Comment Google pourrait rafler le jackpot du siècle avec son investissement dans SpaceX

Comment Google pourrait rafler le jackpot du siècle avec son investissement dans SpaceX

Un investissement noué en 2015, loin des projecteurs

C’est en janvier 2015 qu’Alphabet, alors encore principalement connu sous le nom de Google, a fait irruption au capital de SpaceX. L’opération, co-pilotée avec Fidelity, avait alors fait grand bruit : un milliard de dollars injectés pour prendre environ 10 % du capital de l’entreprise d’Elon Musk. À l’époque, la valorisation de SpaceX tournait autour de 10 milliards de dollars. L’objectif affiché : financer le déploiement d’un vaste réseau de satellites capables d’apporter Internet aux zones les moins couvertes de la planète, un projet qui allait devenir Starlink.

Depuis, le géant californien a suivi plusieurs tours de table, sans jamais totalement communiquer sur sa position. Les documents internes récemment révélés à la presse américaine suggèrent que la participation a été réajustée au fil des années, avec des achats complémentaires lors de levées successives, notamment en 2020 et 2022. Au total, la facture cumulée d’Alphabet dans SpaceX s’établirait entre 2 et 4 milliards de dollars sur la décennie écoulée.

Une IPO attendue pour 2026-2027 à 400 milliards de dollars

C’est désormais un secret de Polichinelle à Wall Street : l’introduction en Bourse de SpaceX, longtemps repoussée par Elon Musk lui-même, se précise. Les banques d’affaires évoquent un calendrier possible en 2026 ou 2027, avec une valorisation fréquemment citée au-dessus de 400 milliards de dollars. Certains analystes n’excluent pas d’atteindre 500 milliards si Starlink continue sa progression fulgurante et si Starship franchit de nouveaux jalons opérationnels.

Pour Alphabet, l’équation est vertigineuse. Sur la base d’une participation estimée aux alentours de 7 à 8 % aujourd’hui, la valeur théorique de la ligne dépasserait les 30 milliards de dollars lors d’une cotation à 400 milliards. Soit une plus-value latente d’environ 25 à 28 milliards de dollars. Une somme qui placerait cet investissement parmi les plus rentables jamais réalisés par une société cotée dans un acteur non coté, au même niveau que les prises de position historiques de Masayoshi Son chez Alibaba.

Starlink, la poule aux œufs d’or qui fait monter le cours

Ce qui change la donne, c’est la performance spectaculaire de Starlink. La filiale dédiée à Internet par satellite dépasse désormais, selon plusieurs estimations, 5 milliards de dollars de revenus annuels, avec un cap de rentabilité franchi. Starlink a conquis les zones rurales des États-Unis, séduit les compagnies aériennes, équipé des navires commerciaux et s’est imposé comme un outil stratégique sur plusieurs théâtres d’opérations, de l’Ukraine au Pacifique.

Certains cabinets financiers valorisent désormais Starlink, pris isolément, entre 150 et 200 milliards de dollars. Autrement dit, la seule activité satellitaire de SpaceX pèserait presque la moitié de la valorisation globale. Et pour Google, c’est un atout doublement stratégique : d’abord comme actionnaire, ensuite comme partenaire commercial, via l’infrastructure Google Cloud qui héberge une partie des services critiques de Starlink.

Starship, l’accélérateur de valorisation

Au-delà des satellites, c’est le développement de Starship qui nourrit les rêves les plus fous. Le lanceur géant, entièrement réutilisable, doit à terme permettre de lancer des centaines de satellites par vol, à un coût marginal extrêmement bas. Les progrès récents, notamment les démonstrations de récupération via la tour de lancement, ont rassuré les investisseurs sur la faisabilité technique.

Si Starship tient ses promesses, SpaceX pourrait non seulement écraser la concurrence sur le marché du lancement commercial, mais aussi ouvrir des débouchés entièrement nouveaux : transport de passagers intercontinental, missions habitées vers la Lune et Mars, stations orbitales privées. Chaque jalon franchi repousse les projections de valorisation, et donc la plus-value latente d’Alphabet.

Google Ventures, une tradition de paris audacieux

L’investissement dans SpaceX s’inscrit dans une stratégie de long terme d’Alphabet, qui a construit un portefeuille d’investissements via Google Ventures (désormais GV) et sa branche CapitalG. L’entreprise a notamment participé au financement d’Uber à partir de 2013, générant plusieurs milliards de plus-values lors de l’IPO de 2019. GV a également placé ses jetons sur Slack, Stripe, Robinhood, Cloudflare et Nest, avant que cette dernière ne soit rachetée par la maison mère.

Cette stratégie de capital-risqueur discret a permis à Alphabet d’alimenter régulièrement ses comptes avec des gains non opérationnels. Mais aucun pari n’aura été d’une ampleur comparable à celui de SpaceX si l’IPO se confirme dans les conditions envisagées.

Un coup financier, mais aussi une bataille de terrain

La relation entre Alphabet et SpaceX n’est pas qu’un simple pari financier. Les deux entreprises travaillent conjointement sur des sujets stratégiques. Google Cloud héberge une partie de l’infrastructure Starlink. En parallèle, Google a massivement investi dans ses propres câbles sous-marins pour consolider sa connectivité mondiale. Le partenariat avec Starlink, même minoritaire, lui donne une vision privilégiée sur le futur d’Internet spatial.

Sur le terrain concurrentiel, Google se positionne également face à Amazon, qui pousse son propre projet Kuiper, et face à Apple, lié désormais à Globalstar pour la connectivité satellitaire de ses iPhone. Le maillage satellitaire devient un enjeu de souveraineté numérique à l’échelle mondiale : celui qui contrôle le ciel contrôlera en partie le smartphone de demain.

L’ombre politique : Musk, Trump et la régulation

La proximité affichée d’Elon Musk avec la nouvelle administration Trump, après son soutien public à la campagne présidentielle et son rôle dans la rationalisation budgétaire fédérale, crée néanmoins un contexte politique inédit. Plusieurs régulateurs européens se montrent de plus en plus vigilants à l’égard de SpaceX et Starlink, notamment sur les questions de souveraineté, de sécurité des données et de concurrence.

Pour Alphabet, actionnaire minoritaire mais significatif, l’exposition politique devient une variable à surveiller. Toute restriction imposée à Starlink en Europe, toute crispation géopolitique autour de la personne de Musk, peut influer sur la valorisation finale de l’IPO. De même, la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine scrutera probablement les participations croisées entre les grandes entreprises technologiques à l’approche de la cotation.

Quand concrétiser la plus-value ?

La grande question qui se pose aux équipes financières d’Alphabet est la suivante : faut-il garder les titres SpaceX après l’IPO, ou céder progressivement une partie de la position ? Historiquement, Alphabet a plutôt conservé ses lignes stratégiques et vendu au fil de l’eau les investissements financiers. Dans le cas de SpaceX, la dimension stratégique est évidente, mais la tentation de cristalliser une plus-value potentiellement supérieure à 25 milliards de dollars peut peser dans la balance.

Les analystes s’attendent à un lock-up classique de six à douze mois après l’IPO. Au-delà, Alphabet pourrait commencer à céder progressivement une partie de ses titres, tout en conservant une participation suffisante pour maintenir une influence au conseil d’administration et des accords commerciaux privilégiés avec Starlink.

Le symbole d’une ère de consolidation de la tech

Au-delà du chiffre, ce possible jackpot illustre une tendance de fond : la grande tech américaine se consolide à une échelle inédite. Alphabet investit dans SpaceX, Microsoft dans OpenAI, Amazon dans Anthropic, Nvidia dans CoreWeave. Les frontières entre concurrents, partenaires et actionnaires deviennent de plus en plus floues. L’IPO SpaceX, si elle se confirme, cristallisera cette nouvelle ère dans les comptes d’Alphabet.

Pour les investisseurs particuliers, ce pari discret rappelle que la valeur ne se crée pas uniquement dans les activités visibles de Google : Search, YouTube, Android ou Cloud. Elle peut aussi se loger, pendant des années, dans une ligne minoritaire presque anonyme au bilan. Et parfois, cette ligne anonyme se transforme en jackpot du siècle.