Le rendez-vous historique de l’ultra-trail californien
Imaginez une ligne tracée à travers la Sierra Nevada californienne : 100 miles, soit environ 161 kilomètres, depuis les pentes enneigées de la station de Palisades Tahoe à Olympic Valley, jusqu’à la piste d’athlétisme du Placer High School à Auburn. C’est la Western States Endurance Run, plus ancien ultra-trail sur 100 miles au monde, dont la 53e édition s’élance ce samedi 27 juin 2026 à 5 heures du matin heure locale.
L’épreuve, dont l’histoire remonte aux années 1970 lorsqu’un cavalier avait dû terminer le parcours à pied après la défaillance de sa monture, est devenue l’un des trois ou quatre rendez-vous incontournables de la planète trail. Elle ouvre traditionnellement la saison des grands majeurs, juste avant que l’attention ne se déplace vers les épreuves européennes de l’été.
Une affiche masculine de classe mondiale
Selon Ouest-France et le média spécialisé Outside, le plateau 2026 figure parmi les plus relevés jamais réunis. En tête de gondole, deux légendes du running mondial vont se mesurer :
- Jim Walmsley, l’Américain quadruple vainqueur de l’épreuve, recordman du parcours, qui court ici à domicile sur des sentiers qu’il connaît par cœur ;
- Kilian Jornet, l’icône catalane, vainqueur en 2011 et figure mondiale du trail depuis près de vingt ans, à la fois polyvalent en alpinisme et imbattable sur les distances ultra.
Le duel est l’un des plus attendus de la saison. Les deux hommes incarnent deux écoles différentes : la puissance et la régularité métronomique pour Walmsley, la diversité montagnarde et l’intelligence stratégique pour Jornet. Sur un parcours qui combine descentes techniques, traversées de rivières et passages exposés à la chaleur, l’équilibre entre les deux profils sera décisif.
La France représentée en tête de course
Les couleurs françaises seront elles aussi portées à très haut niveau. Selon les listes de partants relayées par Stadion-Actu, deux athlètes tricolores méritent une attention particulière :
- Vincent Bouillard, révélation française des dernières saisons, capable de bousculer la hiérarchie ;
- Thomas Cardin, jeune coureur prometteur dont la montée en puissance enthousiasme les observateurs.
Un podium français reste à construire, mais l’émergence régulière de coureurs hexagonaux sur les grands trails américains témoigne d’une évolution du circuit international. La rivalité entre écoles européennes et américaines, longtemps déséquilibrée, tend à s’atténuer au profit d’une compétition vraiment mondialisée.
Côté féminin : Abby Hall défend son titre
Chez les femmes, c’est Abby Hall, championne en titre, qui se présente avec le statut de favorite. L’Américaine devra cependant composer avec un plateau international également relevé, où l’Europe et l’Amérique latine ont aligné plusieurs de leurs meilleurs profils. La course féminine, traditionnellement scrutée pour sa dynamique tactique et ses derniers kilomètres souvent décisifs, promet une intensité comparable à l’épreuve masculine.
L’an dernier, la victoire s’était jouée dans les dix derniers miles, après une nuit complète d’effort sous la chaleur californienne. Les organisateurs et les coachs s’attendent à un scénario similaire, avec une bataille qui pourrait se prolonger jusqu’à la piste finale d’Auburn.
Le parcours : 100 miles d’exigences accumulées
La Western States, c’est avant tout une géographie. Les coureurs traversent la Sierra Nevada dans son entier, démarrent en altitude au bord du lac Tahoe, descendent dans les canyons surchauffés du California Gold Country, et terminent par les pelouses douces de la vallée d’Auburn. Quatre zones de difficulté majeure se succèdent :
- La montée initiale d’Escarpment, qui catapulte les coureurs au-dessus de 2 600 mètres dans les premiers kilomètres ;
- Les canyons profonds où la température peut frôler les 40 °C en plein après-midi ;
- La traversée à gué de la rivière American River, étape symbolique de la course ;
- Les derniers miles vers Auburn, faussement roulants, où se sont joués bien des duels mémorables.
Le record du parcours, détenu par Jim Walmsley, est sous les 14 heures pour les hommes. Une marque qui paraissait inaccessible il y a une décennie, et qui pourrait théoriquement être attaquée si les conditions météorologiques le permettent.
Comment suivre la course en direct
Bonne nouvelle pour les passionnés français : l’intégralité de la 53e édition sera diffusée gratuitement en direct sur YouTube, sur le canal officiel de la course. La retransmission commencera dès 4h15 heure locale californienne et se poursuivra sans interruption jusqu’à 11 heures le dimanche 28 juin, le temps de couvrir les derniers franchissements de ligne dans la limite des 30 heures autorisées.
Les commentaires seront assurés par Dylan Bowman et Corrine Malcolm, deux voix familières du milieu ultra. Pour le public français, le décalage horaire impose de se lever tôt : le départ correspond à 14 heures, heure de Paris, ce qui permettra de suivre l’essentiel de la course tout au long de la soirée et de la nuit du 27 au 28 juin.
Quelques conseils pour suivre intelligemment
- Consulter régulièrement le tracker officiel sur le site WSER, qui géolocalise les coureurs aux principaux points de passage ;
- Repérer les points stratégiques (Robinson Flat, Foresthill, Rucky Chucky) qui permettent souvent de prédire la suite de la course ;
- Garder un œil sur la météo, déterminante pour comprendre la stratégie d’hydratation et de course de chacun.
Pourquoi cette course fascine autant
Au-delà du sport, la Western States cristallise une certaine vision de l’ultra-trail. Course historique, exigeante, intransigeante avec ses participants, elle a longtemps été le passage obligé pour quiconque souhaitait se mesurer aux meilleurs sur 100 miles. Sa sélection est très sévère, fondée sur une loterie et des qualifications strictes, ce qui rend chaque dossard particulièrement précieux.
Le format même de l’épreuve, sur une journée entière et une partie de la nuit, transforme la course en feuilleton sportif. Les retournements de situation y sont fréquents : un favori peut s’effondrer à la chaleur, un outsider remonter méthodiquement, un duel se cristalliser sur les dix derniers kilomètres. C’est cette dramaturgie, conjuguée à un environnement spectaculaire, qui fait de la Western States un événement attendu chaque année par des centaines de milliers de spectateurs en ligne.
Un samedi 27 juin chargé pour le sport mondial
Cette édition 2026 s’inscrit dans un week-end sportif particulièrement riche. Le même samedi, les jeunes Bleuets du XV de France U20 affrontent les Fidji au Mondial junior, tandis que le mercato secoue la Ligue 1 avec l’accord donné par Maghnes Akliouche au PSG. La finale du Top 14 entre Toulouse et Montpellier clôturera la journée le soir au Stade de France.
Pour les coureurs et coureuses engagés sur la Western States, ces autres événements resteront invisibles pendant les longues heures d’effort. Une fois la ligne franchie sur la piste d’Auburn, peut-être prendront-ils le temps de consulter les actualités du jour. En attendant, l’ultra-trail mondial vibre sous l’effort de quelques-uns des meilleurs spécialistes au monde, dans un cadre que les amateurs du genre considèrent comme une référence intemporelle.




