Une hausse enfin confirmée
C’est officiel : le taux du Livret A va augmenter au 1er août 2026. Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, a confirmé cette revalorisation ce mardi 30 juin lors d’une déclaration à la presse. Une nouvelle attendue par les 58 millions de Français détenteurs de ce livret d’épargne réglementé.
Le taux est actuellement fixé à 1,5 % depuis février 2025, soit le plus bas historique depuis 2009. Cette faiblesse avait provoqué une décollecte inédite du Livret A au premier semestre 2026, plusieurs millions d’euros ayant fui vers l’assurance-vie et les comptes à terme.
La hausse annoncée vise donc autant à rassurer les épargnants qu’à endiguer cette fuite des dépôts, qui affecte notamment le financement du logement social (mission historique du Livret A via la Caisse des Dépôts).
Les scénarios sur la table : 1,7 %, 1,8 % ou 2 % ?
Le taux exact reste à définir. Selon la formule de calcul officielle mêlant inflation hors tabac et taux €ster (taux interbancaire européen), le taux théorique tourne autour de 1,7 %.
Mais deux scénarios plus favorables restent envisagés :
- Scénario 1,8 % : arrondi favorable à la hausse, geste politique modeste envers les épargnants
- Scénario 2 % : dérogation à la formule pour "réparer" le pouvoir d’achat des épargnants modestes, revendiqué par plusieurs députés et associations de consommateurs
La décision définitive tombera à la mi-juillet, le temps pour Bercy et la Banque de France de boucler les calculs. Le gouvernement a la latitude de retenir un chiffre différent de la formule mécanique, ce qui laisse la porte ouverte au geste politique.
Combien ça rapporte concrètement ?
Faisons le calcul pour un épargnant type détenant 15 000 euros sur son Livret A (proche du plafond de 22 950 euros).
- À 1,5 % (aujourd’hui) : 225 euros par an d’intérêts
- À 1,7 % : 255 euros par an (+30 €)
- À 1,8 % : 270 euros par an (+45 €)
- À 2 % : 300 euros par an (+75 €)
Pour un épargnant au plafond (22 950 €) :
- À 1,5 % : 344 €/an
- À 1,7 % : 390 €/an
- À 1,8 % : 413 €/an
- À 2 % : 459 €/an
La différence entre 1,7 % et 2 % représente donc 115 € par an au plafond, soit près de 10 € par mois. Loin d’être négligeable pour beaucoup de ménages modestes.
L’impact du plafond du Livret A
Rappelons que le plafond du Livret A reste fixé à 22 950 euros pour les particuliers. Au-delà, les sommes ne sont pas rémunérées. Pour un couple, il est possible de détenir 2 Livrets A (un par conjoint), soit un plafond cumulé de 45 900 euros.
Les intérêts sont exonérés d’impôts et de prélèvements sociaux, ce qui reste un avantage majeur par rapport à d’autres placements comme les fonds euros d’assurance-vie (soumis à la fiscalité).
Pour dépasser le plafond, plusieurs alternatives :
- LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) : plafond 12 000 €, même taux, même fiscalité
- LEP (Livret d’Épargne Populaire) : plafond 10 000 €, taux boosté (2,7 % probablement à partir du 1er août)
- Assurance-vie : capacité illimitée, fiscalité favorable après 8 ans
Une hausse pour compenser l’inflation
La hausse annoncée s’inscrit dans un contexte de remontée modérée de l’inflation. Selon l’INSEE, la hausse des prix à la consommation en France a atteint 2,1 % sur les 12 derniers mois, en légère accélération liée aux tensions énergétiques du Moyen-Orient.
À 1,5 %, le Livret A offrait un rendement réel négatif (inflation supérieure au taux nominal). Avec 1,7 %, il resterait légèrement en-dessous de l’inflation. Ce n’est qu’à 2 % que le rendement réel serait quasiment nul, permettant au moins de préserver le pouvoir d’achat.
Cette perte de pouvoir d’achat sur les livrets réglementés est régulièrement dénoncée par les associations de défense des consommateurs et par certaines figures politiques comme instrument caché de financement de la dette publique.
Et le Livret d’Épargne Populaire (LEP) ?
Bonne nouvelle également pour les 10 millions de Français éligibles au LEP. Sa formule mécanique, indexée sur l’inflation hors tabac, prévoit un taux entre 2,5 % et 2,7 % au 1er août 2026.
Le LEP reste accessible sous conditions de ressources (RFR inférieur à environ 21 000 € pour une part fiscale) et plafonné à 10 000 euros de dépôts. Pour les éligibles, c’est de très loin le meilleur placement sécurisé du marché.
Si vous êtes éligibles au LEP et ne l’avez pas ouvert, précipitez-vous : les intérêts commencent à courir dès l’ouverture, et vous perdez de l’argent chaque jour sans ce placement.
Que faire de votre épargne d’ici août ?
Plusieurs conseils pratiques pour les épargnants.
Ne bougez pas votre Livret A avant le 1er août. Les intérêts se calculent par quinzaines (les 1er et 16 de chaque mois), et un retrait précoce vous ferait perdre les intérêts de la période en cours.
Ouvrez un LEP si vous êtes éligible. Le rendement est significativement supérieur au Livret A.
Complétez avec des placements moyennement risqués pour les sommes au-delà des plafonds : fonds euros d’assurance-vie (rendements 2026 attendus autour de 3-3,5 %), comptes à terme (2,5-3 %), ou obligations d’État à court terme (BTF autour de 2,5 %).
Diversifiez : ne concentrez pas toute votre épargne sur un seul placement. Le Livret A reste un excellent outil pour l’épargne de précaution (3-6 mois de dépenses), mais ne remplace pas une stratégie patrimoniale complète.
Rendez-vous à la mi-juillet pour connaître le taux exact. En attendant, préparez votre stratégie pour tirer parti de cette revalorisation attendue depuis plus d’un an.




