C’est l’un des grands rendez-vous mondiaux de la robotique. La World Robot Conference 2026 (WRC) s’est tenue du 19 au 23 août au centre d’exposition Beiren Etrong, dans la zone de développement économique de Pékin. Plus de 300 entreprises y exposaient, en hausse de 36 % sur un an, pour plus de 2 000 produits présentés et quelque 150 nouveautés. Au fil des allées, un thème dominait : l’intelligence artificielle incarnée, c’est-à-dire des machines capables de percevoir leur environnement et d’agir dessus.
Ce que l’on a vu dans les allées
Les démonstrations les plus spectaculaires n’étaient pas les plus utiles, et inversement. Sur le stand d’Unitree, l’un des plus gros fabricants chinois d’humanoïdes, un robot enchaînait les échanges au tennis de table, une prouesse qui demande une vision très rapide et un contrôle fin des mouvements. Ailleurs, des humanoïdes au visage expressif, promus pour l’accompagnement émotionnel, parlaient, tournaient la tête et bougeaient les mains.
Mais l’essentiel se jouait ailleurs. UBTECH a fait le choix de montrer les scènes qu’il déploie réellement, avec des robots fonctionnant en continu plutôt qu’en démonstrations minutées : tri de colis, déplacement de composants comme sur une chaîne d’usine. D’autres, comme Leju, présentaient des humanoïdes triant et déplaçant des objets. Des robots servaient même de la restauration rapide. Le salon a aussi accueilli les finales d’un concours réunissant plus de 10 000 participants issus de plus de 20 pays.
De la démonstration au terrain
Le tournant de cette édition tient dans un mot : le déploiement. Selon les observateurs présents, le secteur est passé de la simple démonstration de tours d’adresse à une « logique industrielle » : recherche, chaîne d’approvisionnement, ingénierie des cas d’usage, service après-vente. Autrement dit, les fabricants cherchent désormais à vendre des robots qui travaillent vraiment, pas seulement qui impressionnent.
La logistique est un terrain de choix. UBTECH a par exemple bâti, avec une entreprise cotée, un système de tri automatisé déjà en service chez des clients en Corée du Sud et en Australie. Le choix n’est pas anodin : le tri de colis est un travail pénible, souvent effectué de nuit, sans climatisation, avec des exigences strictes de cadence et de précision. Autant de raisons qui rendent l’automatisation économiquement attractive.
Où en est vraiment la robotique humanoïde ?
Il faut rester mesuré. Les vidéos virales donnent l’impression d’humanoïdes prêts à tout faire ; la réalité est plus nuancée. Les robots restent spécialisés : un même appareil ne trie pas des colis, ne joue pas au ping-pong et ne prépare pas un repas. La dextérité fine, l’autonomie énergétique, la fiabilité sur de longues durées et le coût demeurent des obstacles réels.
La dynamique industrielle est toutefois bien là. Peu avant le salon, Unitree est devenu le premier fabricant d’humanoïdes coté à la Bourse de Shanghai ; l’entreprise revendique plus de 5 500 humanoïdes livrés en 2025, un record mondial. La Chine affiche clairement l’ambition de dominer ce marché naissant, portée par des industriels comme Siasun, Fourier Intelligence, Keenon Robotics ou UBTECH.
Ce que cela change pour l’emploi
C’est la question qui préoccupe. Les fabricants insistent d’abord sur les tâches pénibles, répétitives ou dangereuses : manutention de nuit, ports de charges, environnements sans climatisation. Sur ces postes, en tension et peu attractifs, la robotique se présente comme un renfort face à la pénurie de main-d’œuvre autant que comme un remplacement.
Mais l’automatisation soulève de vraies interrogations sur les emplois peu qualifiés de la logistique et de l’industrie. À l’inverse, elle crée des besoins nouveaux : conception, maintenance, supervision, ingénierie des cas d’usage. L’histoire des vagues d’automatisation précédentes invite à la prudence dans les deux sens : ni disparition massive et immédiate du travail, ni transition indolore. Le rythme réel dépendra du coût des machines, de leur fiabilité et de l’accompagnement des salariés concernés.
Un salon révélateur d’une bascule
Au fond, l’édition 2026 de la WRC marque un changement de discours. On y parle moins de fiches techniques que de capacité à déployer : où les robots travaillent, à quel coût, avec quel service. C’est le signe d’un secteur qui quitte peu à peu la scène de la démonstration pour entrer dans l’usine et l’entrepôt, avec les promesses et les questions que cela soulève.
Ce qu’il faut retenir
- La World Robot Conference 2026 s’est tenue du 19 au 23 août à Pékin, avec plus de 300 exposants et plus de 2 000 produits présentés.
- Parmi les démonstrations marquantes : un robot Unitree jouant au tennis de table et des humanoïdes UBTECH et Leju triant et déplaçant des colis.
- Le secteur passe de la démonstration au déploiement réel, notamment dans la logistique, où le tri de colis est pénible et en tension.
- La robotique humanoïde progresse vite mais reste spécialisée : coût, dextérité, autonomie et fiabilité demeurent des obstacles.
- Pour l’emploi, l’automatisation cible d’abord les tâches pénibles, mais interroge les postes peu qualifiés tout en créant de nouveaux besoins de maintenance et de supervision.




