Le scénario catastrophe d'un retour de l'inflation dans les supermarchés se profile en 2026

Le scénario catastrophe d'un retour de l'inflation dans les supermarchés se profile en 2026

Une inflation alimentaire attendue sous contrôle

Il y a quelques semaines encore, les grands patrons de la distribution française affichaient une confiance mesurée sur la trajectoire des prix alimentaires en 2026. Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, estimait que l’inflation alimentaire devrait tourner autour de 1 % sur l’ensemble de l’année. De son côté, Dominique Schelcher, patron de Système U, parlait d’une hausse « contenue », nettement en dessous des pics observés en 2022 et 2023.

Ce scénario central s’appuyait sur plusieurs éléments favorables :

  • Une stabilisation des matières premières agricoles après plusieurs années de tempête.
  • Une détente sur les coûts de l’énergie, particulièrement importante pour l’agroalimentaire et la logistique.
  • Une pression commerciale accrue entre enseignes, grâce au retour de la concurrence en prix.
  • Des consommateurs plus attentifs, prêts à arbitrer, à changer de marque ou à descendre en gamme.

Mais ce bel équilibre est désormais menacé par un élément extérieur aux rayons : la géopolitique.

Les produits en baisse, les produits en hausse

Avant même les derniers développements internationaux, les distributeurs anticipaient déjà une évolution contrastée selon les catégories. Certains produits devaient continuer à baisser ou se stabiliser :

  • Certains cafés, notamment les milieu de gamme et les grandes marques nationales.
  • Les lessives et détergents, sous pression concurrentielle forte.
  • Les produits d’hygiène courants (gels douche, shampooings, déodorants).
  • Les pâtes alimentaires, après la baisse du blé dur.
  • La farine, dans le sillage de la détente sur les céréales.
  • Les chips et biscuits apéritifs, segment très concurrentiel.
  • Le sucre, revenu à des niveaux plus raisonnables.

En revanche, d’autres catégories devaient augmenter, parfois nettement :

  • La viande, en particulier le bœuf, toujours sous tension.
  • La volaille, avec la pression liée aux épisodes sanitaires.
  • Les œufs, dont les prix restent élevés.

Ces hausses tiennent à la fois à la contraction de l’offre, aux coûts de production (alimentation animale, énergie) et à la demande soutenue.

Le scénario catastrophe du détroit d’Ormuz

Tout le scénario central pourrait voler en éclats si la situation internationale venait à se dégrader. C’est précisément ce qui inquiète les économistes depuis plusieurs semaines, avec l’escalade des tensions autour de l’Iran.

Point névralgique : le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part majeure des exportations mondiales d’hydrocarbures. Une fermeture, même partielle, aurait des conséquences immédiates :

  • Une flambée des cours du pétrole et du gaz.
  • Une remontée brutale des prix à la pompe.
  • Un renchérissement massif du transport routier et maritime.
  • Un choc sur les coûts des engrais, largement dépendants du gaz.

Selon les scénarios modélisés par plusieurs instituts, une réduction de 40 à 60 % des flux d’hydrocarbures via le détroit pourrait pousser l’inflation française vers une fourchette de 2,5 à 3,3 %, soit deux à trois fois plus que le scénario central. L’impact dans les supermarchés serait très vite visible.

Des coûts qui remontent déjà pour les industriels

Au-delà du choc pétrolier potentiel, des signaux d’alerte plus diffus remontent déjà des chaînes d’approvisionnement. Plusieurs postes de coûts regagnent du terrain pour les industriels de l’agroalimentaire :

  • Les tarifs du gaz, en hausse sur les marchés de gros.
  • Le coût des emballages (carton, plastiques), sensible aux variations du pétrole.
  • Les frais de transport, routiers et maritimes, qui intègrent la volatilité énergétique.
  • Certains ingrédients agricoles importés soumis à des aléas climatiques.

Pour les agriculteurs, la note se présente tout aussi mal : coûts du carburant pour les engins, engrais dépendants du gaz, alimentation animale sensible aux marchés mondiaux. Les négociations commerciales annuelles avec la grande distribution, censées figer les prix pour une année, pourraient se rouvrir de manière anticipée si un choc énergétique intervenait.

Ce que changerait une reprise de l’inflation pour les ménages

Après deux années de crispation budgétaire, les ménages français ont développé des stratégies d’adaptation : arbitrages plus serrés, descente en gamme, recours aux promotions, multiplication des enseignes. Un retour à une inflation proche de 3 % amplifierait ces comportements :

  • Une accélération de la part des marques de distributeur dans les paniers.
  • Une progression des marques dites « économiques » voire hard discount.
  • Un recul des produits à forte valeur ajoutée, comme le bio non discount.
  • Une pression accrue sur les enseignes pour multiplier les opérations promotionnelles.
  • Un possible retour des tensions sociales, sur fond de pouvoir d’achat à nouveau grignoté.

Les catégories les plus sensibles seraient les produits frais (viande, poisson, fruits et légumes) et tous les produits dont le coût logistique pèse lourd dans le prix final.

Une incertitude qui pèse sur les négociations commerciales

Les négociations commerciales annuelles entre la grande distribution et les fournisseurs, censées stabiliser les prix sur l’année, sont désormais prises en étau entre deux scénarios :

  • Celui d’une inflation contenue, sur lequel de nombreux contrats ont été signés.
  • Celui d’un choc énergétique exogène, qui obligerait à rouvrir les discussions.

Les fournisseurs menacent déjà de déclencher des clauses de renégociation en cas de choc majeur sur les matières premières, quand les enseignes redoutent de voir les prix en rayon grimper et leurs clients fuir vers les concurrents moins chers.

Ce qu’il faut retenir

Le scénario central reste celui d’une inflation alimentaire modérée en 2026, autour de 1 % selon Alexandre Bompard, avec même des baisses attendues sur certains cafés, lessives, produits d’hygiène, pâtes, farine, chips ou sucre. Mais les hausses prévues sur la viande, la volaille et les œufs, combinées au risque d’une fermeture du détroit d’Ormuz, pourraient faire basculer la France vers un scénario à 2,5 voire 3,3 % d’inflation. Les ménages, les industriels et les agriculteurs retiennent leur souffle devant un équilibre devenu très fragile.