Marie Perrin et REEcover : extraire les terres rares des ampoules usagées grâce à des enzymes

Marie Perrin et REEcover : extraire les terres rares des ampoules usagées grâce à des enzymes

REEcover et le recyclage des ampoules

Marie Perrin n’est pas une inconnue dans le monde de la chimie appliquée. Ancienne chercheuse au CNRS et diplômée d’un doctorat en chimie environnementale à Stanford, cette scientifique franco-américaine a fondé REEcover en juillet 2026, avec l’ambition claire de résoudre l’un des grands défis industriels européens : la dépendance aux terres rares chinoises. Son innovation cible spécifiquement le recyclage des ampoules fluorescentes usagées.

Ces ampoules, encore massivement présentes dans les logements et les bureaux français, contiennent en réalité des quantités importantes de terres rares précieuses. Chaque ampoule renferme entre quelques milligrammes et quelques grammes de métaux comme l’europium (rouge), le terbium (vert), l’yttrium (base blanche) et le cerium. À l’échelle nationale, cela représente plusieurs centaines de kilos de matière stratégique gaspillée chaque année.

REEcover s’attaque à ce gisement industriel avec une approche radicalement nouvelle. Marie Perrin explique : « Nous avons longtemps considéré ces déchets comme un problème environnemental. Ils constituent en réalité une mine urbaine formidable, à condition de disposer des bons outils pour en extraire la valeur. » Un discours qui séduit les industriels comme les pouvoirs publics, tous conscients de l’urgence stratégique de la question.

L’innovation par enzymes naturelles

La véritable rupture technologique introduite par REEcover réside dans l’utilisation d’enzymes naturelles pour extraire les terres rares. Cette approche biologique se substitue aux procédés chimiques classiques, qui reposent sur des acides forts (acide sulfurique, acide nitrique) et génèrent d’importants effluents polluants. Un procédé lourd, coûteux et particulièrement dommageable pour l’environnement, qui explique le désintérêt historique des industriels pour ce recyclage.

  • Rendement d’extraction : 90% des terres rares récupérables
  • Absence d’acides forts, procédé écologique
  • Consommation énergétique réduite de 70% vs procédés chimiques
  • Effluents biodégradables, pas de rejets toxiques
  • Processus réplicable à échelle industrielle

Le procédé enzymatique développé par les équipes de REEcover repose sur des micro-organismes spécifiquement sélectionnés. Ces bactéries, extraites de sources thermales géothermales, produisent naturellement des enzymes capables de se lier aux ions métalliques et de les extraire des matrices complexes. Une technologie inspirée par la nature qui exploite des mécanismes biologiques vieux de plusieurs milliards d’années.

Les tests réalisés en laboratoire depuis 2024 ont donné des résultats spectaculaires. Sur des lots d’ampoules récoltés dans des déchèteries de la région lyonnaise, REEcover a atteint 90% de récupération d’europium et de terbium, avec une pureté proche de 95%. Des chiffres qui rendent l’approche non seulement viable écologiquement, mais également compétitive économiquement face aux terres rares chinoises.

Le marché immense des terres rares

Le potentiel de marché pour REEcover est considérable. À l’échelle française, environ 200 000 tonnes d’ampoules usagées sont collectées chaque année, dont une part significative contient des terres rares. À l’échelle européenne, ce volume monte à près de 2 millions de tonnes annuelles, ce qui correspond à un gisement potentiel de plusieurs milliards d’euros de matières premières stratégiques.

Les applications des terres rares sont innombrables et hautement stratégiques. Elles servent à la fabrication des aimants permanents utilisés dans les moteurs électriques, les éoliennes, les disques durs et les smartphones. Elles entrent également dans la composition des batteries de véhicules électriques, des écrans OLED, des lasers médicaux et de nombreux équipements militaires modernes.

La demande mondiale ne cesse de croître, tirée par la transition énergétique et la numérisation des économies. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie, cette demande pourrait tripler d’ici 2035. Une croissance qui rend d’autant plus critique la question de l’approvisionnement, et qui renforce l’intérêt stratégique du procédé développé par REEcover pour la souveraineté française et européenne.

L’enjeu géopolitique face à la Chine

La Chine contrôle actuellement environ 85% du marché mondial des terres rares, tant au niveau de l’extraction minière que du raffinage. Cette domination confère à Pékin un levier géopolitique majeur, régulièrement utilisé dans les négociations commerciales avec les États-Unis, l’Europe et le Japon. Une situation de dépendance jugée insoutenable par la Commission européenne, qui a lancé plusieurs initiatives pour développer une filière autonome.

REEcover s’inscrit pleinement dans cette stratégie de reconquête. En développant un procédé de recyclage domestique, la start-up française contribue à réduire la dépendance européenne aux importations chinoises. Marie Perrin le rappelle avec force : « Nous ne pouvons pas continuer à confier notre avenir énergétique et industriel à un fournisseur unique. Recycler nos propres déchets est la solution la plus rapide et la plus durable. »

Le gouvernement français soutient activement cette démarche, à travers plusieurs dispositifs de financement et d’accompagnement. La start-up bénéficie notamment d’un partenariat avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et avec l’IFPEN (IFP Énergies nouvelles). Ces collaborations permettent d’accélérer le passage de l’échelle laboratoire à l’échelle industrielle, avec une première usine pilote prévue en Bretagne pour début 2028.

Un financement solide pour démarrer

Pour lancer son activité, REEcover a bouclé une première levée de fonds de 5 millions d’euros en début d’année 2026. Les investisseurs comprennent l’ADEME (Agence de la transition écologique), Bpifrance et plusieurs business angels du secteur des cleantech. Un tour de table qui confirme le sérieux du projet et sa crédibilité auprès des financeurs institutionnels français.

Cette levée de fonds permettra de financer trois axes prioritaires. D’abord, la finalisation du procédé en environnement semi-industriel, avec la construction d’une unité pilote de 500 m² près de Grenoble. Ensuite, le recrutement d’une équipe technique de vingt personnes, dont dix chercheurs et ingénieurs spécialisés. Enfin, la constitution d’un portefeuille de brevets internationaux pour protéger l’innovation majeure représentée par le procédé enzymatique.

Marie Perrin figure également parmi les finalistes du prestigieux Palmarès des Inventeurs 2026, publié à l’occasion du Paris-Saclay Summit. Une distinction qui met en lumière son travail pionnier et devrait accélérer les partenariats industriels. À terme, REEcover ambitionne de couvrir les besoins européens en europium et terbium recyclés, avec un objectif de 500 tonnes annuelles à l’horizon 2032. Un projet emblématique de la nouvelle vague deep tech française qui allie innovation scientifique, préoccupations environnementales et enjeux stratégiques majeurs.

Consultez également notre article sur le Palmarès des Inventeurs 2026 des 100 scientifiques français ainsi que celui consacré à Franck Zal et Hemarina, autre pépite bretonne primée à l’Office européen des brevets.

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