, sans symptômes, sur trois ans.
- Résultats nuancés : baisse des cancers de stade IV, mais objectif principal non atteint ; environ un résultat positif sur deux non confirmé.
- Ce n’est pas encore un dépistage généralisé : il ne remplace pas les dépistages organisés existants.
- Un suivi à plus long terme est nécessaire ; parlez-en à un professionnel de santé pour toute question personnelle.




