Le kiné plus cher en 2027 ? La réforme du remboursement qui pourrait limiter le nombre de séances

Le kiné plus cher en 2027 ? La réforme du remboursement qui pourrait limiter le nombre de séances

La kinésithérapie coûte cher à l’Assurance maladie : environ 5,3 milliards d’euros par an. Pour 2027, une réforme est en préparation, avec deux pistes majeures : limiter le nombre de séances remboursées et instaurer une tarification par forfaits selon la pathologie. Rien n’est encore définitif, mais les patients comme les cabinets s’interrogent déjà sur le reste à charge et l’accès aux soins. On fait le point, sans tirer de conclusions hâtives.

Un poste de dépenses de 5,3 milliards d’euros

La masso-kinésithérapie représente l’un des postes de dépenses de santé en forte croissance. Selon les données avancées, il pèserait environ 5,3 milliards d’euros par an pour l’Assurance maladie. Vieillissement de la population, essor des pathologies chroniques, développement de la rééducation après chirurgie ou accident : les motifs de consultation se multiplient, et avec eux le volume de séances prescrites chaque année.

Face à cette dynamique, l’Assurance maladie cherche à mieux maîtriser l’évolution de ces dépenses tout en garantissant la pertinence des soins. C’est dans ce contexte qu’une réforme du remboursement de la kinésithérapie est étudiée pour une entrée en vigueur envisagée en 2027.

Deux évolutions majeures à l’étude

Deux pistes principales sont sur la table. La première consisterait à instaurer une limitation du nombre maximal de séances remboursées pour une pathologie donnée. Aujourd’hui, le nombre de séances dépend largement de la prescription médicale et de l’appréciation du praticien ; demain, un plafond pourrait s’appliquer selon le motif de prise en charge.

La seconde évolution porterait sur la mise en place d’une tarification progressive, organisée par forfaits selon la pathologie traitée. Plutôt que de rémunérer chaque séance à l’acte, l’Assurance maladie verserait un forfait global calibré pour le traitement d’une affection déterminée. L’objectif affiché serait de rémunérer davantage le résultat et le parcours de soins que le simple nombre d’actes réalisés. Ces deux orientations restent, à ce stade, des pistes de travail susceptibles d’évoluer.

L’exemple de la lombalgie chronique

Pour illustrer ce que cela pourrait donner concrètement, un exemple est fréquemment cité : celui de la lombalgie chronique, l’un des motifs de consultation les plus répandus. Aujourd’hui, un kinésithérapeute pourrait facturer jusqu’à 30 séances pour accompagner un patient sur ce type de pathologie.

Avec le nouveau système, ce praticien pourrait devoir se contenter d’un forfait équivalent à environ 20 séances. Sur certaines pathologies, la perte de rémunération pourrait ainsi atteindre 30 à 40 % par rapport au système actuel. Il faut toutefois rappeler que ces chiffres relèvent d’exemples et de projections : les modalités précises — plafonds, montants des forfaits, pathologies concernées — ne sont pas arrêtées.

Comment fonctionne le remboursement aujourd’hui

Pour bien comprendre l’enjeu, un rappel du fonctionnement actuel s’impose. Les séances de kinésithérapie sont prises en charge sur prescription médicale. L’Assurance maladie rembourse 60 % du tarif conventionné de la séance ; le reste, soit 40 %, est généralement couvert par la mutuelle ou la complémentaire santé du patient.

Dans ce schéma, un patient disposant d’une bonne complémentaire n’a, le plus souvent, rien à débourser pour ses séances chez un praticien conventionné respectant les tarifs de la Sécurité sociale. C’est précisément cet équilibre — nombre de séances, tarif de l’acte, répartition entre Assurance maladie et mutuelle — que la réforme envisagée viendrait modifier.

Ce qui pourrait changer pour les patients

Du côté des patients, la principale interrogation concerne le reste à charge et l’accès aux soins. Si le nombre de séances remboursées était plafonné pour une pathologie donnée, les patients nécessitant une prise en charge plus longue pourraient devoir financer eux-mêmes les séances supplémentaires, ou solliciter davantage leur mutuelle — avec un possible effet sur le montant des cotisations à terme.

À l’inverse, les promoteurs d’une telle réforme mettent en avant l’idée d’une prise en charge mieux calibrée, centrée sur le parcours de soins et sur la pertinence médicale. Il faut toutefois rester prudent : aucune modalité définitive n’étant fixée, on ne peut affirmer aujourd’hui ce que sera l’impact réel pour chaque patient. Tout dépendra des plafonds retenus, des pathologies concernées et des mécanismes d’exception éventuellement prévus.

Les inquiétudes des cabinets de kinésithérapie

Du côté des professionnels, la perspective d’une baisse de rémunération pouvant atteindre 30 à 40 % sur certaines pathologies suscite logiquement des inquiétudes. Les cabinets craignent un effet sur leur équilibre économique, en particulier pour ceux qui prennent en charge de nombreux patients atteints d’affections nécessitant des traitements longs.

Certains redoutent aussi qu’une tarification au forfait n’incite, à budget contraint, à raccourcir les prises en charge, au risque de compromettre la qualité du suivi pour des pathologies qui demandent du temps. À ce stade, ces craintes s’expriment dans un cadre de concertation encore ouvert : les organisations représentatives de la profession sont appelées à discuter des contours du dispositif avant toute décision.

Calendrier et prudence : rien n’est encore acté

Il est essentiel d’insister sur un point : cette réforme est en préparation et ses modalités ne sont pas définitives. Une entrée en vigueur est évoquée pour 2027, ce qui laisse un délai de concertation, d’arbitrage et d’ajustement avant toute application concrète.

Autrement dit, tout ce qui est décrit ici relève de pistes et de projections : les plafonds de séances, les montants des forfaits, la liste des pathologies concernées et les éventuelles exceptions pourraient évoluer sensiblement d’ici là, voire être abandonnés. Pour les patients comme pour les praticiens, le mot d’ordre reste donc à la vigilance mesurée : suivre l’évolution du dossier, sans céder à l’inquiétude ni tirer de conclusions hâtives sur un projet encore en discussion.

Publicité