La NASA a officialisé en juin 2026 l’équipage qui doit ramener des humains sur la Lune pour la première fois depuis Apollo 17 en 1972. Pour la mission Artemis III, quatre astronautes ont été sélectionnés. Un événement historique qui marque l’aboutissement de plus d’une décennie de préparation et qui ouvre une nouvelle ère pour l’exploration spatiale habitée.
La NASA officialise l’équipage Artemis III
L’annonce a été faite lors d’une cérémonie au Kennedy Space Center, en Floride, en présence du nouvel administrateur de la NASA et de hauts représentants des agences spatiales partenaires. Devant un parterre d’ingénieurs, de scientifiques et de journalistes, les quatre noms ont été révélés : Randolph Bresnik, Luca Parmitano, Frank Rubio et Andre Douglas.
« Ces quatre astronautes représentent l’avenir de l’exploration spatiale humaine », a déclaré l’administrateur de la NASA. « Leur expérience, leur dévouement et leur courage incarnent ce que l’humanité peut accomplir lorsqu’elle s’unit autour d’un objectif commun : repousser les frontières de notre présence dans l’espace. »
Plus de cinquante ans après le dernier alunissage habité (Apollo 17, décembre 1972), Artemis III incarne le grand retour des États-Unis sur la Lune, mais aussi le premier pas vers une présence durable. Le programme Artemis dans son ensemble vise en effet à établir une base lunaire permanente au pôle sud, en vue de futures missions vers Mars.
Quatre profils complémentaires
Le choix de l’équipage révèle la stratégie de la NASA, qui mise sur la diversité d’expérience et la complémentarité des compétences :
- Randolph Bresnik (commandant) : vétéran de l’ISS où il a effectué plusieurs missions, ancien pilote militaire du Corps des Marines américains, il apportera son expérience du commandement et son sang-froid dans les situations critiques. À 59 ans, il sera l’un des plus âgés à marcher sur la Lune.
- Luca Parmitano (ESA) : astronaute italien de l’Agence Spatiale Européenne, il devient le premier Européen à marcher sur la Lune. Connu pour son sang-froid lors de l’incident de la fuite d’eau dans son scaphandre en 2013, il représente l’engagement européen dans le programme Artemis.
- Frank Rubio : détenteur du record de la plus longue durée pour un astronaute américain à bord de l’ISS (371 jours en 2022-2023), il devient le premier hispanique à fouler la Lune. Médecin militaire et pilote d’hélicoptère de formation, il apportera ses compétences médicales à la mission.
- Andre Douglas : rookie de la classe 2021 des astronautes NASA, il sera le premier afro-américain à marcher sur la Lune. Ingénieur naval et docteur en mécanique, il représente la nouvelle génération formée spécifiquement pour les missions lunaires longue durée.
Ce choix symbolique vise à faire de la mission Artemis III une étape inclusive de l’exploration spatiale, après les onze astronautes blancs (et tous américains) qui ont marché sur la Lune lors des missions Apollo entre 1969 et 1972.
La mission : retour au pôle sud lunaire
Contrairement aux missions Apollo qui s’étaient toutes posées dans la zone équatoriale lunaire, Artemis III visera le pôle sud de la Lune. Ce choix stratégique s’explique par la présence de glace d’eau dans les cratères en ombre permanente de cette région. L’exploitation future de cette eau pourrait permettre de produire sur place du carburant (hydrogène et oxygène) et de soutenir une présence humaine durable.
La mission prévoit un séjour d’environ une semaine à la surface, avec plusieurs sorties extra-véhiculaires (EVA) pour :
- Déployer des instruments scientifiques (sismomètre, station météo lunaire, détecteurs de rayonnement).
- Prélever des échantillons de régolite et de glace dans les cratères en ombre permanente.
- Tester de nouveaux équipements (combinaisons xEMU, véhicule lunaire pressurisé prototype).
- Filmer la mission en 8K pour le grand public, avec des caméras conçues par Nikon et Sony.
Les sites d’alunissage potentiels ont été identifiés : Shackleton Crater, Connecting Ridge, Faustini Rim, ou encore les abords du cratère Haworth. Le choix final dépendra des conditions précises au moment du lancement, et notamment de l’ensoleillement nécessaire pour les panneaux solaires du Starship HLS.
Le défi technique du Starship HLS
L’architecture de la mission Artemis III repose sur trois pièces maîtresses :
- Le lanceur SLS (Space Launch System) de la NASA, qui propulsera l’équipage depuis le Kennedy Space Center.
- La capsule Orion, qui transportera les quatre astronautes en orbite lunaire et assurera leur retour vers la Terre.
- Le Starship HLS (Human Landing System) développé par SpaceX, qui réalisera l’atterrissage sur la surface lunaire et le décollage.
Ce dernier élément représente le plus grand défi technique de la mission. Le Starship HLS est une version modifiée du Starship classique de SpaceX, équipée pour des opérations lunaires et capable d’accueillir un équipage. Sa mise au point a connu de multiples retards : il doit en effet pouvoir effectuer un ravitaillement en orbite terrestre à partir de plusieurs Starships citerne avant de pouvoir partir vers la Lune.
SpaceX a réussi plusieurs essais clés en 2025 et début 2026 : récupération du Super Heavy par les bras du pas de tir, atterrissage du Starship sur une plateforme océanique, premier transfert de propergols en orbite entre deux Starships. Mais le test grandeur nature d’un alunissage Starship sans équipage, prévu pour 2027, reste encore une étape majeure à franchir.
« Nous ne lancerons pas Artemis III tant que la sécurité de l’équipage ne sera pas garantie à 100% », a martelé l’administrateur de la NASA. C’est précisément pour cette raison que la date de lancement initialement prévue pour 2025 a été repoussée à fin 2028, soit un retard de plus de trois ans sur le calendrier annoncé à l’origine.
Un retour sur la Lune historique
Cinquante-six ans après Eugene Cernan, dernier homme à avoir foulé le sol lunaire (Apollo 17, 14 décembre 1972), Artemis III marquera donc le retour des humains sur la Lune. Un événement attendu depuis longtemps, qui s’inscrit dans une dynamique géopolitique nouvelle : la Chine prévoit également de poser des taïkonautes sur la Lune avant 2030, et la course est officiellement relancée.
Au-delà du symbole, la mission ambitionne de jeter les bases d’une présence permanente sur la Lune. La mission suivante, Artemis IV (prévue pour 2030), devrait notamment apporter le premier module de la station lunaire Gateway, en orbite cislunaire. Puis Artemis V et VI devraient consolider la présence au pôle sud, avec à terme l’établissement d’une base permanente.
Cette nouvelle ère spatiale est aussi marquée par une montée en puissance des acteurs privés, comme en témoigne l’IPO historique de SpaceX qui a levé 75 milliards de dollars en juin 2026. Une mutation profonde du secteur spatial, qui passe d’une dynamique exclusivement étatique à un modèle de partenariat public-privé. Reste désormais à respecter le calendrier annoncé : 2028 pour le grand retour. Une bataille technique, mais aussi politique et budgétaire, dont l’humanité tout entière espère qu’elle aboutira enfin.




