Le télescope spatial européen Euclid a débusqué 31 quasars comptant parmi les plus anciens jamais observés, dont les deux plus lointains connus à ce jour. Ces phares cosmiques brillaient déjà quand l’Univers n’avait que 5 % de son âge actuel. Retour sur une découverte qui éclaire l’aube du cosmos.
Qu’est-ce qu’un quasar ?
Un quasar est le cœur extrêmement lumineux d’une galaxie lointaine. En son centre se trouve un trou noir supermassif, des millions à des milliards de fois plus massif que le Soleil. Ce trou noir avale d’énormes quantités de gaz et de matière ; en tombant vers lui, cette matière s’échauffe et rayonne une lumière colossale, capable d’éclipser toutes les étoiles de la galaxie hôte.
C’est cette luminosité extraordinaire qui rend les quasars visibles à des distances gigantesques. Les objets repérés par Euclid comptent parmi les plus lumineux de l’Univers : les deux plus anciens brillaient avec l’éclat d’environ mille milliards de Soleils. Observer un quasar très lointain, c’est aussi voir loin dans le passé, car sa lumière a mis des milliards d’années à nous parvenir.
Une plongée vers l’aube de l’Univers
L’Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé cette découverte le 6 juillet 2026, dans des résultats publiés par la revue Astronomy & Astrophysics. Au total, Euclid a identifié 31 quasars anciens, dont 12 remontent aux 770 premiers millions d’années de l’Univers.
Les deux plus lointains affichent un décalage vers le rouge (le « redshift », une mesure de la distance et donc de l’ancienneté) de 7,77 et 7,69. Ils battent le précédent record, établi en 2021 à 7,64. La lumière de ces objets a été émise alors que l’Univers n’avait que 670 millions d’années environ, soit à peine 5 % de son âge actuel estimé à 13,8 milliards d’années.
Selon Antonio La Marca, chercheur de l’équipe Euclid à l’ESA, ce résultat « plus que double le nombre de quasars aussi anciens que nous connaissons ».
Pourquoi cette découverte compte
Ces quasars posent une énigme fascinante. Pour briller aussi fort si tôt dans l’histoire cosmique, ils doivent abriter des trous noirs déjà très massifs. Or comment de tels monstres ont-ils pu grandir aussi vite, alors que l’Univers venait à peine de former ses premières étoiles et galaxies ? La question reste ouverte et anime les débats des astrophysiciens.
En multipliant les découvertes de quasars anciens, Euclid offre aux scientifiques un échantillon plus large pour étudier cette période clé, dite de la réionisation, où l’Univers est passé d’un état opaque à un état transparent. Chaque quasar est une balise qui aide à cartographier la matière et à comprendre comment les premières grandes structures se sont assemblées.
La mission Euclid en bref
Euclid est un télescope spatial de l’ESA lancé en 2023. Sa mission principale n’est pas la chasse aux quasars : il a été conçu pour cartographier des milliards de galaxies sur une grande partie du ciel, afin d’étudier la matière noire et l’énergie noire, ces deux composantes invisibles qui dominent le contenu de l’Univers et dont l’influence façonne son expansion.
Pour cela, Euclid balaie de vastes régions du ciel avec une netteté et une profondeur remarquables. Ce grand relevé produit un flot colossal d’images dans lesquelles se cachent, comme des pépites, des objets rares tels que ces quasars anciens. La découverte illustre bien la puissance de ces relevés à grande échelle : en observant énormément, on finit par débusquer l’exceptionnel.
Un aperçu de ce qui vient
Euclid n’en est qu’au début de sa mission, prévue pour durer plusieurs années. À mesure que le relevé s’étendra, les astronomes s’attendent à découvrir d’autres quasars primitifs et, plus largement, à affiner notre compréhension des tout premiers âges de l’Univers. Cette moisson de 31 quasars n’est probablement qu’un avant-goût des surprises à venir.
Ce qu’il faut retenir
- Un quasar est le cœur ultra-lumineux d’une galaxie, alimenté par un trou noir supermassif ; ce sont les objets les plus brillants de l’Univers.
- Le télescope Euclid de l’ESA a repéré 31 quasars anciens, dont les deux plus lointains jamais observés (redshifts de 7,77 et 7,69).
- Leur lumière a été émise quand l’Univers n’avait que 670 millions d’années, soit 5 % de son âge actuel.
- Ces découvertes aident à comprendre comment des trous noirs si massifs ont pu se former si tôt.
- La mission Euclid, lancée en 2023, vise surtout à étudier la matière noire et l’énergie noire en cartographiant des milliards de galaxies.




