François D'Haene tente le record du GR20 : 180 km à travers la Corse à l'assaut de la légende

François D'Haene tente le record du GR20 : 180 km à travers la Corse à l'assaut de la légende

François D’Haene relance son propre record

À 48 ans, François D’Haene n’a rien perdu de son appétit pour les défis extrêmes. Le Savoyard d’adoption, viticulteur en Beaujolais et père de famille, s’est imposé comme l’une des plus grandes figures de l’ultra-trail mondial de la décennie 2015-2025. Quadruple vainqueur de l’UTMB (Ultra-Trail du Mont-Blanc), triple champion de l’UTWT (Ultra-Trail World Tour), vainqueur du Diagonale des Fous à La Réunion et de la Hardrock 100 aux États-Unis, son palmarès parle pour lui.

Ce mercredi 8 juillet 2026, il s’attaque à un défi particulier : battre son propre record du GR20 corse, établi en 2016 en 32 heures et 20 minutes. Une performance longtemps considérée comme intouchable, que seul Kilian Jornet (32h54 en 2016 également) puis Guillaume Peretti (33h20 en 2020) sont parvenus à approcher sans réussir à faire mieux.

« C’est un projet un peu fou, mais si je peux améliorer les 32h20, alors ce sera magique », a déclaré François D’Haene à la veille du départ. Ces mots pesés reflètent la conscience de la difficulté : à 48 ans, avec dix années de plus dans les jambes qu’en 2016, battre son propre record sur un terrain aussi impitoyable relève de la performance exceptionnelle. Mais l’expérience accumulée, la connaissance parfaite du parcours et une préparation minutieuse pourraient faire la différence.

Le GR20 : 180 km d’enfer corse

Le GR20 est unanimement considéré comme l’un des sentiers de grande randonnée les plus difficiles au monde. Il traverse la Corse du nord au sud, de Calenzana en Balagne jusqu’à Conca dans l’Alta-Rocca, sur environ 180 kilomètres à travers l’épine dorsale montagneuse de l’île.

Le parcours cumule un dénivelé positif vertigineux de plus de 20 000 mètres, soit l’équivalent de plus de deux ascensions du Mont-Blanc depuis le niveau de la mer. Le terrain est en grande partie constitué de rochers granitiques, dalles glissantes, éboulis instables et passages câblés, particulièrement dans la première moitié nord (Cirque de la Solitude, Bocca Minuta, Monte Cinto, Bocca a Reta).

Pour un randonneur classique, la traversée demande entre 15 et 20 jours à raison de 5 à 8 heures de marche quotidienne. Les ultra-traileurs, eux, tentent l’exploit d’avaler ce même parcours en une seule course continue, sans sommeil ni pause prolongée. Une performance qui repose autant sur les qualités physiques que sur la gestion mentale et logistique.

La Corse est aussi la plus grande île de France par la superficie et l’une des plus montagneuses de Méditerranée occidentale. Le GR20 y déroule des paysages sublimes mais austères : lacs d’altitude, aiguilles granitiques, bergeries isolées, forêts de pins laricio, cirques minéraux. Un décor à la mesure de la légende de la course.

Battre 32h20 : la marche à suivre

Pour espérer battre son record, François D’Haene devra maintenir une allure moyenne de 5,6 km/h sur 32 heures continues, ce qui, rapporté à la difficulté du terrain et aux dénivelés vertigineux, représente un rythme phénoménal. À titre de comparaison, un très bon randonneur avance à 3-3,5 km/h sur ce type de sentier.

La répartition d’effort est cruciale. Le nord du GR20, extrêmement technique et rocheux, absorbe environ 60% du temps total pour seulement 45% de la distance. Il faut donc gérer une première phase lente et technique, puis basculer sur la seconde moitié sud plus roulante pour tenter d’accélérer.

Les ravitaillements constituent également un facteur clef. François D’Haene privilégiera une équipe légère, discrète et réactive, avec des points d’approvisionnement placés au refuge de Verghellu, à Vizzavona (mi-parcours et lieu traditionnel de coupure), à Prati et enfin à l’Uspidale avant la descente finale sur Conca.

Nutrition : environ 12 000 à 15 000 kilocalories à ingérer sur les 32 heures, principalement sous forme de gels énergétiques, boissons isotoniques, purées de fruits, fromage corse, jambon de pays, pâtes de fruits et un peu de vraie nourriture solide aux ravitaillements. Hydratation : au moins 12 litres d’eau à absorber, dont une partie chargée en électrolytes.

La stratégie face à la canicule

Le facteur climatique complique sérieusement la tentative 2026. La canicule qui frappe la Corse cette semaine impose des températures diurnes comprises entre 35 et 40°C en basse altitude, avec une hygrométrie faible qui accentue la déshydratation. Même en altitude, le mercure grimpe régulièrement à 28-32°C en pleine journée.

La stratégie horaire devient donc déterminante. François D’Haene a choisi un départ le mercredi soir, ce qui lui permet de profiter de la première nuit fraîche pour attaquer la partie la plus technique du parcours (nord). Il traversera alors les cirques rocheux et les crêtes vertigineuses de nuit, à la frontale, pour éviter les rayonnements solaires les plus violents.

La journée du jeudi sera la plus délicate : chaleur maximale, terrain encore technique jusqu’à Vizzavona, fatigue déjà présente. L’objectif sera de maintenir la cadence sans exploser, en jouant sur les passages ombragés en forêt et les zones d’altitude un peu plus tempérées. Rafraîchissement systématique aux sources et lacs d’altitude en cours de route.

La seconde nuit, sur la moitié sud plus roulante, devra permettre de rattraper d’éventuels retards accumulés. François D’Haene visera une arrivée à Conca vendredi matin ou vendredi début d’après-midi, soit environ 32 à 34 heures après le départ selon les conditions.

L’équipe et le matériel

L’équipe qui accompagne le champion est resserrée et expérimentée. Elle comprend son préparateur physique, un médecin du sport, deux pacers (accompagnateurs autorisés sur certaines portions), un responsable ravitaillement, un photographe et deux personnes chargées de la sécurité et de la coordination. Une équipe de production filme discrètement l’exploit pour un documentaire à venir.

Côté matériel, François D’Haene mise sur la légèreté maximum. Chaussures de trail ultra-légères avec crampons carbone, sac hydration de 3 litres seulement pour minimiser le poids porté, bâtons de course en carbone pliables, lampe frontale haute puissance pour les phases nocturnes, GPS de trail Suunto pour la navigation, vêtements techniques ultra-respirants.

Un trackeur GPS permet à ses fans et aux médias de suivre en temps réel sa progression sur le parcours. Les réseaux sociaux du trail français bruissent depuis l’annonce du projet et les commentaires affluent des ultra-traileurs du monde entier, unis dans l’espoir de voir tomber le record légendaire.

Un nouveau chapitre pour l’ultra-trail français

Au-delà de la performance sportive individuelle, cette tentative rassemble et fait rayonner tout l’ultra-trail français, discipline dans laquelle notre pays compte parmi les meilleures nations mondiales. François D’Haene incarne cette génération dorée aux côtés de Kilian Jornet, Xavier Thévenard, Ludovic Pommeret, Aurélien Dunand-Pallaz ou encore Blandine L’Hirondel côté féminin.

La discipline connaît un essor remarquable en France depuis quinze ans. L’UTMB de Chamonix, événement fondateur, attire chaque année des dizaines de milliers de spectateurs et 10 000 coureurs venus du monde entier. Le GR20 corse s’impose de plus en plus comme l’équivalent français de la mythique Hardrock 100 américaine : un terrain de jeu d’exception pour les meilleurs athlètes de la planète.

Les résultats de la tentative de François D’Haene sont attendus vendredi ou samedi, selon les conditions rencontrées. Quelle que soit l’issue, ce défi restera comme un moment fort de la saison 2026 de l’ultra-trail et rappellera au grand public la richesse et l’engagement de cette discipline exigeante, où l’humain repousse ses propres limites face à la nature brute et somptueuse. Rendez-vous à Conca pour l’arrivée triomphale, ou pas.

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