En bref : la Banque de France table désormais sur une croissance du PIB d’environ 0,5 % en 2026, une inflation relevée autour de 2,5 %, un léger recul du pouvoir d’achat des ménages et une consommation quasi atone. Un scénario central prudent, avec des variantes plus dégradées liées au prix de l’énergie.
Une croissance divisée par deux
C’est le chiffre qui a marqué les esprits : la Banque de France a ramené sa prévision de croissance à environ 0,5 % pour 2026, contre 0,9 % anticipés lors de son exercice précédent. L’activité s’est révélée moins résiliente que prévu en début d’année et devrait rester poussive au fil des trimestres.
L’institution mise toutefois sur un redressement progressif : la croissance rebondirait autour de 0,9 % en 2027, puis 1,2 % en 2028. Autrement dit, 2026 est décrite comme une année de transition, marquée par l’attentisme des ménages et des entreprises dans un environnement incertain.
Une inflation revue à la hausse
Surtout, la Banque de France a substantiellement relevé sa prévision d’inflation, désormais attendue autour de 2,5 % pour 2026. Dans un scénario défavorable, elle pourrait grimper jusqu’à 4 % sur l’année, en fonction de l’évolution des tensions géopolitiques et des prix de l’énergie.
Cette révision s’explique largement par un choc énergétique jugé transitoire. Les projections ont été élaborées dans un climat d’incertitude dominé par le conflit au Moyen-Orient et n’intègrent pas les développements diplomatiques les plus récents, comme l’annonce d’un possible accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran. Une détente durable sur les marchés de l’énergie pourrait donc améliorer sensiblement la trajectoire.
Le pouvoir d’achat sous pression
Conséquence directe de cette inflation plus élevée : le pouvoir d’achat des ménages reculerait légèrement, d’environ 0,4 % en 2026. En cause, le décalage habituel entre les prix et les salaires. La Banque de France anticipe une hausse du salaire moyen par tête d’environ 2,1 % en valeur brute, soit un rythme inférieur à l’inflation attendue : le pouvoir d’achat du salaire moyen baisserait donc temporairement.
Ce léger recul contraste avec l’image d’un pouvoir d’achat en légère progression sur les années précédentes. Il alimente le sentiment de stagnation ressenti par de nombreux ménages, un phénomène que nous analysons dans notre article sur l’écart de perception du pouvoir d’achat.
Une consommation quasi atone
Dans ce contexte, la consommation des ménages — traditionnel moteur de la croissance française — ralentirait fortement. La Banque de France ne l’attend plus qu’en hausse de 0,2 % sur l’ensemble de 2026, avant un léger regain à 0,7 % en 2027. Face à l’incertitude, les Français privilégient l’épargne de précaution et reportent leurs achats importants.
Ce comportement d’attentisme est logique : quand l’horizon est brouillé, les ménages préfèrent constituer un matelas de sécurité plutôt que de dépenser. Mais il pèse mécaniquement sur l’activité, alimentant un cercle où prudence des consommateurs et faible croissance se renforcent mutuellement.
L’emploi commence à se retourner
Le marché du travail, longtemps résistant, montre des signes de fléchissement. Le taux de chômage remonterait pour s’établir en moyenne autour de 8,1 % en 2026 et 2027, avant de refluer vers 7,8 % en 2028. La dégradation reste mesurée, mais elle marque une inflexion après plusieurs années de baisse, et pèse elle aussi sur le moral des ménages.
Un scénario prudent, à prendre avec nuance
Il faut rappeler qu’une projection n’est pas une certitude : c’est un scénario central, entouré de variantes. La Banque de France insiste sur le niveau élevé d’incertitude, en particulier sur le prix de l’énergie. Si les tensions géopolitiques s’apaisent et que les cours du pétrole et du gaz refluent, l’inflation pourrait revenir plus vite vers 2 %, redonnant du souffle au pouvoir d’achat et à la consommation.
À l’inverse, un nouveau choc énergétique ou un durcissement des conditions financières pousserait le scénario vers sa variante la plus défavorable. Pour les ménages comme pour les entreprises, le mot d’ordre reste donc la prudence budgétaire, en attendant les prochaines publications qui préciseront la tendance.
Ce qu’il faut retenir
- La Banque de France abaisse sa prévision de croissance à environ 0,5 % pour 2026, contre 0,9 % précédemment.
- L’inflation est relevée autour de 2,5 %, avec un scénario défavorable pouvant atteindre 4 % selon le prix de l’énergie.
- Le pouvoir d’achat des ménages reculerait d’environ 0,4 %, les salaires progressant moins vite que les prix.
- La consommation resterait quasi atone, en hausse de seulement 0,2 %, sur fond d’épargne de précaution.
- Le chômage remonterait vers 8,1 % ; la croissance ne rebondirait qu’à partir de 2027.



