Rapport OFPM 2026 : sur 100 € de courses, 8 € pour l'agriculteur, plus de 40 € pour la distribution

Rapport OFPM 2026 : sur 100 € de courses, 8 € pour l'agriculteur, plus de 40 € pour la distribution

OFPM : rappel de la mission de l’observatoire

L’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM) est un organisme public créé par la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche du 27 juillet 2010. Placé sous la double tutelle des ministères de l’Agriculture et de l’Économie, il est présidé traditionnellement par une personnalité indépendante, et son secrétariat général est assuré par FranceAgriMer.

Sa mission : analyser la formation des prix tout au long des filières alimentaires (agriculteurs, transformateurs, distributeurs) et publier un rapport annuel remis au Parlement. Un outil de transparence essentiel pour comprendre où va l’argent que les Français dépensent chaque semaine en courses.

Sur 100 euros de courses : la répartition qui interpelle

C’est le tableau choc du rapport 2026. Pour 100 euros dépensés par un consommateur français dans un panier alimentaire moyen, la répartition est la suivante :

  • 8 euros pour l’agriculteur (matière première brute au départ de la ferme)
  • Plus de 40 euros pour la distribution et les services associés (rayons, logistique, marges brute et nette de l’enseigne)
  • Le reste pour la transformation, l’emballage, les industriels intermédiaires, la TVA et les taxes

Ce ratio n’est pas nouveau, mais il continue de choquer année après année. La part agriculteur tend même à se réduire à mesure que la chaîne s’allonge et que les produits transformés prennent le pas sur les produits bruts dans les paniers moyens.

Marges brutes supermarchés : 22-23% en moyenne, 29-30% sur le frais

Le rapport détaille les marges brutes de la grande distribution. En moyenne sur l’ensemble des rayons alimentaires, elles s’établissent entre 22% et 23% du chiffre d’affaires. Mais ce chiffre global cache d’importants écarts :

  • 29 à 30% sur les rayons frais (fruits, légumes, viandes, poissons)
  • 18 à 22% sur l’épicerie sèche (pâtes, riz, conserves)
  • 25 à 28% sur la crémerie (lait, yaourts, fromages)
  • 15 à 20% sur les liquides (eaux, sodas, alcools sous MDD)

Les rayons frais sont donc particulièrement rentables pour les enseignes, ce qui explique la place centrale qu’ils occupent dans les hypermarchés modernes. C’est aussi sur ces rayons que les hausses de prix des dernières années ont été les plus fortes.

+57% de marge sur les pâtes, +12,7% sur les légumes de saison

Le rapport OFPM confirme un mouvement observé depuis 2021 : sur certaines catégories, les marges brutes des distributeurs ont explosé. Deux exemples chiffrés :

  • Pâtes alimentaires : marge brute distribution en hausse de +57% sur la période 2021-2022
  • Panier légumes de saison : marge brute distribution en hausse de +12,7% sur la même période

Ces hausses interviennent alors même que les prix payés au producteur agricole augmentaient plus modérément, voire baissaient sur certaines catégories. Un écart qui alimente le sentiment d’injustice dans les campagnes et de matraquage dans les caddies.

La commission d’enquête du Sénat pointe des pratiques opaques

Le rapport OFPM 2026 arrive dans le sillage direct du rapport de la commission d’enquête du Sénat sur les marges dans la grande distribution, publié le 21 mai 2026. Les sénateurs dénoncent des « pratiques opaques et discriminatoires » entre les acheteurs et leurs fournisseurs, ainsi que des surmarges spécifiques sur les produits sains et durables (bio, HVE, labels rouges).

Les enseignes contestent cette lecture, arguant que les produits sains impliquent des coûts logistiques et un turn-over plus élevés. Le débat est ouvert, et il structure désormais l’actualité législative de la rentrée 2026.

37 associations demandent des actions concrètes

À l’occasion de la publication du rapport OFPM, une coalition de 37 associations de consommateurs, agricoles et environnementales (dont UFC-Que Choisir, CLCV, Familles Rurales, Confédération paysanne, Réseau Action Climat) demande des actions législatives concrètes.

Leurs revendications principales :

  • Encadrer les marges sur les produits de première nécessité
  • Renforcer la DGCCRF pour les contrôles
  • Créer un label transparence avec obligation d’affichage de la répartition de la valeur
  • Renforcer la loi Egalim déjà en vigueur, notamment sur les négociations commerciales

Ces demandes se heurtent à la position traditionnelle du gouvernement, qui privilégie la voie du dialogue avec la distribution plutôt qu’une régulation stricte des marges.

Un contexte de pouvoir d’achat très tendu

Le rapport tombe dans un climat économique difficile. Les Français ont vu leurs prix alimentaires bondir de plus de 25% entre 2021 et 2025, avec un rebond conjoncturel attendu en été 2026 lié à la canicule qui fait grimper les prix des fruits et légumes de saison.

Côté macroéconomique, la révision à la baisse de la croissance à 0,7% traduit une consommation intérieure atone. Les ménages font des arbitrages, réduisent les achats de viande et de produits transformés, et se reportent sur les marques distributeur ou le hard-discount. Les enseignes intégrées (Leclerc, Système U) résistent, celles à format supérette pâtissent davantage.

Revenus agricoles : le maillon faible

À l’autre bout de la chaîne, les revenus agricoles restent chroniquement bas. Le rapport confirme que plus d’un exploitant sur quatre a un revenu inférieur au SMIC en 2025, avec de fortes disparités : élevage bovin viande, ovins et céréales concentrent l’essentiel des exploitations en difficulté.

Le récent plan d’urgence engrais de 145 millions d’euros, annoncé ce même 9 juillet 2026, va dans le sens d’un soutien conjoncturel, mais ne règle pas la question structurelle du partage de la valeur.

Comment lire ces chiffres au quotidien ?

Pour le consommateur, quelques enseignements pratiques du rapport OFPM :

  • Acheter en direct auprès du producteur (marchés paysans, AMAP, ventes à la ferme) réduit la part distribution de moitié
  • Les marques distributeur (MDD) offrent un ratio prix/qualité souvent meilleur que les grandes marques
  • Les fruits et légumes de saison restent la meilleure garantie de rapport qualité-prix, même si les marges brutes distribution y sont élevées
  • Les produits transformés concentrent la plus grande part de valeur non agricole

Ce qu’il faut retenir

  • Sur 100 euros de courses, seulement 8 euros pour l’agriculteur
  • Plus de 40 euros pour la distribution et les services
  • Marges brutes supermarchés : 22-23% global, 29-30% sur le frais
  • +57% de marge sur les pâtes, +12,7% sur les légumes de saison (2021-2022)
  • 37 associations demandent des actions législatives à la rentrée

Un rapport qui alimentera à coup sûr le débat politique de la rentrée, autant sur le pouvoir d’achat que sur la juste rémunération des paysans. Deux sujets qui font désormais partie du quotidien préoccupé des Français.

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